Il fut un temps où Didier Lombard n’était pas PDG de France Télécom. On parlait alors plus de dette que de suicides, de cessions
d’actifs que de mal-être au travail, de recherche de cash que de « pêche aux
moules ». Un énarque bon teint à brushing poivre et sel -Michel Bon- avait légué 70 milliards d’euros de dette à une brute épaisse à tignasse virevoltante -Thierry Breton. Certains
mobiles Orange affichaient encore Itineris ou Ola, Orange Business s’appelait Equant, on enterrait les derniers Tam-Tam et autres Tatoo en regardant des pubs SFR avec Marcel Desailly. C’était il
y longtemps, enfin, un peu, enfin, pas tant que ça. C’était en 2002.
Sept ans plus tard, la vindicte populaire s’emploie à lyncher Didier Lombard. Les arguments se défendent : une vingtaine de suicides dans le groupe, des salariés de FT qui se font hara-kiri en pleine réunion, une communication où le grotesque («la pêche aux moules ») le dispute à l’indécent (la « mode des suicides »), un manque évident d’empathie à son déplacement à Lannion. Tout cela est vrai, et ce n’est pas la grande prêtresse en communication du groupe, Caroline Mille, qu’on avait déjà vu à l’œuvre avec l’inénarrable ex-patron d’Alcatel Serge Tchuruk, chantre de l’ « entreprise sans usine » et sans bénéfice, qui va passer du baume sur les plaies.

Mais enfin, mes enfants, mais enfin. Dans son empressement légitime à éviscérer les coupables, la vindicte populaire en question oublie un peu vite un homme, qui se garde bien de se rappeler au bon souvenir du grand public. Un homme pourtant au centre d’une politique managériale que Lombard n’a fait que poursuivre, et j’oserais même dire, un peu ramollie : Thierry Breton, actuellement patron de la société de services informatiques Atos Origin, boîte qui est un peu au CAC40 ce que Pierre Laigle était à l’équipe de France : un cadre de l’équipe A’.
Thierry Breton, c’est une école de management à lui
tout seul. Ni X, ni énarque, mais héritier fidèle d’un gourou de la spécialité, l’ex-patron de Bull et de CarnaudMetalBox Jean-Marie Descarpentries, théoricien de la « conduite du
changement dans l’entreprise ». Breton, chez Bull et Thomson, avait appliqué les méthodes du maître, quelques litres de testostérone en plus : management par la peur au mieux, par la
terreur au pire, plans pluriannuels avec objectifs chiffrés intenables ou presque, grand ménage de ceux qui résistaient où dont la ganache ne lui revenaient pas. Soit l'exact inverse du titre de
son polar, Softwar, littéralement "guerre douce".

