Up and down

Mercredi 11 mars 2009



         « Pour un euro, t’as plus rien », martèle notre rubicond bon sens populaire en se grattant l’entrecuisse. Je dis erreur. Je dis faux. Je dis faribole, billevesée, carabistouille. Pour un euro, ami lecteur aux muscles saillant, tu peux t’offrir une splendide action Alcatel Lucent, une délectable action Natixis, voire encore deux succulentes actions Thomson. Point commun de ces boîtes : elles ont franchi le seuil d’un euro l’action. A la baisse, évidemment.


Un penny stock, c’est une action qui cote à moins d’un dollar, ou un euro, définition souvent élargie aux titres sous les deux dollars. C’est aussi la pire humiliation pour un directeur financier à costume croisé. Le déshonneur de sa famille, la tache sur son CV, l’opprobre sur sa face. Un de ces coups à l’ego dont on ne se remet jamais vraiment, comme passer sous la table au baby-foot, montrer son slip panthère lors d’une partie de poker, ou perdre un plombage dans sa soupe au potimarron.


 

Pendant longtemps, on comptait les penny stocks sur les doigts d’une seule main. Eurotunnel, star du secteur, son challenger EuroDisney, puis l’industriel Alstom. Crise oblige, les boîtes se bousculent désormais au portillon de ce purgatoire boursier. Citigroup, l’ancienne plus grande banque du monde, l’assureur AIG, les groupes automobiles General Motors ou Ford aux Etats-Unis. British Telecom, Barclays ou Royal Bank of Scotland au Royaume-Uni. Natixis, Alcatel Lucent ou Thomson en France. En attendant Dexia, pour le plus grand bonheur des Etats français et belge qui viennent d’en prendre une bonne part du capital.


 

 

 

La première conséquence d’avoir une action dotée d’un micro-penny, c’est que tout le monde fait joujou avec. Le boursicoteur retraité, le gros gestionnaire de fonds, le day-trader, ce type d’investisseur qui change ses positions à la seconde près. Ils auraient tort de se priver : la moindre variation de dix centimes signifie des hausses et baisses de l’action de plus de 10%, ce qui, théoriquement, permet de juteuses plus-values.


 

L’autre conséquence, c’est que tu galères pour sortir de ce statut. Même en redressant ses comptes, la société tombée sous le seuil du dollar a toutes les peines du monde pour sortir de la nasse. L’investisseur n’accorde pas sa confiance comme ça, demandez à Eurotunnel. L’analyste, être moutonnier s’il en est, réfléchira à deux fois avant de recommander à nouveau l’action à l’achat. Les sociétés de bourse, type Euronext, se font un plaisir de sortir de leurs indices-phares (CAC40, Nasdaq…)  les actions qui restent trop longtemps sous le seuil fatidique. Or, quand une action sort d’un indice, elle est presque inévitablement sanctionnée par de grands investisseurs, qui vendent en masse, ce qui engendre une nouvelle chute de cours. Quant au petit actionnaire, dont l’action Alcatel est passée de 96 à 1 euro en quelques années, le directeur financier le plus habile pourra toujours se brosser pour le reconquérir.

 

 

 

 L’autre solution, pour une boîte, c’est de tricher, en regroupant ses actions : on échange 100 actions à 0,5 euros pour une nouvelle à 50 euros. C’est comme le nouveau franc, ça ne change rien pour le poids de l’actionnaire, mais ça fait sortir la boîte de la catégorie honnie. Alstom l’a fait en août 2005, Eurotunnel plus récemment. Entre temps, le petit actionnaire pourra toujours consacrer sa pièce d’un euro à un paquet de Pépito.





Par GameTheory
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Lundi 15 décembre 2008




          C’est l’histoire d’une success story qui a mal tourné. Une des ces entreprises de taille moyenne, innovantes et internationalisées, dont le tissu industriel manque tant pour faire face aux grosses PME exportatrices allemandes et aux rouleaux compresseurs chinois et américain. Une histoire triste, un peu, révélatrice, beaucoup, de ce que pourrait être le sort des petites boîtes high-tech française si le politique ne prend pas le sujet à bras le corps.


 

          Nom : Uniross. Métier : fabricant de batteries rechargeables, fondé au Royaume-Uni en 1968. Sacré parcours que celui de cette PME : acquise par le Français Alcatel en 1992, à travers sa filiale de batteries Saft (revendue depuis), elle est acquise en LBO par un pool de cadres mené par Christophe Gurtner, ex-patron de la branche grand-public de Saft, en 2001.

 


          Gurtner, l’auteur de ces lignes l’a croisé à plusieurs reprises. Un type posé, efficace, qui rapatrie la boîte en France, où il multiplie les effectifs par dix, y centralisant notamment la R&D. Il rationalise la production entre Japon (haut de gamme) et Chine (bas de gamme). Crée une marque Uniross en grande distribution pour compléter les produits de marque distributeur (Carrefour, Auchan) que la société fabrique déjà. Rachète un fabricant de batteries américain doté d’une usine mexicaine à Tijuana. De 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2001, le groupe passe à 70 en 2007. L’objectif de 100 est même à portée de main.







