Neuf types en or pour 2009, épisode 4 : René Ricol, Zorro du crédit crunch
Il y a des mystères, comme ça, qu’il vaut mieux renoncer à percer. Pourquoi la station la Défense est en zone 2 du métro, mais 3 du RER. Pourquoi les journalistes sportifs donnent du « président » à des types dont le seul mérite est d’être des patrons de club de foot couperosés et décatis. Pourquoi une bonne partie de nos contemporains continue de croire à la vieille légende communiste selon laquelle la Muraille de Chine, large de 6 mètres, serait visible de la Lune. Comme si on pouvait voir un cheveu à deux kilomètres.
Et puis, il y a des mystères sur lesquels on se cogne. Qu’on essaie de comprendre. Et qu’on ne comprend pas. Un exemple : le crédit aux entreprises. L’Etat français, à travers la Société de financement de l'économie française (SFEF), a jusqu'ici apporté 18 milliards d’euros aux banques françaises pour les aider à continuer de financer l’économie dans le contexte houleux que l’on sait, et prépare 10,5 nouveaux milliards pour ces prochaines semaines. Les banques assurent qu’elles prêtent toujours. L’Observatoire du crédit, organisme indépendant chargé du suivi des engagements des banques, semble le confirmer, en faisant état d’encours en hausse de 9,4% sur un an, de 0,3% par rapport à octobre et de 1,2% par rapport à septembre.
Autant le dire tout de suite : ces chiffres, vus du terrain, semblent hallucinants. Et incompréhensibles : tous les secteurs sont touchés par le « credit crunch », le resserrement des conditions de crédit. L’automobile, où Renault a besoin de 4 milliards d’euros pour renforcer ses fonds propres et renflouer sa filiale financière. L’aéronautique, où Louis Gallois, le patron d’EADS, a ouvertement appeler les banques à faire leur boulot en consentant des prêts aux compagnies aériennes qui achètent des appareils. L’industrie en général, qui voit sa trésorerie fondre neige au soleil. Et même les grosses boîtes du CAC 40, EDF ayant eu toutes les peines du monde à boucler le financement de son acquisition britannique, British Energy.

Pour résoudre l’auguste mystère et redonner de l’oxygène aux boîtes, il fallait un super-héros. Un type charismatique, rentre-dedans, capable de résister aux banques et de les obliger à faire leur job. Christine Lagarde, aussi appelée Casque d’argent, a déniché ce grand homme inespéré. Un expert comptable, dites donc. Un ancien de l’Observatoire des délais de paiement, en plus. Une pointure, ce « Double R », pour René Ricol, nommé médiateur du crédit il y a deux mois.
Trêve de cynisme à trois roupies. L’ami Ricol fait plutôt correctement le job : 3700 dossiers reçus, 1400 étudiés, dont les deux tiers avec succès, les banques revoyant leur refus de crédit initial. Il fait ce qu’il peut, surtout, puisque sa seule possibilité de pression est finalement la médiatisation de affaires qu’il traite, et la bronca populaire sur les banques récalcitrantes. Le bonhomme cultive un regard de biais assez réjouissant, un côté pince-sans-rire friand de messages codés à destination des banques, qui rend plutôt sympathique le personnage.
N’empêche. Tout cela n’explique pas l’écart incroyable entre les chiffres macroéconomiques et la réalité du terrain. Où passe l’argent mis à disposition par l’Etat ? Dans les bilans desdites banques ? Dans des crédits à des entreprises dont on ne parle pas ? Voilà bien une question, ami lecteur, à laquelle Sobiz n’a pas de réponse.
Publicité