Sur le terrain

Mardi 22 septembre 2009


Trêve de mauvais esprit. Fi de blagounettes perfides. Pause dans l’acerbe, dans le rigolard, dans la saillie drôlatique. Aujourd’hui, SoBiz a décidé de faire dans le béat. De parler des trains qui arrivent à l’heure. D’évoquer ces boîtes dont on ne parle pas, ou peu, et qui le méritent pourtant : celles qui ouvrent des usines en France malgré la crise. Qui prouvent, bétonnière à l’appui, que la vulgate libérale de l’impossibilité-de-produire-en-France est une aimable plaisanterie.

 

Soyons clair. Le propos n’est pas de dire que la crise s’est envolée avec le parachutage du brushing d’Estrosi au secrétariat d’Etat à l’Industrie. Ni que l’industrie française en ait fini avec les licenciements, restructurations, problèmes de trésorerie, occupations d’usines, ou vrais-faux plans de reprise type Molex. Mais la Google Map de la non-crise, qui sera régulièrement complétée et/ou corrigée avec l’aide des lecteurs de SoBiz, prouve que même dans l’œil du cyclone de la pire crise des cinquante dernières années, certains patrons essaient de raisonner un peu plus loin que leurs lunettes demi-lune. Mieux, que certains méritent autre chose que l’écartèlement par poneys corses que leur promet la vindicte populaire.


 

 

 


Qui trouve-t-on dans cet aréopage d’inconscients ? Pas mal de secteurs sont représentés : l’aéronautique (Airbus, Spirit, Daher-Socata, Geci international), l’agroalimentaire (Cémoi, Malongo, Mix Buffet, Créaline, Castel, Collet, Boncolac), l’industrie lourde (Ouvrie-PMC, Aubert & Duval, Saint-Gobain), la construction (Bénéteau), l’énergie (EDF Energies nouvelles), les meubles, le papier, le stockage. Point commun, à part l’agroalimentaire : ces secteurs sont souvent à cycles longs, les investissements d’aujourd’hui ne donnant leurs premiers résultats que dans plusieurs années.

 


L’autre leçon, c’est que mis à part quelques gros bonnets comme Airbus ou Saint-Gobain, l’essentiel des ouvertures d’usines vient des entreprises de taille moyenne, entre 10 et 150 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le constat n’est pas innocent : c’est de ces grosses PME exportatrices que l’Allemagne a toujours tiré sa croissance et son gigantesque excédent commercial (13,9 milliards d’euros sur le seul mois de juillet 2009). Le tissu industriel français manque terriblement de ces moteurs-là, qui ont une propension à investir en France bien supérieure aux cadors du CAC40, qui réalisent 80% de leurs ventes hors de France, et y investissent de moins en moins.


 


 

Le dernier enseignement de la carte n'est pas vraiment un scoop. C’est la résistance, une nouvelle fois éprouvée, des entreprises familiales : Daher, Aubert & Duval, Tryba, Cuisines Schmidt, PEG, et j’en passe. Les avantages sont connus : pas de pression d’actionnaires financiers, pas de dette de LBO à rembourser, un management souvent stable, une stratégie de long terme. L’entreprise à la papa, on a encore rien trouvé de mieux.

 


Par GameTheory
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Vendredi 17 avril 2009



          Pour un peu, on en verserait la larmichette, tiens. On succomberait à la belle émotion, on réprimerait un sanglot, on saluerait le sacrifice salvateur.  « Keops réduit les salaires pour éviter un plan social », titraient les Echos d’hier. Joli cas d’école, lit-on entre les lignes : face à la baisse de 10% du chiffre d’affaires de cette société de conseil en immobilier d’entreprise, filiale de Nexity, les dirigeants ont décidé de proposer à tout le monde une baisse de salaire de 3,5 à 7,5% (et pas 10% comme l’indiquent les Echos). Pour éviter un plan social, jure le patron Laurent Castellani.

 

          Un aller-retour pour consulter le gros Robert, et on revient avec les idées plus claires. « Chantage : (nom masculin) Action d’extorquer à quelqu’un de l’argent ou un avantage sous la menace d’une imputation diffamatoire, ou d’une révélation compromettante. Par extension : moyen de pression utilisé pour obtenir quelque chose de quelqu’un. » Ici, point de révélation compromettante, aucune imputation diffamatoire. Juste une menace : vous signez l’avenant au contrat de travail, ou on sort la charrette de la grange. « Charrette : nom féminin. Groupe de personnes licenciées en même temps.» Fermez le dictionnaire.