          Et là, paf dans les chicots. Premier coup de bambou en 2007 : les prix du nickel, composant essentiel des batteries Uniross, explose. La raison est aujourd’hui connue : des hedge funds, financier sans foi ni loi, ni quoi que ce soit d’autre qu’un gerbant culte du profit immédiat et décomplexé, ont acheté une grosse part de la production mondiale. Résultat : 54 000 dollars la tonne en mai 2007, contre 8000 aujourd’hui. Uniross souffre, mais ne rompt pas.

 


Mais là, deuxième mandale dans les ratiches : la crise financière de 2008 sabote la trésorerie de la PME et fait plonger ses ventes. Selon des sources concordantes, les banques –Société Générale et Crédit du Nord, pour ne pas les nommer- refusent de l’aider à traverser le trou d’air. Pire, elles suppriment toutes les facilités financières accordées à la société (découvert, affacturage), l’empêchant de payer ses fournisseurs et de livrer ses clients, malgré des commandes encore robustes.

 


C’est la grande tendance du moment : les banques inquiètes de la santé financière des PME fixent des ratios financiers, les « covenants », à respecter impérativement, sous peine de devoir rembourser intégralement et immédiatement sa dette. Pas de flexibilité, pas de compréhension en cas de difficulté. Un problème de trésorerie, et c’est la chute immédiate. Uniross en fait la douloureuse expérience.







Simple conséquence de la crise financière ? Pas sûr. Uniross, petite société avec un fort savoir-faire technologique (notamment des accords avec le CEA), est une proie tentante pour des prédateurs étrangers. Plusieurs spécialistes, sur Rue89, Bakchich (brève payante) et Affaires stratégiques, avancent l’hypothèse qu’un concurrent asiatique de la PME, GL Battery, serait à la manœuvre pour racheter Uniross et ses technologies à prix cassé. Une version rendue plausible par les multiples attaques personnelles et tentatives d’intimidation dont a été victime l’ami Gurtner.

 


Alors, faisons simple : Uniross est une cible toute trouvée pour le nouveau Fonds stratégique d’investissement (FSI), le fonds souverain à la française. Uniross a besoin de 12 à 15 millions d’euros, d’ici au 26 janvier, délai accordé par le tribunal de Meaux pour trouver une solution. La boîte est viable, elle a des commandes et des projets, notamment avec le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) qui pousse de tout son poids pour sauver cette entreprise, ou STMicroElectronics.

 


Gurtner a déjà rencontré l’éminence grise de Sarko pour les questions économiques, François Pérol (photo ci-dessus, avec Carolis), mais les choses traînent encore. Trop, beaucoup trop : Uniross n’a plus beaucoup de temps.



Par GameTheory
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Lundi 20 octobre 2008



     Trois têtes qui tombent un dimanche soir aux Caisses d’Epargne, dont le président Charles Milhaud (à droite sur la photo, aux côtés de son homme-lige Nicolas Mérindol). Une note de Merill Lynch qui assure que la Société générale pourrait avoir besoin de lever 6,5 milliards d'euros, BNP 7,3 milliards et Crédit agricole 3 milliards. Pas de doute : le jeu de massacre a commencé à la tête des banques, prélude, peut-être, à une grande lessive plus large. Petit état des lieux du Gotha de la finance.









Coulé : Nicolas Mérindol, DG des Caisses d'Epargne




Ego hypertrophié, coiffure de Playmobil et patronyme de bain de bouche spécial gencives. Nicolas Mérindol, directeur général des Caisses d’Epargne, était la grande révélation de cette crise financière. Subtil mélange de gendre idéal et de Jean-Marie Messier période décadente. Tristesse ineffable : le petit Nicolas a coulé hier soir, après sept heures de conseil de surveillance, avec son président Charles Milhaud et le directeur financier des Caisses d’Epargne.





C’est bien dommage : les efforts de Mérindol pour rassurer la communauté financière valaient leur pesant de cacahuètes. Fin octobre, le DG assurait que la Caisse d’Epargne était « à l'abri de la tourmente qui affecte les marchés financiers ». Bien vu, l’artiste : le bon vieil Ecureuil s’est pris 600 millions d’euros de pertes dans les chicots, un trader de son équipe « dérivés actions » - que nous appellerons Kervielinho - ayant tenté de se refaire en pleine débandade boursière, après un bad beat que n’aurait pas renié Patrick Bruel. Un « incident », selon la savoureuse terminologie maison.


Oui, vraiment, on regrettera le sympathique Mérindol, qui, outre des talents éprouvés de gestionnaire -le bénéfice net de la Caisse d'Epargne a fondu à 21 millions d'euros, contre 1,449 milliard d'euros il y a un an, se payait le luxe de taper sur la presse à bras raccourcis : pas moins de dix plaintes déposées contre le site Mediapart, qui avait eu la suprême audace de publier une enquête sur la CNCE, la Caisse nationale des caisses d’épargne. Le même Mérindol dénonçait une « campagne de dénigrement systématique » après les révélations du Canard sur un besoin de financement de 6,5 milliards d’euros.


