Cadors miniers, terrain miné

Publié le par GameTheory





           C’est ce qu’on appelle se prendre un vent. Une veste. Un de ces rebonds de cour d’école qui endolorissent les chicots et plombent le moral du prépubère acnéique. Le prétendant en question avait pourtant un certain style : Xstrata, cador anglo-suisse du secteur minier, présent à la fois dans la production de cuivre, de nickel, de charbon, de zinc et de vanadium. Un groupe en pleine croissance, qui avait réussi à gober son concurrent canadien Falconbridge en 2006, et à prendre pied en Nouvelle-Calédonie, sur les terres du français Eramet, avec un énorme projet d’extraction de nickel baptisé Koniambo.


 

Seulement voilà, la proie, Anglo American, se trouvait trop belle pour son boutonneux soupirant. Le cuivre ? Pourri. Le charbon ? Pas mieux. Le zinc ? Tout juste bon à absorber la Jupiler dans les PMU de Gyf-sur-Yvette. Depuis qu’il s’est séparé de ses activités dans l’or (Anglo Gold), Anglo American ne jure que par le platine, le fer et le diamant (de Beers). Alors, son offre de « fusion entre égaux » et ses « 1 milliard de dollars de synergies » Xstrata pouvait se les carrer dans le lieu sombre et mal famé de son choix. Refermez le dossier.

 

Fin de l’histoire ? A première vue seulement. Des râteaux de ce genre, le secteur minier en a déjà connus, dont certains étaient de la poudre aux yeux. Fin 2008, l’anglo-australien Rio Tinto avait réussi à échapper in extremis à l’offre de son concurrent BHP Billiton. L’attaque, sabre au clair et valises de yuan en main, du chinois Chinalco quelques mois plus tard l’a finalement ramené à de meilleurs sentiments vis-à-vis de BHP. Les deux tourtereaux viennent de faire alliance sur le minerai de fer, un business à 100 milliards de dollars.

 

 

 

 


 Pourquoi ces grandes manœuvres ? Parce que la mine est un métier de chien, où seule la taille garantit la viabilité des sociétés. Des coûts d’exploitation énormes et peu flexibles, sauf à fermer des mines ; une rentabilité fortement dépendante du prix du transport, donc du cours du pétrole ; une dépendance aux infrastructures locales, certaines mines sud-africaines ne pouvant être exploitées faute de routes ou de voies ferrées ; et des cours des matières premières qui jouent au yo-yo, de même que les cours de bourse : le cours d’Eramet est passé de 600 euros à 150 en quelques mois.

 

Même sur le secteur de l’or, un des plus prestigieux, pas facile de rentrer dans ses frais : la teneur en or des gisements diminue de manière mécanique, les coûts de production ont augmenté de 20% en douze mois, et la prospection coûte effroyablement cher. Alors, on règle ses comptes à grands coups d’OPA - Anglo Gold sur Ashanti, Placer Dome par le canadien Barrick- ou en se rachetant des mines quand on n’a pas les moyens de les exploiter. A moins qu’on ne nationalise carrément tous les gisements nationaux, façon Chavez, comme l’Ouzbek Navoi MMC.

 

 


 

Tous les moyens sont bons pour sortir vainqueur de cette course à la taille critique. Même dégrader un peu ses exigences sur la cible, un peu comme la pêche au gros de quatre heures du matin au Macumba, sueur au front et guiboles flageolantes, quand les créatures de rêve sont partis dans la Golf des jackys à gourmette. Les Chinois sont les rois du genre : après son vent avec Rio Tinto, Chinalco se serait rabattu sur Anglo American, plus petit et moins cher, tout en gardant un œil sur Rio Tinto, dont il possède quand même 9,3%.

 

L’intérêt des Chinois est bien compréhensible : bien qu’ils soient les premiers producteurs mondiaux de minerai de fer, cette production est insuffisante pour les gigantesques besoins de leur industrie sidérurgique. Et ils enragent de se faire régulièrement enfler par l’oligopole du fer, BHP, Rio Tinto et le brésilien Vale, lors des négociations pluri-annuelles. La Chine a eu beau regrouper ses aciéristes pour mieux négocier les prix, ça ne suffit pas : l’oligopsone (peu de clients) ne sera jamais aussi fort que l’oligopole d’en face (peu de vendeurs). Une seule solution, donc : sortir le carnet de chèques, et partir à l’abordage des producteurs. Quitte à se prendre quelques rebonds.