 

 

 

          Crise et peur du chômage aidant, la première salve d’avenants tourne au plébiscite. 75% de oui. Pas assez au goût de la DRH, qui organise une session de rattrapage. Nouvel envoi d’avenants. Manque de bol, le gogo se fait plus rare : 65%. Résultat des courses : les deux tiers de salariés voient leur salaire baisser de 3,5% (smicards) à 7,5% (salaires de plus de 70 000 euros annuels en fixe). Les autres, que rien dans le droit du travail n’obligeait à accepter, gardent leur salaire inchangé. La pyramide des salaires, version Keops.

 

 

Ambiance. D’un côté, les collabos, dénoncés par les nonistes. De l’autre, les égoïstes, vilipendés par les ouiouistes. Une vingtaine de salariés sur les 150 de la boîte, dégoûtés, démissionnent. Castellani, lui, se félicite du sens des responsabilités des la piétaille. Tout en jouant du bâton, raconte un salarié : il explique se réserver le droit le compléter le plan par des « licenciements pour faute et pour mauvais comportement ». Les « fautes » ? On va bien les trouver en creusant un peu. Quant aux « mauvais comportements », le terme est suffisamment vague pour englober tout et n’importe quoi. Ceux qui ont refusé de signer, par exemple ? Non, vraiment, c’est du mauvais esprit.

 

 

 

Côté direction, on souligne, dans le papier des Echos, que la proposition «a été validée par le comité d'entreprise et approuvée par 70 % des salariés qui se sont vu garantir un retour à meilleure fortune pendant la durée du plan si les comptes le permettent et une prime exceptionnelle en sortie de plan, une fois leur rémunération initiale retrouvée ». Tout ceci est d’une clarté biblique. La seule chose certaine, c’est que ce vote crée un précédent de nivellement par le bas. Un peu à l’image des augmentations de temps de travail sans augmentation de salaires, type Continental en 2007, dont on voit où elles ont abouti deux ans plus tard : à la fermeture de l’usine de Clairoix, 1120 salariés.

 

Sur le site du groupe, section témoignages, Céline D., « téléprospectrice », assure que « l’ambiance de travail conviviale qui règne chez Keops contribue au plaisir d'y travailler ». Raymond G.G., directeur grands comptes, opine, « très agréablement impressionné (…) par la dimension humaine de cette entreprise (…), son esprit de conquête, marqué mais de bon ton, motivant des énergies positives à la recherche de solutions innovantes, différentes, essayant d'avoir toujours un autre regard. » Pas sûr que les «solutions innovantes» de ce laïus soporifique désignaient celles de la DRH.



Par GameTheory
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Vendredi 29 février 2008




2008-02-29T082708Z_01_NOOTR_RTRIDSP_2_OFRIN-FRANCE-VIVENDI-RESULTATS-20080229.jpg     Alors là, mes amis, je vais vous faire rêver : j’étais ce matin à la conférence de presse des résultats annuels de Vivendi. Et disons-le tout net, c’était super rock’n roll. Un MC au charisme de bigorneau, le PDG de Vivendi Jean-Bernard Lévy ; l’inénarrable Pascal Nègre, boss d’Universal Music, dans un costume ocre si mal coupé qu’on se serait cru dans le vaisseau-amiral de la série V ; Bertrand Méheut, le PDG de Canal+, “Baygon vert” pour les intimes, en référence à son passé dans le business des insecticides ; et Frank Esser, le patron de SFR, un Allemand au délicieux accent teutonique, façon «Herr Guénéral» dans Papa Schulz.

    Bref, que du beau linge au cœur de Neuilly, pour annoncer des résultats qu’on pourrait qualifier d’inespérés vu la situation du groupe il y quelques années. On avait laissé Vivendi dans un sale état, ruiné par les années Messier, contraint de vendre la plupart de ses actifs américains avec des moins-values délirantes. Ne restait qu’un Canal+ en pleine débandade, un Universal Music en crise aiguë, une filiale de jeux vidéo, Vivendi Games, que la maison-mère avait essayé en vain de vendre pendant des années, et un SFR qui sauvait à peu près les meubles en s’entendant sur ses parts de marché avec ses petits copains Orange et Bouygues.

    Un bon vieux fourre-tout, dirigé par un type dont c’était justement le nom. L’ami Jean-René, le prénom du taulier, s’était mué en soldeur d’actifs, pour essayer de rembourser une dette plus que maousse laissée en héritage par ce bon vieux J2M, l’homme aux soquettes trouées et aux rêves de star américaine. Aux pires moments du groupe, on disait même Vivendi dans le collimateur de Vodafone, le géant mondial du téléphone mobile, qui l’aurait juste absorbé pour mettre la main sur la très rentable filiale SFR, dont il ne enrage toujours de ne posséder que 40%.

