Cinq bides pour 2010, épisode 3 : l’attaque contre la Grèce

Publié le par GameTheory

 

 

 

 

 

 

 http://www.lexpress.fr/medias/391/grece-papandreou_142.jpg        Péril sur la maison Europe, les cocos. La gentry de la finance anglo-saxonne a décidé d’attaquer la Grèce. Et elle n’y va pas de main de main morte, foutrebleu. Le marché du grec-frites-salade-oignons est au plus mal. Le cours de la moussaka pique du nez, la feta fait du yoyo, le premier ministre Papandréou se pochtronne à l’ouzo frelaté. Pire, en manque chronique de drachmes (l’ancien nom de l’euro), la Grèce risque de ne pas avoir les moyens de s’offrir les délectables Rafale et exquises frégates multimissions (FREMM) aimablement proposés par les industriels français.

 

 

       Bref, ça sent le sapin au pays des oliviers. Il y a des signes qui ne trompent pas : le CDS de la Grèce, - Credit Default Swap, c’est-à-dire l’assurance que les banques contractent pour se prémunir contre un défaut de paiement du pays – a atteint des sommets inconnus jusqu’alors : 428 points de base selon Libé, près de deux fois celui du Liban et trois fois celui du Maroc. En clair, les marchés estiment le risque de faillite plus important en Grèce que dans des pays en développement. Moche, ça, très moche.

 

 

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      Pourtant, les chiffres sont têtus : le déficit public grec (12% du PIB) ne se distingue guère des 11% des Etats-Unis et de l’Espagne. Il est comparable au chiffre du Royaume-Uni (plus de 12%), et reste bien inférieur aux 14% irlandais. Côté dette, le chiffre grec de 123% du PIB reste dans les normes de l’Italie (127%) et loin des chiffres du Japon (197%). Que la Grèce truque ses chiffres ? La belle affaire. Elle le fait depuis des décennies, sous la bienveillante myopie de la Commission européenne, et avec le soutien actif des mêmes banques anglo-saxonnes qui l’attaquent sur les marchés, via sa dette et via l’euro.

     

      Qui sont les donneurs de leçon de la Grèce, au fait ? La banque d’affaires Goldman Sachs, d’abord. Oui, cette même Goldman Sachs qui aidait les Grecs à camoufler leur dette sous d’obscures opérations sur les devises, histoire que cette dette ne soit pas prise en comptes dans les chiffres officiels. Autre redresseurs de torts : les agences de notations Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch, ces formidables extralucides qui notaient « A » la banque Lehman Brothers quelques jours avant sa faillite.

 

     

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      Soyons sérieux : la Grèce va mal, mais rien ne justifiait une attaque spéculative de cette ampleur. Le pays ne fera pas faillite, pas plus que les autres Etats visés par la théorie du « à qui le tour » - Portugal, Espagne, Irlande, Lesotho ou Swaziland. A qui profitent ces rumeurs de faillite ?  Aux banques et aux hedge funds avides de refourguer au prix fort les CDS de leur portefeuille, ou d’augmenter les taux d’intérêt des dettes des Etats. L’un d’eux a du CDS portugais dans son slip kangourou ? Une brève vaguement téléguidée sur les Portos dans le Wall Street Journal et pouf, le CDS s’envole, et les profits du hedge fund avec. Magique.

 

 

      La bonne nouvelle de l’histoire, c’est que nos amis financiers, lassés de cogner la seule Grèce, se sont aussi attaqués à l’euro. Et qu’ils ont réussi à le toucher : la monnaie européenne a perdu près de vingt centimes face au dollar. En gros, la crise grecque a réussi à engager le meilleur plan de relance dont l’industrie européenne ait pu rêver : comme elle produit en euros et facture en dollars, chaque centime de recul de l’euro entre directement dans la case bénéfice des boîtes. Chez EADS par exemple, 10 centimes perdus par l’euro équivalent à 1 milliard de résultat opérationnel en plus. Selon les prévisions des économistes, une chute de 10 % de la monnaie unique face au dollar doperait de 0,2 à 0,3 point le PIB de la zone euro en un an.

 

 

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      A l’inverse, la production des sites délocalisés en zone dollar ont leurs profits rapatriés en euros : ils sont mécaniquement touchés par la baisse de ce dernier. Plus j’ai de sites en zones de dollars, plus mes profits sont dégonflés. Ce n’est qu’un juste retour des choses : les industries européennes, et notamment les PME, avaient fait des efforts gigantesques pour compenser la baisse du dollar. Chaque centime de baisse, c’était de la perte, donc du plan social. On ne peut qu’espérer que l’euro descende encore jusqu’à son niveau « normal », disons 1,15 dollar, ce qui aboutirait à une compétition moins faussée par les changes.

     

      L’autre bonne nouvelle générée par la crise grecque, c’est qu’elle oblige l’UE à sortir de sa léthargie en termes de politique économique commune. Les Allemands évoluent – très doucement, certes - sur leur leur délire psychotique de la puissance du roi Deutsch Mark, qu’ils avaient reporté sur l’euro. Et les gouvernements européens sont obligés d’agir, sous peine de voir le père DSK et son gros FMI débarquer avec ses milliards de dollars au secours de la Grèce, façon Attaque de la moussaka géante. Pas de doute : la course à l’échalote a parfois du bon.

 

 

 

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BA 05/05/2010 13:36


Mercredi 5 mai 2010 :

Il existe une menace de contagion des problèmes financiers de la Grèce à d'autres pays membres de la zone euro, estime Axel Weber, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne
(BCE).