Le pire, c’est que l’on n’a certainement pas découvert toute la poussière sous les tapis : des dépréciations d’actifs sont à prévoir avant le rapprochement avec les Banques populaires.


Update lundi 20/10, 19h20 : Il semblerait que l'ami Mérindol rebondisse finalement à la tête du Crédit Foncier, filiale des Caisses d'Epargne. Le message est clair : on l'écarte parce qu'il le fallait pour calmer tout le monde, Mais on le repêche en loucedé en seconde division... Les salariés du Foncier apprécieront.




 


Junk-bondisé : Jean-Bernard Lafonta, patron de Wendel



Le précieux Jean-Nanard ne s’en remet pas : le président du directoire de Wendel Investissement (ici à la gauche du Père, pardon, du Baron) a vu la note de sa dette abaissée au rang d'« obligation pourrie » par l'agence de notation Standard & Poor's. « Junk bond », en anglais. Pour faire simple, ça signifie que Wendel, fond d’investissement appartenant aux héritiers des forges lorraines, est désormais considéré comme un client à risque par les banques. Pourquoi ? Parce que toutes ses participations ont été massacrées par la tempête boursière, notamment l’industriel Saint-Gobain et le groupe de certification Bureau Veritas.


Un comble pour ce virtuose de la finance, surnommé « le bébé de Seillère ». Grâce à un tour de passe-passe financier ultra-sophistiqué, dévoilé par le Monde et qui fait encore l’objet de plaintes devant la justice, Lafonta avait réussi à s'attribuer 4,7% du capital du groupe, soit 342 millions d'euros, en compagnie de 14 membres du management (dont l’ancien patron du Medef Ernest-Antoine Seillère, mais aussi la dircom de Wendel Christine Dutreil, la femme de l’ancien ministre des finances Hervé Dutreil).


Tous ces efforts pour quoi ? L’action Wendel a cédé 70% en un an. La participation des 14 rigolos a donc baissé d’autant. Bien essayé, Jean-Bernard. Mais maintenant, il falloir penser à sauver sa tête.







 Momifié : Daniel Bouton, président de la Société Générale





Survivor, version dégarnie. Le toujours président du conseil d’administration de la Société Générale ne doit qu’à l’opération du Saint Esprit – et peut-être à un conseil d’administration à sa botte - d’être toujours en poste après l’affaire Kerviel et le désastre des subprimes qui a durement touché sa banque. Certes, « 357 Magnum » - son surnom en interne, en référence à son art consommé de la réplique qui tue-  a cédé les rênes de la banque à Frédéric Oudéa, jeune DG qui est désormais le visage officiel de la banque.


Mais Bouton a surtout cédé des actions de sa banque en pleine tempête boursière, réalisant 1,3 million d’euros de plus-value selon les calculs de Mediapart. « Pour payer ses impôts », assure la banque, qui rappelle que Bouton a renoncé à son salaire pour six mois. Petit rappel : Daniel Bouton avait gagné 10,6 millions d’euros en 2006, selon le magazine Capital. Notoirement insuffisant pour payer ses impôts cash, à l’évidence.

 






Canardés : Baudoin Prot et Frédéric Oudéa, DG de BNP Paribas et Société Générale






Leurs démentis aussi nerveux que réguliers n’y font rien : la Sogé et BNP Paribas se prennent carton sur carton en Bourse. La faute à de vilaines rumeurs de besoins de financements évoqués par plusieurs analystes, dont Merrill Lynch et Dresdner Bank. Les deux banques, ainsi que le Crédit Agricole, auraient besoin de plusieurs milliards d’euros pour assainir leurs bilans.


Qu’en est-il vraiment ? Deux solutions : ou bien Prot et Oudéa disent vrai, et n’ont aucun besoin de cette recapitalisation. On assiste alors vraisemblablement à une manipulation de cours, qui relève de l’AMF. A qui profite le crime ? On peut penser à des banques étrangères qui voudraient mettre la main sur ces banques à vil prix. Les chiffres annoncés pour l'instant par les deux banques sont tout sauf alarmants, BNP s'étant même payé le luxe de récupérer une bonne part de la banque Fortis.


Ou bien les deux patrons cachent des trucs pas nets. Liste non exhaustive : actifs toxiques dans leurs bilans, pertes en Russie ou à Pétaouchnok, sous-capitalisation, mauvais ratios de solvabilité...  En les cachant, Prot et Oudéa espèreraient sauver leurs cours et leurs têtes. Entre nous, ce ne serait pas très malin, les banques étant désormais sous étroite surveillance. L'exemple de Charles Milhaud, président des Caisses d'Epargne éjecté hier, montre que même un proche de Sarkozy, conseiller municipal UMP à Marseille, peut faire les frais du grand nettoyage qui s'annonce. On en salive d'avance.





