London Calling, questions pour un G20
La question brûle les lèvres du lippu lecteur en ce lendemain de grand-messe diplomatique. Elle le poursuit tel un teckel court sur pattes, langue aux quatre vents et troufignard en goguette. Diantre : comment reconnaître un bon G20 d’un mauvais ? Deux solutions, ami lecteur : renifler les saucisses de Morteau du rayon frais, après avoir tâté les melons charentais. Ou jeter un oeil les cours des principaux indices boursiers, si c’est le grand raout londonien qu’on désire éprouver.
Un coup d’œil aux marchés, donc. Bel unanimisme : CAC 40 +5,37%, Dax allemand + 6,07%, FTSE londonien 4,28%. Tout le monde semble s’en réjouir : ce serait la preuve que le sommet est une réussite, que la confiance est de retour, que le ghetto du gotha a bien fait son job dans une ville transformée en camp retranché. Possible. A moins, comme s’apprête à l’avancer SoBiz dans son délectable langage châtié, que ce soit au contraire la preuve que rien n’a avancé.
Quel était l’objet de ce sommet ? Réformer le capitalisme. L’encadrer, le contrôler, en transformer en profondeur les fondements et les diktats. Revenir sur des décennies de domination sans partage de l’idéologie monétariste. Eh bien, disons-le tout net : si ce même capitalisme avait eu le sentiment d’une véritable volonté de le réformer, les Bourses auraient perdu 15%. Les marchés auraient sanctionné la remise en cause de leur toute-puissance, on aurait crié haro sur le protectionnisme renaissant. Si les marchés ont salué ce sommet, c’est certainement parce qu’il ne remet pas en cause l’essentiel.
Foin de mauvais esprit : il y a quand même du goûtu dans les quelques déclarations générales de ce G20 londonien. Les contrôles accrus des fonds spéculatifs, notamment des hedge funds, jusqu’ici exclus de toute procédure de contrôle. Le triplement des ressources du FMI, à 750 milliards de dollars, afin de relancer l’économie et de venir en aide aux pays en développement ou en banqueroute. Quelques charges contre les paradis fiscaux, dont on attend avec impatience -et un poil de circonspection- les applications concrètes.
Mais ce festival de bonnes intentions souffre quelques oublis majeurs. Rien sur la titrisation, cette transformation de créances des banques en produits financiers complexes et illisibles, à l’origine de la propagation de la crise des subprimes. Rien sur la régulation de ces produits dérivés, pas grand-chose sur la remise en question du rôle des agences de notation (Standard&Poor’s, Moody’s, Fitch) qui notaient avec des triple A les dettes de boîtes en faillite quelques jours plus tard.
Rien, non plus, sur le rôle du dollar comme monnaie de réserve, désormais contesté par la Chine et la Russie, qui permet aux Etats-Unis de faire financer son déficit commercial en faisant marcher la planche à billets. Rien sur la question des taux de change, alors que la faiblesse du dollar flingue l’industrie européenne et fausse la compétition mondiale.
Pourtant, c’est d’un nouveau Bretton Woods que le monde a besoin, et même au-delà. Il est temps de cogner fort. La titrisation ? Interdite, ou sévèrement contrôlée. Les banques ? Ramenées à leur fonction : financer l’économie, pas jouer les apprentis sorciers en bourse. Les agences de notations ? Mises sous tutelle des institutions internationales (UE, FMI) et des Etats. Les stock-options ? Taxées à 90% en cas de plan social. La fiscalité ? Recalculée sur de nouveaux critères : environnement, partage de la valeur ajoutée en faveur des investissements et des salariés.
Autant d’idées absentes, ou occultées, des débats des dirigeants et de leurs sherpas. De là à parler d’échec londonien, il y a un pas que je ne franchirai pas. Mais il est temps de comprendre que la réforme du capitalisme ne peut se faire avec l’assentiment du Nasdaq et le soutien rigolard du gotha financier. La violence de la crise offre une occasion historique de toucher au cœur un colosse à genoux, désormais à portée des politiques et des Etats. S’il faut frapper, c’est maintenant ou jamais.