"Il existe une menace de contagion sérieuse pour les autres pays de la zone euro et de réactions négatives sur les marchés financiers", a déclaré Axel Weber dans une déclaration au parlement
allemand.

"Un défaut de la Grèce dans la situation actuelle très fragile constituerait un risque important pour la stabilité de l'union monétaire et le système financier", a-t-il ajouté.

http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE6440AX20100505


BA 04/05/2010 06:22


Plan d'aide à la Grèce : l'Assemblée a adopté le volet français.

Les députés ont examiné lundi soir le projet de loi de finances rectificative intégrant le prêt de 3,9 milliards d'euros destiné à la Grèce en 2010, et l'ont adopté dans la nuit, mardi à 1h20, par
vote à main levée.

Au total, la France doit prêter 16,8 milliards d'euros sur trois ans, a précisé la ministre de l'Economie Christine Lagarde, qui assistait à la séance.

Si le prêt à la Grèce portera à 152 milliards d'euros le déficit public prévisionnel fin 2010, selon les prévisions gouvernementales, il ne devrait pas avoir de conséquences fiscales.

(Dépêche d'agence)

J'adore cette dernière phrase : "Si le prêt à la Grèce portera à 152 milliards d'euros le déficit public prévisionnel fin 2010, selon les prévisions gouvernementales, il ne devrait pas avoir de
conséquences fiscales..."

... sauf si la Grèce est incapable de rembourser à la France ces 16 milliards 800 millions d'euros.

Mon pronostic :

- La France va prêter à la Grèce 16 milliards 800 millions d'euros.

- La Grèce sera incapable de les rembourser.

- Les contribuables français l'auront dans le c...

- Vous avez aimé les emprunts russes ? Vous adorerez l'emprunt grec.


BA 02/05/2010 20:59


Les ministres des finances de la zone euro ont décidé, dimanche 2 mai, "d'activer" sans délai un plan d'aide à la Grèce de 110 milliards d'euros, dont 80 milliards à leur charge, et le reste
apporté par le FMI.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/05/02/l-europe-approuve-l-aide-financiere-a-la-grece_1345672_3214.html#ens_id=1268560

Prenons les quatre pays qui devraient prêter le plus :

- 1- L'Allemagne devrait prêter à la Grèce 27,92 % du prêt total, soit 22 milliards 336 millions d'euros.

- 2- La France devrait prêter à la Grèce 20,97 % du prêt total, soit 16 milliards 776 millions d'euros.

Vous avez bien lu : la France devrait prêter à la Grèce 16 milliards 776 millions d'euros.

- 3- L'Italie devrait prêter 18,42 % du prêt total, soit 14 milliards 736 millions d'euros.

- 4- L'Espagne devrait prêter 12,24 % du prêt total, soit 9 milliards 792 millions d'euros.

Les Etats européens vont maintenant emprunter sur les marchés internationaux. Ensuite, ils vont re-prêter ces sommes à la Grèce. Enfin, ils ne reverront jamais ces sommes car la Grèce ne pourra
jamais les rembourser.

Cette folie a un nom : ça s'appelle un suicide collectif.


BA 28/04/2010 17:31


Mercredi 28 avril 2010 :

Voici une information très importante concernant le conseiller officieux d’Angela Merkel, Hans-Werner Sinn.

Hans-Werner Sinn est un économiste allemand, président de l’institut de recherche économique Ifo. Il vient de dire tout haut ce que tous les dirigeants européens n’osent pas dire à leurs opinions
publiques :

la Grèce ne remboursera jamais les prêts que pourraient lui accorder les Etats européens.

Lisez cet article :

La Grèce ne remboursera jamais l’aide financière à l’Allemagne, estime le président de l'Ifo.

La Grèce ne remboursera jamais l’aide financière que l’Allemagne entend débloquer dans le cadre d’un mécanisme de soutien européen à Athènes, a prévenu mercredi un influent économiste allemand.

A la question de savoir s’il croyait au remboursement de l’aide financière à l’Allemagne, Hans-Werner Sinn, président de l’institut de recherche économique Ifo, l’un de ceux qui conseille le
gouvernement, a répondu sur la radio MDR : « à dire vrai, non ».

http://www.lesechos.fr/info/inter/afp_00247948-la-grece-ne-remboursera-jamais-l-aide-financiere-a-l-allemagne-estime-le-president-de-l-ifo.htm

Nous pouvons donc maintenant prévoir ce qui va se passer :

1- l’Allemagne ne prêtera pas un seul euro à la Grèce, car l'Allemagne sait que la Grèce est incapable de rembourser quoi que ce soit ;

2- l’Allemagne laissera la Grèce se déclarer en défaut de paiement ;

3- l’Allemagne préfèrera renflouer les banques allemandes ruinées par le défaut de paiement de la Grèce ;

4- la France la jouera de façon plus sournoise : elle commencera par prêter quelques centaines de millions en urgence, puis, quand la Grèce aura fait défaut, la France renflouera les banques
françaises.

De cette façon, les dirigeants français pourront dire :

« Vous avez vu ? La France a prêté à la Grèce ! La France a fait preuve de solidarité ! La France n’a rien à se reprocher ! »


BA 28/04/2010 10:25


Mercredi 28 avril 2010 :

Grèce : taux d'intérêt de l'obligation à 10 ans : 10,89 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR%3AIND

Grèce : taux d'intérêt de l'obligation à 2 ans : 18,50 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB2YR%3AIND