Par GameTheory
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Jeudi 18 septembre 2008




         Adieu squash à Neuilly. Exit golf à Saint-Nom la Bretêche. Ereintés par la crise des subprimes, assommés par les chutes successives de la banque Lehman Brothers, du premier assureur mondial AIG, et des impayables organismes de refinancement Fannie Mae et Freddie Mac, nos amis financiers à mèche ont trouvé le nouveau sport qui va les occuper un bon bout de temps, s’il veulent sauver ce qu’il leur reste de meubles : la chasse au pognon du Golfe.


          Pas compliqué, il suffit de comprendre le truc.
La banque américaine Citigroup a besoin d’argent frais pour assurer sa survie ? Le fonds d’Abu Dhabi ADIA arrive à la rescousse, avec un joli chèque de 7,5 milliards de dollars sous le keffieh. La banque d’investissement française Natixis peine à boucler son augmentation de capital ? Voilà ses émissaires discrètement dépêchés dans le Golfe, histoire de gratter devant un thé à la menthe quelques centaines de millions à Dubaï et à Bahrein. Et on pourrait continuer longtemps -Morgan Stanley sous perfusion du fonds chinois CIC, Merril Lynch tenu à bout de bras par le singapourien Temasek-, même si les fonds se sont faits étonnamment discrets en ces périodes de trouble financier, laissant couler Lehman et AIG sans réagir.

 

Bienvenue dans le monde merveilleux des fonds souverains. Le principe est simple : les Etats qui en ont les moyens rassemblent leur surplus de revenus, souvent liés à la manne des matières premières où à leurs plantureux excédents commerciaux, dans des fonds d’Etat qui investissent où bon leur semble, en fonction des secteurs qu’ils estiment prioritaires. Aéronautique pour la Russie et Abu Dhabi, banque, médias et pharmacie pour le Qatar, immobilier et ports internationaux pour Dubaï.

 

 

 

 

Au milieu des incontournables, Chine, Russie, Dubaï, Qatar et autres Singapour, on trouve quelques acteurs moins attendus. La Norvège, par exemple, dont le gigantesque fonds de pension de 330 milliards de dollars est considéré comme le plus éthique et le plus transparent. L’Alaska. Le Chili. Et même le Botswana, dont le Pula Fund est estimé à 7 milliards de dollars. Une étude de Natixis chiffrait la valorisation totale des fonds souverains à plus de 3300 milliards d’euros fin 2007. Soit plus d’une fois et demie le PIB de la France. Le FMI prévoit un chiffre de 25 000 milliards en 2020. Selon des estimations récentes, la Bourse de Londres serait détenue à 28% par le Qatar et à 20% par Dubaï. Ou du moins par leurs bras armés financiers.


Pour l’instant, la plupart de ces fonds se contentent du statut d’actionnaires passifs. Mais pour combien de temps ? Quel avenir pour les groupes énergétiques européens si le fonds russe se mettait dans l’esprit de les racheter un à un ? L’Allemagne a pris le problème à bras le corps en votant une loi fin août permettant au gouvernement d'opposer son veto à une prise de participation de plus de 25% d'une entreprise extra-européenne dans une société allemande, dès lors que « l'ordre et la sécurité publics » sont menacés. C’est la solution défensive.

 

La solution offensive, ce serait d’avoir son propre fonds souverain. Par exemple, en France, en transformant en fonds la vénérable Caisse des dépôts et consignations, qui détient des participations de l’ordre de 15 milliards d’euros dans des boîtes françaises. Et, pourquoi pas, en y ajoutant le fonds de réserve des retraites créé par Jospin, doté actuellement de 33 milliards. Le rapport Demarolle sur les fonds souverains, remis récemment à Sarko, ne se mouillait pas trop sur cette idée, se contentant d’appeler à un vaseux « principe de réciprocité ». Qu’importe : ce fonds souverain à la française n’aurait qu’un poids limité. Les Bédouins peuvent encore s’attendre à de la visite.

 

 

 

         

Par GameTheory
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Vendredi 5 septembre 2008

 



     Ne tournons pas autour du pot : Jorgen Vig Knudstorp a un nom de Viking et une tête à manger des Krisprolls. Et pourtant, mes amis, et pourtant. Ce jeune patron aussi danois que barbu, 38 ans, a réussi à sauver de la glaciation le fleuron du business scandinave : le fabricant de jouets Lego, cinquième acteur du secteur dans le monde. Le fabricant de Billund, aimable bourgade du sud du Danemark, devrait afficher un chiffre d’affaires de 1,2 milliards d’euros en 2008, pour 200 millions de résultat net. Presque un miracle, quatre ans après avoir frôlé la faillite.


     Pas le genre à faire dans la dentelle, l’ami Jorgen. A peine bombardé à la tête du fabricant, en 2005, cet ancien consultant du cabinet de conseil en stratégie Mc Kinsey s’emploie à tailler dans les effectifs. Façon boucher : 1000 postes supprimés à Billund, une production délocalisée en partie en République Tchèque, et deux tiers des parcs d’attraction Legoland revendus.


