Cinq bides pour 2010, épisode 5 : après Goldman Sachs, Standard & Poor’s

Publié le par GameTheory




    http://assets.nydailynews.com/img/2010/04/28/alg_carl_levin.jpg     Bien sûr, on aurait tort de faire la fine bouche. Le spectacle de la brochette de crânes d’œufs de Goldman Sachs, assise en rang d’oignons devant la commission d’enquête du sénat américain hier après-midi, est de ces grands moments de télévision qui entrent sans peine au panthéon du zapping, quelque part entre le rot de Jean-Claude Vandamme sur le plateau de Nulle Part Ailleurs et le « Monsieur Foote, vous êtes un salaud » du très classieux Thierry Rolland en 1978.


On eut même droit à un léger frisson dans l'échine quand le sénateur démocrate Carl Levin la joua Tony Montana. Sourcils en accent circonflexe, lunettes demi-lune au bout du tarin, le président de la commission d'enquête dégaine un email de Goldman Sachs, daté de 2007, qualifiant Timberwolf, un des produits financiers de la banque, de « shitty deal », « affaire de merde » en bon gaulois. Question : « Combien de ces affaires de merde avez-vous vendu à vos clients ?(…)Je vois que vous n’avez pas envie de répondre. Vous saviez que c'était une affaire de merde vous en avez vendu des centaines de millions ! » Onze «shitty deals » en tout, qui résonnent comme autant d’uppercuts dans l’hypogastre de Daniel Sparks, responsable de la division des prêts hypothécaires. Le gars a clairement a les fesses qui font bravo.Il regarde ses pompes. Bafouille comme à son BEPC.

 

 

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Sacré Goldman Sachs. La SEC, le gendarme de la Bourse américaine, accuse la banque d'avoir trompé des investisseurs en leur faisant faire des placements sur des titres risqués sur l’immobilier US, alors qu’elle-même refourguait discrètement tous les titres en question ? Goldman Sachs répond que ses clients sont des professionnels. En clair, un resto te fourgue du merlan pourri qui te dézingue les intestins, mais c’est ta faute : t’avais qu’à le faire analyser. T’es un professionnel, bordel. Fais le job, espèce de communiste.

 

Oui, vraiment, ce réjouissant opéra-bouffe aurait eu de quoi donner du rêve si quasiment en même temps, un autre coupable de la crise financière ne continuait allègrement à saboter l’économie mondiale en toute impunité : l’agence de notation Standard & Poor’s dégradait la note de la Grèce dans la catégorie « junk bonds » - obligations pourries-, et dégradait aussi celle du Portugal dans la foulée, histoire de flinguer l’économie d’un autre pays de la zone euro.

 

 

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On connaissait les dix plaies d’Egypte. Voici les trois plaies de Wall Street : Standard & Poor’s, Moody’s, et Fitch, les trois agences de notation mondiales. Des organismes privés, totalement indépendants des régulateurs et autres gendarmes boursiers : deux groupes américains, Standard & Poor’s et Moody’s, et un acteur à capitaux français, Fitch, filiale du groupe Fimalac. A elles trois, ces agences contrôlent 90% du marché mondial : 80% pour le duo Standard-Moody’s et 14% pour Fitch.

 

Le principe est simple : quand un pays ou une entreprise emprunte sur les marchés, il demande à une des agences de noter sa dette, c’est-à-dire de donner une estimation des risques de non remboursement en fonction de sa solvabilité, ses perspectives etc. En fonction des systèmes de notation des agences, ces dettes se retrouvent notées entre AAA (risque le plus faible) et CCC, voire D (faillite ou quasi-faillite).

 

 

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Pas moyen d’échapper à l’oligopole : les créanciers, banques, hedge funds ou fonds souverains, exigent une notation des dettes émises, forcément par une des trois grosses agences, avant d’ouvrir le carnet de chèques. Selon l’AMF, Moody's France note ainsi plus de 77 entreprises, 124 établissements financiers, 14 collectivités locales, 15 OPCVM. En bon français, on appelle ça une rente de situation, d’autant que les deux tiers des émetteurs notés ne font appel qu’à une seule agence.

 

Mais le plus gros problème est ailleurs. Qui rémunère les agences ? Les émetteurs de dette eux-mêmes, entre 25 000 et 125 000 dollars. Conclusion de première année de Deug : risque de conflit d’intérêt évident, d’autant que les agences ont tout intérêt à ce que leurs clients émettent toujours plus de produits financiers, puisqu’elles sont sûres de devoir les noter par la suite, et de facturer leurs honoraires à chaque fois. Les agences de notation ont d’ailleurs largement participé à la montée en puissance des produits financiers ultra-complexes, issus de la titrisation de créances douteuses, en les notant allégrement AAA ou apparenté, et en poussant leurs clients à en créer toujours plus. Parmi les champions de cette roulette russe financière, Goldman Sachs.