    Et voilà que Jean-Nanard Lévy, successeur de Fourtou, annonce des résultats record. Près de 22 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 2,8 milliards de bénéfices et une croissance de 8% en un an. Vivendi est en train de repartir à l’assaut du business du divertissement et des télécoms, avec les deux acquisitions récentes de Neuf Cegetel, le deuxième groupe télécoms français, et d’Activision, un des gros bras américains du jeu vidéo, fusionné avec Vivendi Games pour créer un leader mondial qui donne des sueurs froides au concurrent Electronic Arts. SFR reste une belle machine à sous-sous. Quant à Universal Music, il souffre, mais reste plus rentable que tous ses concurrents réunis.

    En regardant bien le portefeuille du groupe, on repère même des pépites insoupçonnées, comme l’opérateur Maroc Telecom, une filiale ultra-rentable de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, qui affiche 15 milions d’abonnés mobiles  grâce à une politique agressive d’acquisitions d’opérateurs africains : le mauritanien Mauritel, le burkinabé Onatel ou encore Gabon Telecom. Moins anecdotique qu’il n’y paraît : Vivendi essaie de refaire en Afrique ce que l’opérateur espagnol Telefonica a réussi  en Amérique du Sud : préempter les marchés émergents, et en faire des usines à cash. Chiffre étonnant : Maroc Telecom est le premier employeur des filiales de Vivendi, avec 14 000 des 37 000 salariés du groupe…

    Tout ça pour dire quoi ? Que Vivendi est de retour, avec un patron un poil moins fun, mais des fondamentaux bien meilleurs. Journalistes et analystes pourront vous le confirmer : les petits fours étaient délicieux.


Par GameTheory
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Mardi 12 février 2008

 




undefined     C'est sympa, Barcelone. Surtout au soleil sur les ramblas, avec une bonne binouze, des tapas et quelques potes. Beaucoup moins quand on gravite dans des allées bondées du Mobile World Congress, le grand raout annuel du secteur des télécoms, entre un groupe de chinois hystériques et les aisselles de quelques géants scandinaves.

    Ah, le MWC... Pays étonnant, avec ses codes, ses snobismes, ses personnages. Des hôtesses atomiques qui accueillent le nerd sous une épaisse couche de fond de teint, des gens avec des Macs et des autocollants dessus, des Coréens qui s'incrustent en meute à chaque présentation, des VRP de troisième zone qui se prennent pour des cadors mondiaux parce qu'ils ont un badge au cou et un stand près des chiottes, des gens qui servent à rien, des gens avec des Macs et des autocollants dessus, des pique-assiettes de métier qui ont repéré que chez Yahoo! les bonbons sont gratos, des gens à gros doigts qui pètent tous les téléphones auquels ils touchent et repartent en sifflotant, des gens avec des Macs et des autocollants dessus, des gens qui marchent en diagonale dans les allées avec l'air affairé de ceux qui n'ont pas que ça à faire, des démonstrateurs à micro cravate, des Suédois à lunettes qui discutent avec des Finlandais à lunettes, des gens avec des Macs et des autocollants dessus. Bref, du monde, beaucoup trop de monde, et beaucoup de gens qui se prennent très au sérieux.

    Sinon, on a pu voir deux trois choses plus ou moins intéressantes. Côté déceptions, sur le stand Texas Instruments, des prototypes de mobiles avec le système Androïd de Google, futur système d'exploitation concurrent des Symbian et autres Windows Mobile. Beaucoup de Coréens devant et un démonstrateur au charisme de bigorneau. Bref, pas de révolution. Les stands de Sagem et Alcatel dégagent toujours le charme suranné de la téléphonie mobile des années 90. Ils auraient certainement une place de choix dans un salon vintage, mais là, ça fait un peu tache.

    Chez les gros bonnets, Nokia fait du Nokia : téléphones robustes, beaucoup de basiques, pas mal de GPS, mais toujours un design de bûcheron de l'Alberta, qui correspond assez bien au physique de leurs démonstrateurs. Quelques exemplaires nécessitent un échauffement conséquent pour les soulever. Dans le jargon, on appelle ça des cabines téléphoniques portables. De quoi déformer son jean et choper une scoliose.