     Obsédés par la qualité toute scandinave de leurs produits –seules 18 pièces par million de briques fabriquées sont jugées non-conformes -, la famille Christiansen, héritière du charpentier qui a créé la marque en 1936, en avait –peut-on lui en vouloir ?- un peu oublié les chiffres et le marketing. Culture Bisounours en quelque sorte : même la collection Star Wars de 1999 avait choqué en interne, le mot « guerre » et toute forme de violence étant tabous dans la culture du groupe.





     Back to basics, c’est le credo du nouveau taulier. Il taille dans le labyrinthe de produits dérivés créé par ses prédécesseurs, livres, films, émissions télévisées, jeux vidéo, parcs à thème, montres, serviettes de bain. Il limite le nombre de références, lance des collections inspirées de blockbusters du cinéma, divise les temps de développement de nouveaux produits par deux. En interne, ça suit plus ou moins : des employés créent un mémorial pour les pièces disparues des catalogues, marquées d’une croix noire.

     Comme un symbole. Ce que Lego a regagné en Ebitda, il l’a peut-être perdu en originalité, en créativité, en passion. Même si les coutumes ont encore la vie dure du côté de Billund : chaque moule servant à la fabrication des pièces, lorsqu’il est hors d’usage, est coulé dans un bâtiment du groupe quelque part dans le monde. Et le slogan de la marque n’a pas changé non plus : « le meilleur n’est pas assez bien ».


     Petite curiosité ci-dessous : un clip des White Stripes tout en Lego, signé Michel Gondry.








Par GameTheory
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Lundi 31 mars 2008



    Si Sobiz sait parfois allumer les patrons qui ont manifestement dépassé leur date de péremption, comme le signalait David Abiker, dans sa revue de web sur France Info (merci à lui), il sait aussi se montrer magnanime et décerner des bons points aux PDG méritants,  boîtes respectables, et autres success stories aptes à faire rêver le cadre moyen, pardon, le manager intermédiaire.
   
    Foin de vulgate post-gauchiste, ami lecteur. Le post du jour est consacré à une perle du business français. Un groupe marseillais en train de s’imposer comme le leader mondial des spiritueux, et qui sonne pourtant encore terriblement avant-guerre, bande originale signée Vincent Scotto, bobs colorés et affiches de réclame tons pastels : Pernod Ricard.

    Pernod Ricard, c’est l’histoire du mariage improbable de deux frères ennemis, Pernod (Pastis 51) et Ricard, fusionnés en 1976. C’est surtout l’histoire d’une revanche, celle de Patrick Ricard, fils du fondateur Paul Ricard. Un patron discret, peu porté sur les mondanités, présenté comme un héritier un peu limite à sa nomination, et qui a réussi à transformer une PME en acteur majeur du secteur des vins et spiritueux, en rachetant coup sur coup des marques du canadien Seagram, puis en absorbant le concurrent numéro deux mondial, Allied Domecq.

    L’acquisition de la vodka Absolut
annoncée aujourd’hui, rachetée à l’Etat suédois pour 5,5 milliards d’euros, apparaît comme le troisième étage de la fusée. Pernod Ricard met la main sur la marque qui manquait à son portefeuille : la deuxième vodka la plus vendue du monde, derrière Smirnoff, la quatrième marque de spiritueux mondiale, bref, le complément idéal des whiskies Ballantine’s, Chivas, Glenlivet, des rhums Havana Club et Malibu, du cognac Martell ou des champagnes Mumm et Perrier-Jouët déjà dans sa besace.

    Au delà des chiffres, Ricard met la main sur une légende. Absolut, c’est LA marque mythique du secteur des spiritueux. La saga incroyable d’une petite marque de vodka suédoise, qu’un Français émigré à New York, un certain
Michel Roux, a transformé en icône marketing.

    Flash-back à la fin des années 70. Dans une Big Apple qui pue encore le crime et l’alcool, Roux est un de ces VRP à l’ancienne, couperose précoce, paluche maousse et lever de coude quasi-mécanique. En cette fin des années 70, il se sustente, beaucoup, boit, beaucoup aussi, et promène sa ganache rubiconde entre boîtes de nuit décadentes et soirées privées new-yorkaises, pour caser les marques de spiritueux qu’il importe. Habitué de la Factory d’Andy Warhol, il gagne la confiance du maître des lieux, et finit par le convaincre de créer la première pub Absolut, mettant en scène la bouteille dans une création colorée du plus bel effet (photo ci-dessus).





     La machine est lancée : de Jean-Michel Basquiat à Keith Haring, de César à Pierre et Gilles, 400 artistes vont se prêter à l'exercice de la pub Absolut. Seule obligation : mettre en scène la bouteille, et un slogan een deux ou trois mots, qui commence par Absolut. Trente ans plus tard, la marque vit encore sur l'image haut de gamme créée par cette saga publicitaire unique résumée ici, réunissant des centaines d’affiches dont certaines sont de véritables œuvres d’art. Avec des épisodes réjouissants, comme cette campagne Absolut Glasnost lancée en 1990 avec des artistes soviétiques dont certains n’avaient jamais été exposés hors URSS.

