Carlyle, le début de la fin ?

Publié le par GameTheory



undefined    La crise financière a ceci de réjouissant qu'elle dégonfle quelques melons, notamment du côté des pseudos-génies financiers de la City. Et qu'elle remet à leur place des gros bras de la finance mondiale qui se croyaient invincibles, surpuissants, intouchables. Carlyle est de ceux-là. Le puissant fonds d'investissement américain vient d'annoncer la quasi-faillite de sa filiale spécialisée dans les créances hypothécaires, Carlyle Capital Corporation (CCC), dézinguée par la crise des subprimes. Le fonds est désormais livré au bon vouloir de ses créanciers.

 

    Cette quasi-faillite d'une filiale d'un des fonds d'investissement les plus puissants du monde a valeur de symbole. On peut être dirigé par un ancien gros bras de la CIA et du gouvernement américain, Frank Carlucci, avoir comme soutien et anciens dirigeants George Bush père et fils, être basé à Guernesey (sans doute pour la fraîcheur des embruns et le bruit des mouettes), et afficher un défaut de paiement de 16,6 milliards de dollars, soit 10,6 milliards d'euros. Bref, délaisser son rôle traditionnel de prédateur pour endosser celui de la proie, du traqué, du faible.

    Carlyle essaie de minimiser l'affaire, arguant que ce défaut de paiement ne touchera pas ses autres fonds (une soixantaine) et participations. Mais le trou en question représente plus de 20% du montant total des participations du groupe, plus de 80 milliards de dollars, et on a du mal à croire en l'argument d'une imperméabilité totale du groupe à ce nuage de Tchernobyl financier. De là à conclure la fin de l'influence de ce symbole du complexe militaro-industriel américain, il y a un sacré pas à franchir, tant l'animal est gaillard.

    Petit rappel historique : Carlyle est né en 1987, autour de l'idée de quatre juristes de profiter d'une faille du système fiscal américain, une bizarre histoire de rachat de dettes à des Eskimos d'Alaska qui permet aux repreneurs de payer moins d'impôts. Bref, rien de bien passionnant. Le groupe décolle vraiment deux ans plus tard quand Frank Carlucci, ancien directeur adjoint à la CIA et secrétaire à la Défense de Ronal Reagan, débarque à sa tête avec toute une clique d'anciens de la CIA, du Pentagone et d'industriels de la Défense.


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    Carlucci est surnommé « Mr Clean » , Monsieur Propre. Surnom assez étonnant vu le pedigree du bonhomme : ancien diplomate en Afrique, soupçonné d'avoir commandité des assassinats politiques, accusé par la presse US de trafics d'armes dans les années 80, ancien dirigeant d'une boîte de sécurité à la réputation sulfureuse, Wackenhut, qui gère notamment des prisons privées au Etats-Unis (tiens donc, au Texas), impliquée dans une affaire de logiciel piégé livré par la NSA à certains gouvernements étrangers...

 

    L'ami Carlucci a beau sentir le soufre plus que le gel d'entretien senteur pinède, son nom et ses relations attirent les capitaux. Le fonds s'impose vite comme un acteur majeur de la défense, de la biologie de pointe, de l'informatique liée à la sécurité, des nanotechnologies etc. Les entreprises qu'il contrôle, sauf le loueur de voitures Hertz, ont pour point commun d'avoir pour clients principaux des gouvernements. L'aréopage constitué par les cadors ayant travaillé ou investi pour lui est impressionnant : Bush père, conseiller pendant 10 ans ; Bush fils, pour lequel le fonds a trouvé un emploi en 1990; John Major, ex-premier ministre britannique; le milliardaire George Soros ; un demi-frère de Ben Laden et j'en passe. Excellent portrait de l'empire Carlyle dans un vieux papier du Monde, dispo ici.

    En Europe, le fonds, dont Carlucci a officiellement cédé les rênes, a aussi placé ses pions partout : dans les télécoms, avec Numericable, désormais en situation de monopole sur le câble français; dans l'aéronautique, le high tech, l'industrie. Et même dans les médias, Carlyle ayant été actionnaire du Figaro il y a quelques années.

    Cette formidable puissance de feu n'aura pas été suffisante pour sauver le fonds CCC de la débâcle de l'immobilier américain. Peut-être un simple avertissement, une parenthèse que la puissance et l'influence du groupe auront tôt fait de refermer. Mais après tout, c'est toujours ça de pris.





 

Publié dans Grands fauves

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room1 15/03/2008 12:04

c'est ce bon vieux Eisenhower qui doit rigoler...

Botica 14/03/2008 20:11

SoBiz, c'est trop bon !

Trop bien rédigé !

Et le sujet du jour est infâme à souhait !

Je parle de Carlyle et de Carlucci, bien évidemment...

La déconfiture de ce fonds, c'est... bon !

Voyons, je n'aurais pas mis mes économies là-dedans, tout de même ? Vérifions... Non !

J'avais raison de me méfier...

Bien entendu, si ces requins se font bouffer, ce sera par pire qu'eux.

Je n'aimerais pas non plus être un de leurs créanciers...

En attendant, le spectacle est plutôt excitant : aurais-je le goût du sang, de la curée ?

Ou une certaine idée de la justice ?