    Samsung fait du Samsung : offre pléthorique, designs sympas, gros raout autour du Soul (U900 en France), un téléphone dont le menu sensitif s'adapte au service utilisé. Et quelques tactiles bien foutus pour faire la nique à Apple -évidemment absent du salon, on ne se mélange pas à la plèbe- ces prochains mois. Motorola ? Il fait du Motorola : des Razr, point final. Plus un Rokr ni réussi ni raté, pas de quoi sortir la tête de l'eau, ça sent la cession imminente. LG surfe sur le succès du tactile Viewty, attirant le chaland grâce à un casting féminin des plus sympathiques. Mais la bonne surprise est à chercher chez Sony Ericsson, avec le Xperia, un smartphone bien foutu sous Windows Mobile, bien designé, intuitif, bref, une réussite.

    Quant au buzz du salon, c'est la start-up israélienne Modu, qui propose un téléphone mobile modulaire minuscule et spartiate, qui se glisse dans des coques étonnantes, déclinables à l'infini, qui permettent de lui adjoindre des services (GPS, musique, cadre photo numérique) et de le personnaliser à volonté. Telecom Italia a déjà signé pour proposer le produit cette année. Il se murmure que des négos sont en cours en France. Affaire à suivre.




 

 

Par GameTheory
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Jeudi 10 janvier 2008

didierlombard.jpg     Ici, on parle “time to market”. “Consumer experience”. On ne lance pas un produit, on réfléchit à son “delivery process”. On a l’obligation de ”make it easy”, les développements doivent être faits en “fast track”, et surtout, rester “customer focused”. Le franglais est l’idiome officiel, les murs sont des tableaux effaçables sur lesquels on peut écrire et biffer, les salariés sont des types cools qui ne parlent pas mais “échangent”, notamment lors des “open drinks and demos”. Et tout est orange, bon sang, tout. De quoi perdre cinq dixièmes à chaque œil quand on regarde la moquette.

    Bienvenue au Technocentre d’Orange, le centre de recherche et développement ultra-moderne de France Télécom. Un bâtiment de verre à Chatillon, au sud de Paris, pensé pour accélérer le processus d’innovation de l’opérateur. Un peu comme son homonyme de Renault, à Guyancourt, les bagnoles et les suicides en moins. Blague foireuse terminée. Chemise bleue à col blanc collection 1995 et smartphone tactile à la main, le rubicond patron de France Télécom, Didier Lombard, n’était pas peu fier de faire visiter son joujou à une poignée de journalistes ce matin : «Parmi les opérateurs, nous sommes parmi ceux qui mettent le plus de moyens sur la R&D. Le but est déviter le syndrome Xerox : un innovateur qui n’a jamais su profiter de ses trouvailles.»

    De là à dire, comme Gilles Fontaine, qu’Orange est devenu plus agile que Free, il y a un pas de brontosaure que je m’abstiendrai de franchir. Fi de blagounettes : Free a plus bousculé le marché en huit ans avec deux personnes, le fondateur Xavier Niel et son directeur technique Rani Assaf, que l’armée mexicaine de 4000 chercheurs de France Télécom ces vingt dernières années. Et je pense qu’on enterre un peu vite l’ami Niel en ce moment, mais c’est une autre histoire.

    Revenons au Technocentre. Le bâtiment se veut le symbole du nouveau fonctionnement de la R&D chez France Télécom, directement jailli du cerveau du bedonnant Lombard. Qui avait déjà donné côté recherche old school, merci pour lui : le boss de FT avait débuté comme chercheur au CNET, la cellule recherche et développement de feu les PTT. Nommé PDG en 205, il a décidé d’envoyer valdinguer le vieux modèle de labos bossant chacun dans son coin. Au Technocentre, les 700 personnes y travaillent par équipes de 3, les «3P» : un marketer, un développeur technique, et un partenaire chargé de la mise en place. Objectif accélérer le rythme des innovations en faisant bosser tout le monde en même temps, et plus de manière successive, ce qui divise par deux à trois le temps de développement d’un produit.

    Le centre travaille en lien avec une autre invention Lombard, l’Explocentre, sorte de repaire parisien de créatifs à mèches et veste Adidas vintage. Des designers, pubards, techniciens, ayant pour mission de créer des produits vraiment originaux et étonnants. «Disruptants», diraient certains. Les labos de R&D d’Orange (San Francisco, Tokyo et Séoul, mais aussi Varsovie, Amman et le Caire) sont aussi mis à contribution, chacun dans leur spécialité : Services mobiles, après-3G pour le Japon, jeux et très haut débit en Corée, Web 2.0 et design en Californie

    Maintenant, il va falloir voir ce qui sort de ce qui n’est pour l’instant qu’un bel outil qui sent la peinture, et ne demande qu’à monter en puissance. Rien de révolutionnaire vu ce matin dans les paluches potelées de l’ami Lombard : des Livebox noires et blanches de différentes tailles (super), dont certaines marchent sur réseau 3G (génial), des programmes qui permettent de transformer son portable en télécommande universelle à la maison (vas-y Didier, c’est bon), des mobiles qui diffusent la télé sur réseau 3G, DVB-H et tout le tintouin (bouleversifiant). Quant au téléphone Unik, à la fois fixe et mobile, sorti l’année dernière, il affiche un succès très relatif.