    L’Etat suédois, propriétaire de la marque et avide d’en retirer quelques pépettes, voulait un repreneur sérieux pour cette icône. Un groupe qui respecte l’histoire d’Absolut, qui en maintienne la production à Ahus, bourgade de 10 000 habitants au sud-est de la Suède, et qui y mette le prix : 5,5 milliards d’euros. Le groupe français a réussi à griller la politesse à de sacrés oiseaux : le sulfureux groupe Baccardi, trempé dans des histoires pas très claires sur lesquelles on reviendra dans un prochain post, l’américain Fortune Brands, ainsi qu’un pool suédois d’investisseurs.





    Mais le groupe français avait clairement le profil idéal : Patrick Ricard a prouvé qu’il savait intégrer et développer les marques rachetées à Seagram (Chivas, Martell, Clan Campbell), Allied Domecq (Ballantine’s, Malibu, Mumm, Perrier-Jouët), dans une structure très décentralisée, avec une holding légère et des patrons de filiales puissants. La seule question est finalement celle du prix. 5,5 milliards d’euros, c’est l’équivalent d’un an de chiffre d’affaires de Pernod Ricard. Très cher, peut-être trop, disent certaines analystes. Mais la quête d’Absolut est à ce prix.



Par GameTheory
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Jeudi 6 mars 2008



3d-sony-ericson.jpg    C’est l’histoire d’un Krisprolls qui se marie avec un sushi. D’un bébé miraculé né de ce mariage improbable, devenu un colosse blond musculeux et bridé, élevé au bon grain de l’Absolut vodka et du wasabi. Bref, une saga épique et romantique que je m’en vais vous raconter de manière un poil moins imagée. Et, promis, sans cliché. Fin du teaser.

    Résumons. Le Krisprolls, c’est le gros bras suédois des télécoms, Ericsson. Le sushi, c’est le géant japonais de l’électronique grand public Sony. En 2001, les deux groupes décident de fusionner leurs activités de fabricants de mobile dans une joint venture détenue à 50-50, Sony Ericsson. Et personne ne donne cher de la peau de ce nouveau fabricant.

    Les deux groupes sont en pleine débandade : Ericsson flingué par Nokia et Samsung faute de produits au niveau et de designs corrects, Sony quasi-absent du marché faute d’y avoir réellement investi.
Les débuts de la joint-venture tiennent plus de la guéguerre nippo-suédoise que de la grande histoire d’amour. La culture japonaise complexe de Sony – management par consensus, hiérarchie labyrinthique - est difficilement miscible avec un management suédois à base d’équipes reserrées, les «task forces». Ça castagne sec au sein du nouveau groupe, qui doit dépenser des fortunes en séance de teambuilding pour créer un semblant d’osmose.

    Le salut viendra d’un homme, le Britannique Miles Flint, nommé à la tête du fabricant en 2005. Il relance le groupe en s’appuyant sur les marques de son actionnaire Sony : Walkman pour les mobiles MP3, Cybershot pour les photophones haut de gamme. Flint définit surtout clairement le territoire des deux actionnaires : Ericsson s’occupe du développement des produits, technologies 3G etc. Sony apporte ses marques et son expertise sur la musique et la photo, ses technologies de son (ClearAudio, ClearBass), et sutout son sens marketing.

    Et là, miracle, Sony Ericsson décolle enfin. Au point d’afficher aujourd’hui une santé insolente : numéro quatre mondial du mobile, derrière Nokia, Samsung et Motorola, 40% de croissance en 2007, et 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Outre les gammes Walkman et Cybershot, le fabricant lance désormais sa propre marque pour les téléphones multimedia haut de gamme, Xperia, des mobiles à écran tactile et clavier dont le premier modèle devrait sortir d’ici la fin de l’année.

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    Sony Ericsson présentait ce matin ses 15 nouveaux mobiles prévus pour cette année. Des portables reforcés résistant à l’eau et au sable, des mobiles GPS, des téléphones d’entrée de gamme avec radio intégrée, des nouveaux Walkman et Cybershot, bref une offre complète et cohérente, à défaut d’être révolutionnaire.

    Les dirigeants avaient surtout annoncé une surprise incroyable à l’aréopage de journalistes présents. Décadente, dirais-je plutôt : la surprise en question était en fait un album du dispensable Matt Pokora, une sorte de Justin Timberlake français en carton, offert en MP3 sur un des nouveaux téléphone de la marque une semaine avant sa sortie officielle. Bref, du très gros bois.

    D’autant que le Pokora en question a pointé le bout de son nez. Pour dire tout son bonheur d’être là «à l’heure d’aujourd’hui». Pour faire un topo sur le mobile MP3, objet fétiche du djeun’s «à l’heure d’aujourd’hui». Et pour dire qu’il aime vachement la marque Sony Ericsson, Sony étant une référence musicale «à l’heure d’aujourd’hui». Un numéro réjouissant de Jérôme Rothen sous acide.