 

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Le bilan des agences ? Il se passe de commentaire. Standard & Poor’s notait encore AAA la banque Lehman Brothers quelques jours avant sa faillite. Quelques années auparavant, les trois agences notaient AAA le courtier en énergie Enron, quatre jours avant sa chute. La plupart des actifs toxiques liés aux subprimes étaient notés AAA.  Bref, une superbe distribution d'andouilles par une sacrée bande d’extralucides, réduite à dégrader les notations après coup et à tour de bras, à chaque signe de faiblesse d’une banque, d’une entreprise ou d’un pays. Cette sur-réaction est d’ailleurs presque plus grave que l’absence de précautions initiales : en dégradant à la machette des entités déjà affaiblies, elles les empêchent de se refinancer à bon marché, et aggravent encore un problème qu’elles n’ont pas vu venir. C'est le cas en Grèce, ça risque de l'être aussi au Portugal.

 

La solution coule de source : il faut d’urgence surveiller ces mauvais coucheurs. Facile à dire, moins à appliquer : le Congrès américain le proposait déjà en 2002, le G20 de Londres en avril 2009, mais on en est toujours au stade de la réflexion. Les pistes existent, pourtant : contrôle des agences par le FMI ; création d’une agence européenne sous l’autorité de la Banque centrale européenne (BCE) ; mise en concurrence des Big Three par des nouveaux entrants, comme l’assureur crédit Coface, qui vient d’entrer sur le marché en proposant des honoraires trois fois inférieurs aux gros. Ou mieux, responsabilisation des agences en leur faisant couvrir une partie des risques qu’elles notent (5 % ?) : si elles se plantent, type Lehman, elles payent. Après avoir touché Goldman Sachs, l’heure est venue de couler les agences.

 

 


Publié dans Grands fauves

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yves946778 26/10/2016 19:49

Lehman n'était pas AAA mais A avant sa faillite, et Enron était BBB, pas AAA.

Yves

BA 14/06/2010 20:55


Lundi 14 juin 2010 :

Moody's abaisse la note grecque à Ba1, en catégorie spéculative.

L'agence de notation Moody's annonce avoir abaissé la note de la dette souveraine de la Grèce en catégorie spéculative, en arguant des risques liés au mécanisme de soutien apporté à Athènes par la
zone euro et le Fonds monétaire international (FMI).

http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE65D0MU20100614


BA 06/06/2010 10:49


Le 10 mai 2010, l’Union Européenne et le FMI ont tenté une manœuvre désespérée pour rassurer les investisseurs internationaux. L’Union Européenne et le FMI ont jeté leurs dernières forces dans la
bataille : ils ont annoncé qu’ils mettaient 750 milliards d’euros sur la table.

Ce soi-disant « plan de stabilisation » n'a fait illusion que deux jours : le 10 mai et le 11 mai.

Depuis le 12 mai, les investisseurs internationaux ont compris ce qu'était vraiment ce soi-disant « plan de stabilisation » : un énorme coup de bluff.

Depuis le 12 mai, les investisseurs ont compris que les Etats européens ne pourront jamais verser des centaines de milliards d’euros pour sauver le Portugal, l'Irlande, la Grèce, l'Espagne.

Conséquence : les investisseurs internationaux n'ont plus du tout confiance dans le Portugal, l'Irlande, la Grèce, l'Espagne. Depuis le 12 mai, ils demandent des taux d'intérêt exorbitants à ces
quatre pays.

Vendredi 4 juin :

- Si l’Espagne avait dû lancer un emprunt à 10 ans, elle aurait dû payer un taux d’intérêt de 4,528 %.

Le graphique des taux d'intérêt des obligations espagnoles est incroyable : les taux d'intérêt espagnols sont en train d'exploser.

http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=GSPG10YR%3AIND


- Si l’Irlande avait dû lancer un emprunt à 10 ans, elle aurait dû payer un taux d’intérêt de 5,109 %.

http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=GIGB10YR%3AIND


- Si le Portugal avait dû lancer un emprunt à 10 ans, il aurait dû payer un taux d’intérêt de 5,13 %.

http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=GSPT10YR%3AIND


- Si la Grèce avait dû lancer un emprunt à 10 ans, elle aurait dû payer un taux d’intérêt de 8,141 %.

http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=GGGB10YR%3AIND


Ces taux d’intérêt hallucinants montrent que le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne vont devoir emprunter à des taux d’intérêt de plus en plus exorbitants.

Le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne foncent vers le défaut de paiement.


Au contraire, les taux d’intérêt de l’Allemagne deviennent de plus en plus bas.

- Si l’Allemagne avait dû lancer un emprunt à 10 ans, elle aurait dû payer un taux d’intérêt très faible : seulement 2,584 %.

http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=GDBR10%3AIND


Cette divergence est intenable.

Cette situation est explosive : la zone euro va finir par éclater.


BA 31/05/2010 21:24


Combien d'actifs pourris les banques de la zone euro possèdent-elles ?

Selon la Banque Centrale Européenne, les banques de la zone euro ont dans leurs livres 195 milliards d'euros d'actifs pourris.

Vous avez bien lu : 195 milliards d'euros d'actifs pourris.

Ce sont de soi-disant "actifs", mais leur valeur réelle est égale à zéro.

Quand le patron d'une banque européenne vient frimer devant les caméras de télévision, quand il prétend que sa banque est saine, quand il raconte que sa banque est solide, ne le croyez pas.

Les patrons des banques de la zone euro sont des menteurs.

Les banques de la zone euro ne sont plus que des banques zombies.

Contribuables, préparez-vous à payer.

http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE64U0Q520100531


Rozéfré 27/05/2010 23:24


Bonne continuation