    Mais la puissance de frappe est là, les investissements aussi (856 millions d’euros pour la R&D en 2006, 1,7% du chiffre d’affaires). Et France Télécom dépose 500 brevets par an, qui viennent s’ajouter aux 8000 déjà en portefeuille. L’histoire ne dit pas s’ils sont écrits en franglais.


Par GameTheory
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Jeudi 13 décembre 2007



   

leweb31.jpg     LeWeb3, c’est le grand raout (rien avoir avec Eric) du Web 2.0. Plein de jeunes entrepreneurs à la recherche de gros sous, quelques fonds de capital risque en quête de boutonneux à financer, des responsables de grosses boîtes qui essaient de comprendre ce qui se passe, et des hôtesses qui font couler de légers filets de bave à tout ce bel aréopage.

    L’année dernière, Sarko y était passé, sous le regard énamouré de Le Meur, recruté comme conseiller internet. Lundi et mardi dernier, on y a croisé Dan Rose, une des huiles de Facebook, Janus Friis, strabique cofondateur de Kazaa, Skype et du futur diffuseur télé sur internet Joost, et plein d’autre disrupteurs sympas.

    Parce que oui, le chic du chic au Web3, c’est de disrupter un marché (la musique, la vidéo, que sais-je), bref de le prendre de revers, par derrière, sur la commode, de le révolutionner, de lui faire un sort avec vos jolies applications 2.0.  Quand tu veux faire un compliment  à un participant de LeWeb3, dis-lui qu'il disrupte. C'est de bon aloi.

    Bon, OK, j'arrive un peu après la bataille  le Web3 ayant fermé ses portes hier soir. Mais voici, après observation attentive de la faune de blogueurs et autres start-upers, les dix commandements pour y faire un carton l’année prochaine.




            1. Dire que Loïc Le Meur est un génie disruptif. Ça vous aide à être un de ses amis sur Facebook. Le top, c’est de le dire à la fin d’une question à un de ses invités, en prenant la salle à partie. Vous avez l’air con sur le coup, mais LLM est votre ami pour la vie.


            2. S’affaler dans un pouf de couleur avec son Ibook. Si possible avec l’air infiniment las de ceux qui dorment peu parce qu’ils travaillent beaucoup la nuit. Ça cultive votre image de Sergei Brin, le cofondateur de Google.


            3. Bien mettre sur votre “status” Facebook : «is attending Leweb3». Variantes : «is checking his mail box at Leweb3», ou «is doing a pissing contest at Leweb3’s chiottes, and likes that». Vous avez payé 1500 euros pour y entrer, ça serait ballot de ne pas amortir. Et puis, raconter ce qu’on est en train de faire à son groupe de potes à longueur de journée, c’est quand même le concept d’un des sites web les plus hype du moment, Twitter.


            4. Arborer son badge tout le temps autour du cou. Comme un talisman, même dans la navette qui vous ramène à la station de métro Porte de la Chapelle. C’est votre certificat de disruption, votre papyrus de révolutionnaire du net.


            5. Faire semblant de prendre des notes sur son ordinateur portable pendant les sessions plénières. Seuls vos voisins verront que vous êtes sur MSN ou Hotmail. Certes, ça consomme un peu, mais ça fait tellement sérieux. Le papier, c’est pour s’essuyer le cul (rire gras).


            6. S’asseoir dans les allées de la grande salle, plutôt que dans les places libres. Ça fait campus américain, bande de jeunes pas formatés. Les sièges, c’est pour les blaireaux de l’ancienne économie qui n’ont jamais rien disrupté.


            7. Parler anglais, même si vous ne maîtrisez que trois mots. Un mauvais anglais est plus disruptif qu’un français correct.


            8. Rire aux blagues en anglais de Loïc Le Meur. On ne sait jamais, il pourrait vous voir et mettre un lien vers votre site sur son blog.  L’équivalent d’un adoubement au Moyen-âge.


            9. Laisser sa carte de visite vert flashy traîner sur les tables. On ne sait jamais, un financeur de disruption pourrait tomber dessus.


           10. Disrupter sa présentation . Le tout-puissant jury du concours de start-ups (sans Passi ni Raphaëlle Ricci) a déploré le manque de punch et de préparation des boutonneux sur scène.  Pour un media-training, demandez à Loïc…



Par GameTheory
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