    Bref, je me moque, mais cette prestation hors du temps ne fera pas oublier que Sony Ericsson tape désormais à la porte du top 3 mondial des fabricants, se rapprochant jour après jour d’un Motorola en petite forme. Certes, Nokia et Samsung sont encore loin. Mais ce n'est que l'heure d'aujourd'hui.



Par GameTheory
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Mercredi 20 février 2008

   
HD-DVD-vs-Blu-ray-N-E-9914-3.jpg     Warner m'a tuer. Telle pourrait être l'épitaphe sur la tombe de feu le HD-DVD, le format haute définition développé par Toshiba. Car c'est bien le retournement d'alliance -rétribué ?- du géant de l'entertainment américain qui a fait pencher la balance en faveur du Blu-Ray de Sony, et précipité l'annonce de Toshiba d'arrêter définitivement les frais.

    Sony a gagné, c'es indéniable. Et c'est historique. Comme l'évoquait SoBiz ici, le groupe nippon avait perdu toutes les guerres de formats des dernières années, voire des dernière décennies : Betamax battu par la VHS, le format audio Atrac explosé par le MP3, le Memory Stick largement devancé par les cartes de mémoire SD.

    Cette fois, Sony a retenu les leçons de ses revers successifs. Plutôt que de s'enfermer dans son discours habituel de la supériorité technologique, il a commencé par chercher le soutien des Samsung, Panasonic, Pioneer, Sharp ou Philips, les gros bras de l'électronique grand public, quand Toshiba misait sur les cadors de l'infomatique, comme Microsoft ou Intel. La montée en puissance de la Playstation3, dotée d'uun lecteur Blu-Ray de série, a fait le reste, en fournissant une base installée sans commune mesure avec celle du HD-DVD.

    Sony est-il de retour, comme l'affirme un papier des Echos  ? Ou cette victoire est-elle un coup pour rien, les supports physiques devant bientôt laisser la place à un marché 100% numérique basé sur le téléchargement ? La réalité se trouve certainement entre les deux. Le marché n'est pas encore prêt pour se passer totalement de supports physiques, dont on peut sans grand risque affirmer qu'ils ont encore cinq à dix ans d'espérance de vie.

    Sony commence à voir le bout du tunnel. Le groupe japonais redresse le tête sur ses différents marchés : la gamme d'écrans plats Bravia cartonne, la PS3 décolle, faisant désormais jeu égal avec la Wii en rythme de vente aux Etats-Unis. Surtout, sa coentreprise avec le suédois Ericsson, Sony Ericsson, est le fabricant de mobiles le plus dynamique du marché, avec une croissance des ventes en volume de 38% l'année dernière. Actuellement 4ème mondial, il a le numéro trois, Motorola, en ligne de mire.

    Quant à Toshiba, ses gesticulations ridicules après le revirement de la Warner, pour essayer de persuader le grand public que son format n'étaient pas mort, ont donné une bien triste image de l'entreprise. Comme quoi casser les prix, vendre à perte, et acheter les journalistes à grands coups de lecteurs HD-DVD n'est pas forcément suffisant pour emporter la décision.

   
Par GameTheory
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Lundi 7 janvier 2008


h-9-ill-899452-jonathan-benassaya---daniel-marhely.jpg     Ne tournons pas autour du pot. So Biz vient d’être victime d’une hibernation aussi longue que stomacalement éprouvante. C’est moche. Très moche. Alors, pour se faire pardonner, l’auteur de ces lignes a décidé de parler à ses amis lecteurs d’un site qu’il est vraiment bien. Deezer, que ça s’appelle. Le principe : l’internaute peut écouter la musique qu’il désire, gratuitement, sans limitation de durée, uniquement en streaming, c’est-à-dire sans télécharger les morceaux. Bref, un Youtube de la musique. Même potentiel incroyable et les mêmes emmerdes juridiques en gestation.

    A part quelques soucis techniques sur certains morceaux, genre tempo ralenti qui fait ressembler la voix de Lou Reed à celle de Jeanne Moreau, le site marche plutôt pas mal : ergonomie bien pensée, catalogue vaste, albums souvent entiers, pochettes qui s’affichent, et une option playlist intelligente qui suggère des morceaux et des artistes en fonction de ceux écoutés par le visiteur. Le business model ? Simplissime. La pub, et rien que ça. Deezer partage ensuite les revenus avec les ayant-droit. Pas super original, mais propre à capter une grosse audience et donc des annonceurs.

    Le patron s’appelle Jonathan Benassaya, un entrepreneur qui s’était fait connaître en créant une boîte spécialisée dans la pub dans les jeux vidéos, revendue pour quasiment rien à un groupe chinois récemment. Benassaya (à gauche sur la photo), c'est une sorte de Michael Boukobza, l’ex-DG de Free,. En plus renfrogné. Un type –trop- sûr de lui, limite condescendant parfois, mais qui a le mérite d’être clair : selon lui, les maisons de disques n’ont, à terme, pas d’autre choix que mettre leur catalogue à disposition du site. Sony-BMG, la major la plus ouverte sur la question, a déjà signé fin 2006, Benassayag prévoit d’autres accords en ce début de l’année.

