Neuf types en or pour 2009, épisode 9 : bouquet final, le grand bal des banquiers

Allons-y, messieurs dames. C’est plaisir, c’est bonheur, c’est fin de soldes, c’est réjouissances et gaudriole. Pour boucler cette série qui lui a valu moult reprises sur le web (Marianne2, Eco89 et Vendredi, notamment), Sobiz a décidé d’offrir un joli bouquet final à ses lecteurs, dont l’épaisseur de l’encéphale n’a d’égale que l’imposante musculature. L’épisode 9 ne concerne pas donc une personnalité, mais un sacré aréopage de vainqueurs : les huîtreux patrons de banques qui ont défilé devant la commission des finances de l’Assemblée nationale cette semaine. Au départ, une photo du Figaro, ci-dessus. Nous partirons de la gauche pour la galerie de portrait. Go, baby, go.
Le premier est aussi le plus jeune. Cravate rouge, torse puissant et sourire de beau gosse, voici Frédéric Oudéa, le nouveau boss opérationnel de la Société Générale, qui a succédé à un Daniel Bouton dézingué par l’affaire Kerviel, désormais cantonné au poste de président du conseil d’administration de la Sogé. Le job consiste à compter les jetons de présence et à les encaisser. Ardu, très ardu. Oudéa, lui, a une particularité : il est né un 12 mai 2008, jour de sa nomination comme patron de la SG. L’affaire Kerviel ? Pas responsable. Les pertes dans l’affaire des subprimes ? Pas impliqué. Quel poste occupait Oudéa sous l’ère Bouton, déjà ? Directeur financier, soit numéro trois du groupe. Pas au courant, donc, Fred : il n’était qu’un pékin, un quidam, il n’a rien vu et rien entendu. Question suivante.
Un pas à droite, et nous voici face à Etienne Pflimlin, patron du Crédit Mutuel. Pas grand-chose à signaler, sinon un charisme de praire et un culte du secret qui vire à la paranoïa, avec son acolyte Michel Lucas. Le groupe mutualiste avait pris un sale coup sur la tête avec la chute de Lehman Brothers (500 millions de pertes), perdu pas mal de billes sur les activités de marché, mais il reste protégé par des activités de banque de détail solides. Qui lui font même enfiler quelques perles : « Il n'y a pas de credit crunch », a assuré Pflimlin aux députés. Les centaines de PME qui voient leurs concours court terme stoppés unilatéralement par les banques pourront vous le confirmer.
Le grand flandrin à la veste horriblement mal coupée, c’est Baudoin Prot ( photo ci-dessus), le DG de BNP Paribas. Baudouin avait beaucoup fanfaronné l’année dernière, raillant les difficultés de la Société Générale, assurant que sa banque passerait l’orage sans problème, annonçant même le rachat de la banque franco-belge Fortis. Problème : Prot s’est fait prendre comme un amateur. Notamment par le bon vieux Bernard Madoff, 350 millions dans les chicots. Du côté de Fortis, BNP doit faire face à une impitoyable guérilla d’actionnaires minoritaires, qui s’estiment floués et obligent Prot à renoncer à certains actifs dans les assurances. Pas de quoi sucrer les dividendes aux bien-aimés actionnaires, quand même : « Si on coupe les dividendes, on donne un signal extrêmement négatif pour l'actionnariat », explique Prot. Ca coule de source.

Next one. L’armoire à glace à côté de Prot, c’est Philippe Dupont (photo ci-dessus), ancien pilier de rugby, patron des Banques Populaires et président de Natixis, le grand malade de la finance française. On parle d’un milliard de pertes en 2008 pour cette banque d’investissement née de la fusion de celles des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires, dont 751 millions dues à des opérations baroques sur les marchés. L’action vaut aujourd’hui le prix d’un paquet de Pépito -1,10 euro- le choix est donc vite fait. Pas sûr que les actionnaires de Natixis, qui avaient acheté ces titres lors de l’introduction en bourse à 20 euros, soient de gros fans du personnage. Théoriquement, Caisses d’épargne et Banques Pop doivent fusionner cette année, y compris les activités de banques de détail. Dupont sera-t-il de la partie, vu la casserole Natixis ? Il est permis d’en douter, malgré les gros efforts de l’agence de com Euro RSCG.
A droite de Dupont, Bernard Comolet. Ne comptez pas non plus sur lui pour danser l’aéroplane d’Acigné ou l’avant-deux de Saint-Broladre. Il a réussi à écarter l’indéboulonnable Charles Milhaud, dont Sobiz avait parlé ici, une sorte de Charles Pasqua de la banque, d’autant plus intouchable qu’il était conseiller municipal UMP de Marseille. La perte de 600 millions d’euros par Kervielinho, un trader en mousse, avait provoqué l’ire présidentielle et la chute de Milhaud. Comolet est l’exacte antithèse de son prédécesseur : extrêmement discret, et désespérément chiant. Un banquier, quoi.
Le gnome en train de se gondoler, à la fois sur sur la photo du début et sur celle ci-dessus (en train de faire le clown avec Oudéa), c’est Georges Pauget, patron du Crédit Agricole. Il rigole, il rigole, le bon Georges, mais l’Expansion le donne partant ces prochaines semaines, sous l’amicale pression de ses actionnaires, ce qu’il dément catégoriquement. Dégainant même une plainte contre X pour « identifier l’origine de la rumeur ». Sinon, que fait Pauget dans la vie ? Il verse une larmichette sur le sort des banquiers, « boucs émissaires commodes » de la crise. Et défend les dividendes des actionnaires : « Il ne serait pas logique que les actionnaires qui ont soutenu les banques en temps de crise soient complètement privés de dividendes ». A une nuance près, Georges : les actionnaires qui ont vendus à perte leurs titres n’étaient-il pas aussi les plus modestes et les plus fragiles, ceux qui n'avaient pas les moyens d'attendre ?
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