Louis-Dreyfus, le vrai bilan de RLD

Publié le par GameTheory





         Ainsi donc, RLD est mort. Il a cassé sa pipe, dévissé son billard, avalé sa chique, passé l’arme par la racine en suçant les pissenlits par la gauche. C’est moche, ça, très moche. Mais c’était prévisible : la rumeur d’un décès prochain enflait depuis quelques jours dans les rédactions parisiennes, qui avaient mis la nécrologie au micro-ondes, histoire de la servir chaude dès la nouvelle annoncée. Robert Louis-Dreyfus a eu la riche idée d’attendre le week-end, offrant à l’inénarrable JDD l’occasion d’un bide en une : « Le patron de l’OM est mort ». On reviendra un jour sur la différence entre « patron » et « actionnaire majoritaire », si ça peut rendre service au groupe Lagardère. Mais là n’est pas la question.

 

La confusion ne doit rien au hasard : RLD était une énigme. De celles sur lesquelles on se casse tellement les dents qu’on se contente d’en répéter le même résumé poussif : a) actionnaire-malheureux-de-l’OM-où-il-a investi-210-millions-d’euros-sans-gagner-un-titre, b) joueur de poker, c) ancien boss d’Adidas. Je vous épargne le d) actionnaire de Direct Energie, le concurrent nain d’EDF, et le e) passionné de cigares, on est lundi matin et je ne veux pas trop être agressif.

 

 

 

 

Le résumé est contestable, au mieux. Malhonnête, au pire. Quitte à faire dans le lapidaire, autant y aller franco : RLD, s’il était de nationalité suisse, était un des plus grands patrons français. L’OM n’était pour lui un gadget, un passe-temps qu’on se jure d’abandonner et qu’on n’abandonne jamais, un jouet cabossé qu’on aime et qu’on déteste à la fois, sans vraiment avoir le cœur de s’en séparer. 210 millions d’euros, c’était de l’argent de poche, le prix d’une passion déraisonnable qui ne lui a apporté que des emmerdes, mais qui n’a jamais constitué le socle de son empire, l'OM étant détenu par une société lui appartenant personnellement, Eric Soccer.

 

Le vrai job de RLD, c’était son groupe familial, le groupe de négoce Louis-Dreyfus. Un géant estimé à 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires, plus gros qu’Apple, Areva, Alstom ou Nike. Un mastodonte bien loin des relances en carton de Ronald Zubar ou des gri-gri de Ben Arfa, présent dans la production de céréales, d’huiles, de jus d’orange (15% du marché mondial), dans le concassage de soja, la transformation du coton, le commerce de riz, de blé, de maïs, de café, de sucre ou de sorgho, le transport maritime et routier. Louis-Dreyfus est aussi un des leaders du gaz liquéfié aux Etats-Unis, un important propriétaire de bureaux en Europe et en Amérique du Nord, un gestionnaire de ports en Argentine et de forêts en France.

 

 

 

De tout cela, on ne parle pas, ou peu. Parce que ces métiers de négoce, hérités de l’arrière-grand-père Léopold en 1851, ne sont pas des plus sexy pour le grand public. Et qu’ils sont encore moins raccords avec l’image du RLD flamboyant qui rachetait Adidas à Tapie pour une bouchée de pain, créait avec son bras droit Jacques Veyrat le principal concurrent de France Télécom (LDCOM, devenu Neuf, puis Neuf Cegetel), ou s’offrait il y a quelques années la marque le Coq Sportif pour tenter un revival à la Puma.

 

C’était toute la complexité du bonhomme. Self made man flamboyant grandi loin du groupe familial pendant trente ans, de sa première fortune gagnée au poker à la revente des parts de Neuf Cegetel, en passant par les aventures Saatchi & Saatchi, Adidas et LDCOM. Et enfant prodigue revenu dans le giron du groupe Louis-Dreyfus, quand il avait repris le contrôle du groupe et bloqué son capital pour 99 ans, pour tuer dans l’œuf toute velléité de vente des parts de la famille.

 

            Une énigme, donc. Qui, comme toutes les énigmes, méritait mieux que la mauvaise caricature d'un fan de barreaux de chaises à écharpe OM.




Publié dans Grands fauves

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Tietie007 09/07/2009 07:37

Rest in Peace, Roro !

GameTheory 06/07/2009 16:13

@ Nom d'un chien

Bien d'accord avec vous pour le foot français, mais ça reste un gadget dans le parcours du bonhomme

Nom d'un chien 06/07/2009 16:08

Quand meme, le football français lui doit beaucoup, en particulier l’Olympique de Marseille. Pour le reste, normal que ca passione moins les foules.