    Le site s’est retiré une sacrée épine du pied en arrachant un accord avec la Sacem, la pointilleuse société qui gère la rémunération des artistes. Celle-là même qui avait obtenu en justice la fermeture de BlogMusik, l’ancêtre de Deezer. Seule Universal semble décidé à torpiller le tout, après avoir signé des accords avec Dailymotion et Neuf Cegetel, pour son offre de téléchargement illimité. Benassaya, avec sa morgue habituelle, assure qu’il seront bien obligés de signer. Bon courage.

    Benassaya, c’est la face visible de Deezer. Celle qui pose en costard super classe dans le Figaro Magazine en compagnie de cadors de la Toile, comme Marc Simoncini (Meetic) ou Pierre Kosciusko-Morizet (PriceMinister). Mais celui qui a crée le site, celui qui le fait tourner, c’est Daniel Marhely (à droite sur la photo), un jeune prodige du Net de 23 ans, qui avait déjà créé un petit site de rencontres, Lovelee. Le gamin a tapé dans l’œil des frères Rosenblum, fondateurs de Pixmania, et surtout de Xavier Niel, fondateur et grand gourou de Free, qui auraient, selon un des informateurs chéris de So Biz – qu’il dorme dans des pétales de fleur-, mis la main au portefeuille pour prendre une participation conséquente dans la start-up. Et là, avec Niel dans le capital, on ne parle plus de la même chose. Affaire à suivre…



Par GameTheory
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Jeudi 29 novembre 2007
   
   



nespresso7.jpg     C’était longtemps avant George Clooney. Très longtemps. Nespresso était une machine moche, cubique, qui faisait un café dégueulasse et générait des ventes qui ne l’étaient pas moins. Nestlé songe à fermer la filiale, mais tente un dernier pari, en nommant un nouveau patron. Jean-Paul Gaillard. Un ancien de chez Marlboro, où il avait créé la ligne de vêtements Marlboro Classics, un business super rentable et une formidable vitrine pour contourner l’interdiction de faire de la pub.

    Ami lecteur, nous sommes en 1991, et Gaillard a une intuition : le salut de Nespresso réside dans la montée en gamme. Bref, vendre plus cher un produit mieux pensé, sinon meilleur. Gaillard y met le paquet : boutiques luxueuses dédiées, magazine sur papier glacé pour les membres du Club, machines redessinées, pubs super classe. Plus de quinze ans plus tard, Nespresso est le diamant brut de Nestlé, avec une croissance de 30% par an.

    Que s’est-il passé, ami lecteur ? Simple : Nespresso est arrivé à persuader ses clients qu’il sont des types classieux. Des esthètes du petit noir. Les membres d’un aréopage de connaisseurs, reconnaissables à leur petite valise de capsules à 31 centimes d’euros pièce –dix fois le prix du café moulu- sur lesquelles ils laissent négligemment traîner leur doigt, avant de choisir un Arpeggio (force 9), parce que, bordel, on n’est pas des gonzesses. S’il a vraiment les cannes ce jour-là, le cador pourra même s’offrir un Ristretto, force 10. Laissant à Bobonne le ridicule Cosi, force 3.

    Oui, les fans de Nespresso sont des types classieux. Pas du genre à acheter ses dosettes au Shopi du coin. De toutes façon, elles n'y sont pas. Non, le caféologue classieux met ses Geox en nubuck, se rend dans une des boutiques classieuses de Nespresso, fait les trois heures de queue classieuse pour y entrer. Puis le vendeur –classieux, il va sans dire- tire, d’un geste ample autant que cérémonial, le tube de capsules colorées de son choix, tandis que le caféologue classieux réprime un léger filet de bave. Les Parisiens de mes chers lecteurs pourront se rendre à la boutique Nespresso de la rue Scribe, juste derrière l’Opéra Garnier. Le spectacle du week-end vaut son pesant de picholines (1).

    Sitôt rentrés chez eux, les classieux peuvent encore s’inscrire à l’un des quarante groupes dédiés à Nespresso sur le site Facebook. Et se foutre de la gueule des clients de Senseo (Philips) ou Tassimo (Braun), les mauvaises copies vendues – sacrilège - en grande distribution. Les Nespresso du pauvre, quoi. Les nases, les ploucs, les rustres. Sur le Net, la bataille fait rage entre pro et anti Nespresso, parfois un peu sur le mode hystérique, déjà évoqué ici, des luttes entre anti et pro-Apple. Sibylle Vincendon a écrit là dessus un des ces papiers qui justifient à eux seuls d’acheter Libé.

    Les vrais connaisseurs, dit-on, ne jurent que par la vraie machine à expresso. Peu importe. Il rigoleront quand même devant la parodie d'une des dernières pubs Nespresso juste au dessous de ma prose. Je vous laisse, ma Rowenta à filtre m'appelle.


 



    (1) Variété d’olive la plus répandue en France. Rien à voir avec l’Aglandaou, la Tanche et la Glossanne.


Par GameTheory
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