L’affaire Kerviel en quatre leçons

Publié le par GameTheory




06816080.jpg    Notre ami Max s’appelait donc Jérôme Kerviel. Mouais. Nom déceptif, diraient les pubards. Je préférais Max. Ce type, auquel Sobiz a été parmi les premiers à consacrer une ode lyrique - reprise sur le site de l'hebdomadaire Marianne, est désormais une star mondiale. Héros des temps modernes pour les uns, bouc émissaire bien pratique pour les autres, énigme indéchiffrable pour tout le monde. Cuisiné par la justice, il a commencé à balancer quelques infos. Ajoutez à cela les quelques nouveaux éléments de l’enquête, et on peut commencer à tirer quelques leçons –provisoires- de cet opéra-bouffe financier. En voici quatre.


    1) Un trader de 31 ans, au salaire annuel estimé à 60 000 euros, peut prendre, dans le secret le plus total, des positions spéculatives d’un montant total de 50 milliards d’euros.
   
Soit, au choix, le chiffre d’affaires annuel de Microsoft, le déficit public de la France prévu en 2008, ou dix fois la somme nécessaire à l’éradication totale de la faim dans le monde (5,2 milliards).Qu’un trader junior puisse prendre de tels engagements dans une banque réputée pour son sérieux et son expertise sur le secteur spécifiques des produits dérivés me semble motiver la démission expresse du top management du groupe, Daniel Bouton compris. Il n’y a que les grands mamamouchis à talons compensés, aux connaissances il est vrai assez basiques en économie, pour s’en rendre compte au bout d’une semaine.

    2) La Société Générale a décidé de liquider les positions de Kerviel au pire moment, le fameux «lundi noir» qui a vu plonger les bourses européennes. Selon les avocats de Kerviel, cet empressement a abouti à alourdir de 4,5 milliards d’euros les pertes du trader, qui auraient pu, selon eux, être épongées en attendant un peu que le marché se redresse. La SG assure qu’elle ne pouvait pas rester exposée avec ces participations sans risquer un cataclysme financier encore bien pire, et qu’elle devait absolument tout vendre le lundi 21 janvier, dès les positions connues.
    Cet empressement était-il justifié, ou, au moins, compréhensible ? Oui, répond l’économiste Alexandre Delaigue, peu suspect de complaisance boutonnienne, sur le blog des Eco-comparateurs de Libé :, post qui est de loin la meilleure explication de  l'affaire que j'aie trouvé sur le web «    La règle implicite, lorsqu'on est face à une position subie, est de s'en débarrasser le plus vite possible. Le risque, c'est en effet que les choses se sachent;  les concurrents de la banque sur les marchés auraient alors (...) pu profiter de cette situation et la pousser à la faillite.».»

    3) Le département «dérivés actions» de la Sogé était une sorte de royaume interne, comme en témoigne le passionnant témoignage d’un ancien trader dans le Libé du jour. «La plupart des gens qui bossaient avec Antoine Paille, le créateur du département "option" à la fin des années 80, sont partis avec lui quand les X-Mines de la banque l’ont débarqué. Sauf les gens du département "dérivés-actions" (le département de Kerviel) qui ont formé une division à part, une sorte d’Etat dans l’Etat dont la puissance s’est accrue au fil des ans. »
    Et d’embrayer sur Jean-Pierre Mustier, boss tout-puissant de la banque d’investissement, « un polytechnicien très brillant qui se conduit comme un militaire de carrière et gère ses hommes comme un gradé dans la tranchée. Qu’il n’ait pas été au courant, qu’on ne lui ait rien signalé, c’est presque invraisemblable.» La grande question est donc celle d’éventuelles complicités, ou du moins, de tolérances excessives, en interne. Plusieurs traders confirment en off que les plafonds d'investissements qui leur sont imposés ont un caractère essentiellement indicatif... Version confirmée par Kerviel aux enquêteurs dans l'article du Monde d'aujourd'hui.

    4) Les diverses théories du complot semblent écartées à ce stade de l’enquête. Daniel Schneidermann dénonçait, à raison, les emballements médiatiques dans son best-seller “Le cauchemar médiatique”. On a désormais la preuve que les piliers des forums internet n’ont rien à envier aux médias institutionnels en la matière. Même emballement moutonnier plus propice aux enflammades et croisades personnelles qu’à la réflexion de fond. Mêmes théories vaseuses dégoupillées sans le début du commencement d’une info vérifiée.
    On a eu droit à tout : Kerviel agent secret à la solde des Russes, chargé d’organisé des transferts d’argent vers Rosbank, la banque russe récemment acquise par la Société Générale ; inexistence de Jérôme Kerviel, qui ne serait qu’une création intellectuelle de Bouton et de ses sbires . Et j'en passe des plus corsées.

    Bref. L’affaire telle qu’ell e est dévoilée en ce moment est suffisamment grand-guignolesque pour ne pas en rajouter une couche. Alexandre Delaigue cite avec raison Napoléon, qui disait qu'il ne faut  jamais expliquer par un complot ce qui s'explique fort bien par l'incompétence.   
Si l’on n’est manifestement encore qu’aux débuts de nos surprises, il n’est pas interdit de se poser et de réfléchir deux secondes avant de jouer les Thierry Meyssan.




Publié dans Attentats

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barovin 14/06/2010 09:28


Procès KERVIEL : La societé générale tente de faire croire qu'elle n'était pas informée des activités de ses traders. Je vous rappelle que ce type a joué avec 50 milliards d'€uros. Si c'est
vraiment le cas, les dirigeants de la societé générale seraient des incapables qui ne méritent absolument pas leurs gros salaires, les goldens parachutes et leurs retraite chapeaux....En fait, je
crois que dans tous les cas de figure, ils ne les méritent pas. Il ne faudrait pas nous prendre pour des imbéciles.