 

 


Publié dans Grands fauves

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E. Potron 20/08/2009 14:33

DENONCER OU AGIR ?? Vous et vos pairs ne cessez de dénoncer, à juste titre, les abus et scandales politico-financiers de la planète. Sans aucun résultat, sauf de désespérer encore plus les citoyens lambda que nous sommes. N'est-il pas temps que les "grosses têtes" se regroupent , afin de fonder un nouveau parti, définir une stratégie efficace conquête de pouvoir et enfin... AGIR !

GameTheory 06/07/2009 00:08

Devant la légère incompréhension soulevée par ce post (cf commentaires ci-dessus), quelques remarques et éclaircissements.

1) Ceci n'étant pas un devoir de Sciences-Po, il n'y a pas de "démonstration". Juste une description de la course à la taille des géants du secteur minier, avec les vraies-fausses OPA, les jeux de poker menteur entre les groupes, les alliances qui se font et se défont etc

2) Je ne cite Koniambo que comme un projet dans le nickel qui montre la puissance du groupe suisse Xstrata. On pourra revenir sur la situation néo-calédonienne, avec ses deux projets Goro et Koniambo, si ça vous intéresse.

3) Les Chinois, de par leurs besoins énormes en matières premières, ne produisent pas assez de minerai de fer pour leur industrie de l'acier. Ils sont donc dépendants des champions du secteur : Vale, BHP, Rio Tinto. Le fer ne se négocie pas sur les marchés boursiers comme le nickel ou le cuivre, il est négocié par accords pluri-annuels qui donnent lieu à des empoignades mémorables entre producteurs et clients. L'année dernière, les Chinois ont vu les prix du fer augmenter, de mémoire, de plus de 80%, c'est en ce sens que je dis qu'ils se font enfler. C'est aussi ce qui explique leur volonté de rachter des producteurs étrangers, comme Rio Tinto ou Anglo-American.

Dans tous les cas, n'hésitez pas à me transmettre vos questions précises, j'essaierai de vous répondre au plus vite.

Merci de vos retours, en tout cas

BA 05/07/2009 21:50

PIB des Etats-Unis au 2 juillet 2009 : 14 097 milliards de dollars.


http://www.journaldunet.com/economie/magazine/en-chiffres/pib-des-etats-unis.shtml


Déficit public pour l’année 2009 : 1 841 milliards de dollars, soit 13,05 % du PIB.

Dette publique des Etats-Unis au 2 juillet 2009 : 11 489 560 999 310 dollars (soit 11 489 milliards, 560 millions, 999 310 dollars), soit 81,50 % du PIB.


http://www.treasurydirect.gov/NP/BPDLogin?application=np


Pour lire le montant de la dette totale (publique + privée) des Etats-Unis, il faut lire la page 15 :


http://www.federalreserve.gov/releases/z1/Current/z1.pdf


Domestic nonfinancial sectors : 33 517,9 milliards de dollars.

Domestic financial sectors : 17 216,5 milliards de dollars.

Foreign : 1 858,3 milliards de dollars.

Dette totale (publique + privée) des Etats-Unis : 52 592,7 milliards de dollars, soit 373,07 % du PIB.

RST 04/07/2009 22:57

Bonsoir
Contrairement à JFC, je ne vis pas en Nouvelle Calédonie mais je connais un peu le projet Koniambo et moi non plus, je n'ai rien compris à votre démonstration.
Je m'inquiète d'autant plus que votre texte a été repris par Betapolitique et Vendredi si je ne m'abuse, ça veut dire que eux, ils ont compris !!!

JFC 02/07/2009 18:42

Bonjour,

Je vis en Nouvelle-Calédonie. Je suis avec attention l'évolution des projets miniers. Je n'ai rien compris à votre démonstration. Qui enfle qui ? Nombreuses phrases sans verbes qui ajoutent au brouillard de votre sujet. Vous semblez mélanger un peu tout mais peut-être ne suis-je pas suffisamment attentif dans ma lecture ? Je vais relire calmement