Lundi 20 octobre 2008



     Trois têtes qui tombent un dimanche soir aux Caisses d’Epargne, dont le président Charles Milhaud (à droite sur la photo, aux côtés de son homme-lige Nicolas Mérindol). Une note de Merill Lynch qui assure que la Société générale pourrait avoir besoin de lever 6,5 milliards d'euros, BNP 7,3 milliards et Crédit agricole 3 milliards. Pas de doute : le jeu de massacre a commencé à la tête des banques, prélude, peut-être, à une grande lessive plus large. Petit état des lieux du Gotha de la finance.









Coulé : Nicolas Mérindol, DG des Caisses d'Epargne




Ego hypertrophié, coiffure de Playmobil et patronyme de bain de bouche spécial gencives. Nicolas Mérindol, directeur général des Caisses d’Epargne, était la grande révélation de cette crise financière. Subtil mélange de gendre idéal et de Jean-Marie Messier période décadente. Tristesse ineffable : le petit Nicolas a coulé hier soir, après sept heures de conseil de surveillance, avec son président Charles Milhaud et le directeur financier des Caisses d’Epargne.





C’est bien dommage : les efforts de Mérindol pour rassurer la communauté financière valaient leur pesant de cacahuètes. Fin octobre, le DG assurait que la Caisse d’Epargne était « à l'abri de la tourmente qui affecte les marchés financiers ». Bien vu, l’artiste : le bon vieil Ecureuil s’est pris 600 millions d’euros de pertes dans les chicots, un trader de son équipe « dérivés actions » - que nous appellerons Kervielinho - ayant tenté de se refaire en pleine débandade boursière, après un bad beat que n’aurait pas renié Patrick Bruel. Un « incident », selon la savoureuse terminologie maison.


Oui, vraiment, on regrettera le sympathique Mérindol, qui, outre des talents éprouvés de gestionnaire -le bénéfice net de la Caisse d'Epargne a fondu à 21 millions d'euros, contre 1,449 milliard d'euros il y a un an, se payait le luxe de taper sur la presse à bras raccourcis : pas moins de dix plaintes déposées contre le site Mediapart, qui avait eu la suprême audace de publier une enquête sur la CNCE, la Caisse nationale des caisses d’épargne. Le même Mérindol dénonçait une « campagne de dénigrement systématique » après les révélations du Canard sur un besoin de financement de 6,5 milliards d’euros.


Le pire, c’est que l’on n’a certainement pas découvert toute la poussière sous les tapis : des dépréciations d’actifs sont à prévoir avant le rapprochement avec les Banques populaires.


Update lundi 20/10, 19h20 : Il semblerait que l'ami Mérindol rebondisse finalement à la tête du Crédit Foncier, filiale des Caisses d'Epargne. Le message est clair : on l'écarte parce qu'il le fallait pour calmer tout le monde, Mais on le repêche en loucedé en seconde division... Les salariés du Foncier apprécieront.




 


Junk-bondisé : Jean-Bernard Lafonta, patron de Wendel



Le précieux Jean-Nanard ne s’en remet pas : le président du directoire de Wendel Investissement (ici à la gauche du Père, pardon, du Baron) a vu la note de sa dette abaissée au rang d'« obligation pourrie » par l'agence de notation Standard & Poor's. « Junk bond », en anglais. Pour faire simple, ça signifie que Wendel, fond d’investissement appartenant aux héritiers des forges lorraines, est désormais considéré comme un client à risque par les banques. Pourquoi ? Parce que toutes ses participations ont été massacrées par la tempête boursière, notamment l’industriel Saint-Gobain et le groupe de certification Bureau Veritas.


Un comble pour ce virtuose de la finance, surnommé « le bébé de Seillère ». Grâce à un tour de passe-passe financier ultra-sophistiqué, dévoilé par le Monde et qui fait encore l’objet de plaintes devant la justice, Lafonta avait réussi à s'attribuer 4,7% du capital du groupe, soit 342 millions d'euros, en compagnie de 14 membres du management (dont l’ancien patron du Medef Ernest-Antoine Seillère, mais aussi la dircom de Wendel Christine Dutreil, la femme de l’ancien ministre des finances Hervé Dutreil).


Tous ces efforts pour quoi ? L’action Wendel a cédé 70% en un an. La participation des 14 rigolos a donc baissé d’autant. Bien essayé, Jean-Bernard. Mais maintenant, il falloir penser à sauver sa tête.







 Momifié : Daniel Bouton, président de la Société Générale





Survivor, version dégarnie. Le toujours président du conseil d’administration de la Société Générale ne doit qu’à l’opération du Saint Esprit – et peut-être à un conseil d’administration à sa botte - d’être toujours en poste après l’affaire Kerviel et le désastre des subprimes qui a durement touché sa banque. Certes, « 357 Magnum » - son surnom en interne, en référence à son art consommé de la réplique qui tue-  a cédé les rênes de la banque à Frédéric Oudéa, jeune DG qui est désormais le visage officiel de la banque.


Mais Bouton a surtout cédé des actions de sa banque en pleine tempête boursière, réalisant 1,3 million d’euros de plus-value selon les calculs de Mediapart. « Pour payer ses impôts », assure la banque, qui rappelle que Bouton a renoncé à son salaire pour six mois. Petit rappel : Daniel Bouton avait gagné 10,6 millions d’euros en 2006, selon le magazine Capital. Notoirement insuffisant pour payer ses impôts cash, à l’évidence.

 






Canardés : Baudoin Prot et Frédéric Oudéa, DG de BNP Paribas et Société Générale






Leurs démentis aussi nerveux que réguliers n’y font rien : la Sogé et BNP Paribas se prennent carton sur carton en Bourse. La faute à de vilaines rumeurs de besoins de financements évoqués par plusieurs analystes, dont Merrill Lynch et Dresdner Bank. Les deux banques, ainsi que le Crédit Agricole, auraient besoin de plusieurs milliards d’euros pour assainir leurs bilans.


Qu’en est-il vraiment ? Deux solutions : ou bien Prot et Oudéa disent vrai, et n’ont aucun besoin de cette recapitalisation. On assiste alors vraisemblablement à une manipulation de cours, qui relève de l’AMF. A qui profite le crime ? On peut penser à des banques étrangères qui voudraient mettre la main sur ces banques à vil prix. Les chiffres annoncés pour l'instant par les deux banques sont tout sauf alarmants, BNP s'étant même payé le luxe de récupérer une bonne part de la banque Fortis.


Ou bien les deux patrons cachent des trucs pas nets. Liste non exhaustive : actifs toxiques dans leurs bilans, pertes en Russie ou à Pétaouchnok, sous-capitalisation, mauvais ratios de solvabilité...  En les cachant, Prot et Oudéa espèreraient sauver leurs cours et leurs têtes. Entre nous, ce ne serait pas très malin, les banques étant désormais sous étroite surveillance. L'exemple de Charles Milhaud, président des Caisses d'Epargne éjecté hier, montre que même un proche de Sarkozy, conseiller municipal UMP à Marseille, peut faire les frais du grand nettoyage qui s'annonce. On en salive d'avance.





Par GameTheory - Publié dans : Up and down
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