Jack Ma, the Web Ripper

Publié le par GameTheory



undefined    A 42 ans, Jack Ma est une superstar. Le Bill Gates de Hangzhou, aimable bourgade de 2 millions d'habitants à 200 km de Shangaï, jusque là plus réputée pour son lac, ses parcs et la beauté des demoiselles locales que pour la réussite des entrepreneurs du cru. Bref. Le nom du groupe de l'ami Jack, Alibaba, ne dira pas grand-chose à quiconque. A tort : ce type est à l'origine de la plus belle success story de l'internet chinois, que pourrait seulement lui contester le moteur de recherche Baidu, le Google version bridée, dans tous les sens du terme.

    L'entrée à la Bourse de Hong-Kong d'Alibaba fin 2007 lui a permis d'engranger la bagatelle de 1,5 milliard de dollars, montant assez délirant par rapport aux 200 millions d'euros de chiffre d'affaires du groupe. Mais révélateur du poids incroyable pris par ce patron charismatique et rigolard, qui squatte désormais la une de Fortune ou Forbes au milieu des Larry Page, Steve Jobs ou Mark Zuckerberg (Facebook).

    Alibaba, c'est au départ un business model simplissime : une place de marché BtoB qui met en relation les PME chinoises entre elles, et surtout qui leur offre un accès direct aux entreprises occidentales susceptibles d'en faire leurs sous-traitants. Lancé en 1999 avec 18 personnes, le site compte aujourd'hui 24 millions d'utilisateurs dans 200 pays, 4400 salariés et a ouvert des bureaux partout dans le monde, notamment aux Etats-Unis et en Suisse.

    A partir de cette activité de base, Ma a construit un vrai groupe généraliste de l'internet. En 2003, il lance Taobao.com, concurrent du site d'enchères Ebay, qui vient de dépasser le site américain en Chine, avec 44 millions d'utilisateurs enregistrés. En 2004, il développe même sa propre plateforme de paiement sans carte bancaire, à l'instar du Paypal d'Ebay, baptisé Alipay. Alibaba se diversifie aussi dans le développement de logiciels (Alisoft) et la pub en ligne (Alimama, plateforme qui gère la pub de 80% des sites chinois).

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    Mais le coup fumant de l'ami Ma, c'est cet accord avec Yahoo en 2005 : après une rencontre de dix minutes avec le fondateur Jerry Wang, il cède 39% du capital de son groupe au groupe californien en échange des activités et technologies de Yahoo Chine : services mail, finances, moteur de recherche, portail web, plateforme publicitaire. Sacré deal : Alibaba intègre ainsi toute l'expertise technologique du groupe américain, et bénéficie du monopole de l'utilisation du nom Yahoo en Chine. Le tout accompagné d'un joli chèque d'1 milliard d'euros négocié par Jackouille la fripouille. « Fast as a rabbit, patient as a turtle », titrait Forbes au sujet de Ma dans un des premiers papiers qui lui ont été consacrés, en 2000. Bien vu, l'aveugle.

    Microsoft a bien repéré la perle chinoise dans le portefeuille de Yahoo : dans la lutte mondiale qui l'oppose à Google, le géant de Redmond sait que la Chine est le gros point faible du concurrent. Baidu y domine le marché de la recherche web, et Yahoo, offensif numéro trois géré par Alibaba, y est bien plus puissant qu'aux Etats-Unis. Prendre le contrôle d'un acteur chinois aussi central qu'Alibaba, interlocuteur privilégié du pouvoir et de de tout ce que la Chine compte de web-entrepreneurs, a de quoi faire saliver le leader mondial du logiciel.

    Le problème, c'est que Ma ne compte pas se laisser absorber par le bouillonnant Steve Ballmer -en show ici- sans rien faire : il a annoncé aujourd'hui chercher des investisseurs pour racheter la part de Yahoo, et ainsi éviter de tomber sous la coupe du groupe de logiciels. Steve-langue-de-Ballmer contre Jack the Web Ripper : l'affiche a quand même de la gueule.

    Interview de Jack Ma en anglais, par Loïc le Meur au forum de Davos, ci-dessous.

Publié dans Grands fauves

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