Apple est une secte
Quand on commence un blog, il faut faire fort, m’a-t-on dit. Alors autant y aller à la truelle. Mettre une bonne pêche à une pomme qui a pris le melon. Alors je ne vais pas tourner autour du pot : Apple est une secte. Une vraie. Et je m'en vais vous expliquer pourquoi.
Tout d'abord, une précision : je respecte la marque Apple. Une belle boîte, une histoire incroyable de retour au premier plan avec l'Ipod, des produits bien dessinés, intuitifs, souvent bien plus agréables à utiliser que ceux de la concurrence. L'ami Jobs est un type très doué, doublé d'un marketer incroyable, les pubs de la marque sont très fortes (merci TBWA), ses designers sont au top. Non, le problème d'Apple, c'est ses fans. Pardon, ses adeptes. Les salafistes du high tech. Les plus excités de toute la communauté informatique, qui souvent par rejet de l'archi-domination de Microsoft et consorts, ont plongé dans une dérive sectaire qui leur fait parfois péter un câble sur les forums.
De la secte, Apple a tous les attributs : le grand gourou, Steve Jobs, dont chaque intervention est dégustée, analysée, soupesée, triturée par les spécialistes de l’herméneutique Apple. Le mythe fondateur : deux geeks d’Atari et d’HP dans un garage de Cupertino, qui révolutionnent l’informatique. Les adeptes, à l’acharnement inversement proportionnel à leur nombre. La paranoïa, notamment à l’endroit de journalistes, forcément pro-Windows et anti-Mac, et qui, décidément, ne comprennent jamais rien à rien. Le culte du secret, surtout : une communication archi-bétonnée, des attachées de presse (balançons, chez l’agence Rumeur Publique) dont on se demande à quoi elle servent puisqu’elles ne rappellent jamais ou sont injoignables, des cadres tellement terrorisés par la presse qu’on ne les voit jamais, ou presque. Même à Apple Expo la semaine dernière, toutes les interviews ont été annulées pour ne pas que les porte-paroles aient à évoquer l’âpre négociation avec Orange sur l’iPhone. Jolie leçon de transparence.
Apple a longtemps eu l’image d’une entreprise différente. Par son souci du client. Par sa communication décalée. Par ce statut assumé de challenger et de poil à gratter qui en faisait une boîte sympathique, plus humaine, une alternative. Mais aujourd’hui, que voit-on ? Que lorsque la pomme est en position de force (l’iPod et ses 70% de parts de marché, notamment), elle fait pareil, voire pire que Microsoft. Vente liée, avec le couple Itunes-Ipod, aussi condamnable que la vente forcée de Windows avec les PC. Exigences délirantes vis à vis des partenaires : comme le raconte l’excellent papier de Gilles Fontaine dans Challenges, Apple exigeait d’Orange qu’il ne fasse aucune autre pub à Noël que pour l’Iphone. Vraiment très fort : Apple vient d'inventer le droit d'ingérence publicitaire.
Mais le pire, c’est ce pied de nez terrible aux premiers clients de l’Iphone, avec la baisse de prix de 200 dollars après trois mois de commercialisation. Une bonne baffe dans les ratiches des «early-adopters» d’Apple, qui ont pourtant toujours été les VRP de la boîte et ses plus fervents partisans. La réponse de Jobs en conf de presse valait son pesant de cacahuètes : «C’est la technologie. Si vous avez acheté votre Iphone ce matin, retournez voir le vendeur et demandez un remboursement. Si vous l’avez acheté il y a un mois... Eh bien, c’est le genre de choses qui arrivent avec la technologie.» Le cynisme a quand même ses limites : Apple s’est finalement fendu d’un avoir de 100 dollars pour les floués. Quant au Européens, ils devront payer autour de 400 euros pour un Iphone, contre 283 aux Etats-Unis.
Le respect du client selon Steve. Le même qui le fait transformer l'Apple Expo de Paris en un salon de l'accessoire iPod, avec un seul iPod Touch disponible et zéro iPhone. La France a un tort : son opérateur mobile leader, Orange, résiste à ce que les autres partenaires (AT&T, T-Mobile et O2, notamment) ont accepté : la rétrocession d'un tiers des revenues d'abonnement à Apple pour les utlisateurs de l'iPhone.
Mais on ne critique pas le grand gourou. On ne résiste pas au grand maître à col roulé. Orange renâcle à accepter le business model retenu pour l’iIphone ? Psychodrame, comme avec Orange en ce moment même. Les négociations se durcissent, Orange refusant de se plier aux exigences de Jobs, au point que l’Iphone pourrait ne pas être en magasin pour Noël… Le boss de France Télécom Didier Lombard confirme lors d'une visite au Vietnam un secret de polichinelle, l’exclu d’Orange sur l’Iphone en France ? Caca nerveux de Jobs, qui annule sa visite prévue à Paris.
Entre nous, Apple est mal barré dans sa négo, car Lombard a dépêché du lourd à Cupertino. Louis-Pierre Wénès, son bras droit, une éminence grise qui n’est pas spécialement un modèle de diplomatie. Après avoir contribué au départ de toute une génération de quadras chez l'opérateur (Didier Quillot, Julien Billot, Frank Boulben, et dernièrement Jean-Noël Tronc), celui-là est bien capable de faire capoter le deal avec Apple, même si aucune des deux parties n'y aurait vraiment intérêt.
Allez, pour décrisper tout le monde, un sketch tordant de MadTV. Foutage de tronche d’Apple (un peu) et de la guerre de Bush en Irak (beaucoup). Je me gondole.
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