Nommé à la tête de FT en 2002 pour redresser le groupe suite à la gabegie des années Bon, il ne change pas son style d’un iota. Le plan « Ambition FT 2005 » claque comme un coup de trique : 15 milliards d’euros de cost killing, dont 6 confiés à Louis-Pierre Wenes, le directeur des achats dont Lombard fera son numéro deux ; humiliation publique des patrons de filiale lors d’un séminaire où ils se font aligner un par un sur une scène devant leurs camarades tétanisés ; 22 000 suppressions de postes en trois ans ; enclenchement de la politique de départs, volontaires au départ, et qui le seront de moins en moins le temps passant. Il n’y avait qu’à voir le soulagement de beaucoup au siège de la place d’Alleray lorsque Breton annonça sa nomination à Bercy en 2005.
C’est à cette époque que sont plantés les germes de la crise actuelle. Didier Lombard, le DRH actuel Olivier Barberot, Louis-Pierre Wenes ? Tous des Breton Boys. Lombard est loin d’en être le plus sanguinaire, mais il sait étêter le N-1 façon coupe-coupe : Michel Combes, Didier Quillot, Jean-Noël Tronc, Julien Billot, Olivier Sichel, toute la troupe de quadras des années Bon est décimée pour faire place à des mollassons qui ne le contestent pas (le directeur stratégie Georges Penalver) ou des bourrins débarqués de AT Kearney (Louis-Pierre Wenes).
Non, Lombard n’est pas un monstre. Pas non plus
le stratège dont il aime à endosser le costume, malgré son passage à le direction de la stratégie du ministère de l'Industrie : il a surpayé les droits du foot pour quelques dizaines
d’abonnements à sa chaîne, et failli racheter au prix fort l’opérateur scandinave TeliaSonera à quelques mois de la crise. Non, Dédé est avant tout un ingénieur, un technicien. Un type qui, dans
sa jeunesse, aurait vendu père et mère pour diriger le CNET, le machin R&D d’où sortira notamment le Minitel.
Pas un mauvais bougre, Dédé, pas un grand humaniste non plus : un homme obsédé par la technologie, capable de disserter des heures sur son Technocentre, sur son Explocentre, sur sa LiveBox spécial Pologne, sur son mobile-qui-fait-télécommande. Un bonhomme arc-bouté sur ses objectifs, dont il étudie l’avancement en conseil d’administration en y adjoignant des flammes vertes (accompli), orange (en cours) ou rouge (urgence). Un patron aux airs de patapouf capable de lâcher son pote Wenes en rase campagne pour sauver sa tête pour encore quelques mois. Un homme qui ferait bien de larguer au plus vite les derniers relents de politique Breton.
Ainsi donc, RLD est mort. Il a cassé sa pipe, dévissé son billard, avalé sa chique, passé l’arme
par la racine en suçant les pissenlits par la gauche. C’est moche, ça, très moche. Mais c’était prévisible : la rumeur d’un décès prochain enflait depuis quelques jours dans les rédactions
parisiennes, qui avaient mis la nécrologie au micro-ondes, histoire de la servir chaude dès la nouvelle annoncée. Robert Louis-Dreyfus a eu la riche idée d’attendre le week-end, offrant à
l’inénarrable JDD l’occasion d’un bide en une : « Le patron de l’OM est mort ». On reviendra un jour sur la différence entre « patron » et
« actionnaire majoritaire », si ça peut rendre service au groupe Lagardère. Mais là n’est pas la question.
C’est ce qu’on appelle se prendre un vent. Une veste. Un de ces rebonds de cour d’école qui endolorissent les chicots et
plombent le moral du prépubère acnéique. Le prétendant en question avait pourtant un certain style : Xstrata, cador anglo-suisse du secteur minier, présent à la fois dans la production de
cuivre, de nickel, de charbon, de zinc et de vanadium. Un groupe en pleine croissance, qui avait réussi à gober son concurrent canadien Falconbridge en 2006, et à prendre pied en
Nouvelle-Calédonie, sur les terres du français Eramet, avec un énorme projet d’extraction de nickel baptisé Koniambo.


Il y a des phrases, comme ça, qui se finissent trop vite. Qui laissent un petit coup d’inachevé sur la langue. Prenez le titre
du Monde d’aujourd’hui, page 16 : « Claude Bébéar présidera un comité des sages chargé d’éviter les excès ». Là, on attend la suite. On guette la chute, la saillie, le
climax. Je sais pas, moi, un bruit de cimbales, un gimmick sonore façon Guy Golo, un « sic », un pouêt-pouêt, un ouarf, un « heyyy ». Un bandeau « insolite »,
un LOL, un PTDR, un truc, quoi.
Ainsi donc, le haut fourneau ArcelorMittal de Florange va fermer provisoirement. Ainsi donc, plus de 1000 ouvriers vont se retrouver
au chômage partiel, après l’annonce de 9000 suppressions d’emplois dans le groupe, dont 1400 en France. Y’a pas à dire : ce Lakshmi Mittal est un poète. Et un sacré gestionnaire.
Arcelor-Mittal, quelle belle fusion, nom de nom. Quel exemple de synergies, quel modèle de gouvernance et de responsabilité sociale, quelle référence de respect des promesses. Trois ans après
l’OPA de Mittal sur le groupe européen, les mots manquent pour définir l’incroyable relance de la sidérurgie européenne par cet avisé patron autodidacte.









Autant le dire tout de suite : après le rassembleur pornographe Larry Flint et le nabab mexicain Carlos Slim, un post sur
Michel Camdessus, président de la Société de financement de l’économie française (SFEF), revient à flinguer pour plusieurs mois les maigres statistiques de trafic de ce bloug. Le CV du bonhomme
tient du cachet de Valium : un ancien directeur du Trésor, ancien gouverneur de la Banque de France, ancien patron du FMI et nouveau président de la SFEF. Bref, un crypto-libéral à la tête
d’un machin que personne ne connaît et dont tout le monde se tamponne le haricot.

