Inflation, la grande tentation

Publié le par GameTheory





        Alain Minc est un type en or. De ces stakhanovistes de la pensée qui balancent leurs jugements définitifs sur le monde, l’andouillette AAAAA ou la reproduction des coléoptères en milieu humide avec la régularité d’une exhalaison méthanière de vache Prim'Holstein. C’est bien vu, parfois, grotesque, de temps en temps, mais le lecteur finit toujours par trouver dans la logorrhée de Thelonious Minc la saillie qui lui parle, qui chatouille son intellect, qui résume en cinq mots ce qu’il ne peut énoncer en trois pages.

 

On appelle ça l’effet Minc. Aussi efficace que la commission qu’il facture à ses clients raiders boursiers, comme Vincent Bolloré, quand ses conseils d’investissements tournent au jackpot. On connaissait le 1% logement, le bonhomme a inventé le 1% Minc. Quand Bolloré empoche plus d’1,5 milliard d’euros de plus-value en achetant et revendant des titres du fabricant de tubes sans soudure Vallourec, Minc encaisse 15 millions d’euros. Ca laisse le temps de travailler son prochain essai sur le monde qui vient.

 

 

 

Bref. Que raconte Tonton Minc en ce moment sur les ondes ? Que « 90% des Français sont hors crise » (Europe 1). Qu’« Apple est un bienfaiteur de l’humanité » (Usine Nouvelle). Et qu’il ignore si la crise lui fait perdre du chiffre d’affaires : « A  mon niveau de privilèges, je ne sais même pas. Peut-être bien que je gagne un peu moins » (VSD). Délicieux de cynisme, délectable de drôlerie. On rit, on commence à s’habituer, et puis, au détour d’un compte-rendu d’un obscur débat avec Jean-Luc Mélenchon, on tombe sur la perle : « La dette, à ce niveau, ne s’éponge plus que de deux manières, par la guerre ou par l’inflation. »

 


Là, on arrête de rire. Et on réfléchit. Traditionnellement, la vulgate libérale ne voit que deux moyens de résorber les colossaux déficits publics engendrés par la crise actuelle : la croissance (avec ses rentrées fiscales plus importantes), et l’augmentation d’impôts. D’où l’accusation de faire payer aux générations futures les errements de la gestion actuelle. Minc rajoute un autre moyen – le politiquement correct caractéristique de SoBiz l’empêchant d’examiner sérieusement la solution guerrière : l’inflation.

 

 

 


L’idée est séduisante. On ne parle évidemment pas de l’hyper-inflation, des brouettes de billets des années 20, de la République de Weimar en Allemagne où les prix doublaient toutes les 49 heures. Non, on envisage ici une inflation soutenue mais maîtrisée, de 3 à 4%, bien au-delà de l’obsession maladive de la BCE de la maintenir à moins de la moitié. Et là, les résultats sont étonnants : la Société Générale a calculé que 4 % d'inflation annuelle sur quinze ans feraient refluer, sur la période, les dettes publique et privée françaises de 75 points de produit intérieur brut. Le tout sans un centime d’impôt supplémentaire.


 

Pourquoi ? Parce que la hausse des prix accroît les revenus des entreprises et de l'Etat - et des ménages quand les salaires sont indexés -, alors que la charge de la dette reste constante. L’autre avantage, c’est que l’inflation favorise le travail (si les salaires sont indexés sur l’inflation) au capital (qui est peu à peu rogné par la hausse des prix).

 

 

 

L’inflation, c’est donc avant tout une taxe. Un impôt qui frappe l’argent qui dort, les rentiers, et les créanciers. Or qui sont les créanciers de l’Etat ? Les banques. Ces mêmes banques qui ne doivent leur survie, ou au moins leur retour actuel aux bénéfices, qu’à l’intervention de la puissance publique. Ces mêmes banques type BNP Paribas qui, lorsqu’elles « remboursent » l’Etat de son aide, le font au cours de bourse du 31 mars, date de leur entrée au capital, alors que ledit cours a pris 113%. Manque à gagner pour l’Etat, calculé par Libé : 12 milliards d’euros, dont la moitié due à la seule BNP Paribas. Chapeau, les artistes.

 


On ne va donc pas verser la larmichette sur le sort des créanciers. Ni sur celui des rentiers et des boursicoteurs, dont l’inflation ronge les plus-values. L’histoire a déjà montré qu’un tel traitement était possible. L’inénarrable Jacques Marseille qui, quand il parle de ce qu’il sait, ne raconte pas que des billevesées, évoque deux épisodes : la mort de Louis XIV, suivie d’une période d’inflation qui dégonfla la dette de l’Etat et dont les bénéfices ont irrigué la croissance du XVIIIe siècle. Et les années 20, lors desquelles un créancier qui aurait détenu 100 francs d’obligations d’Etat en 1913 aurait vu sa créance en monnaie réelle s’effondrer à 23 francs en 1925.



 

 

 

Regardons les exemples étrangers, tiens. Petit rappel du Monde : en 1946, la dette des Etats-Unis atteignait 108,6 % de son produit intérieur brut (PIB). En 1960, ce ratio était tombé à 45,7 %, en raison de la croissance du PIB - elle avait retiré 33,4 points au ratio d'endettement - et de l'inflation - qui en avait enlevé 29,3 points. Pareil au Royaume-Uni, où le ratio dette sur PIB a été ramené de 248,5 % en 1946 à 118,1 % en 1960, en particulier grâce aux effets conjugués de l'inflation (- 106,7 points) et de la croissance (- 46,6 points).


 

 

Pas de quoi s’enflammer, ceci dit. D’abord parce qu’une telle cure d’inflation nécessiterait de revoir les statuts de la Banque centrale européenne dans un sens moins anti-inflationniste, à l’unanimité des pays membres : c’est une bonne occasion de le faire enfin, mais il va falloir tirer Mamie Merkel par les oreilles, ou faire sortir l’Allemagne de l’Eurozone…  Ensuite parce qu’il y a une condition essentielle aux bienfaits de l’inflation : que les salaires soient indexés sur celle-ci, sous peine d’une perte de pouvoir d’achat. Il n’y a plus d’indexation en France depuis les années 80, excepté pour le Smic. Il y a donc du boulot, mais le débat mérite d’être ouvert.

 

 


 


Publié dans Attentats

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Online Degree 28/09/2010 13:40


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kams 16/10/2009 07:35


regarder cette vidéo sur l inflation avec picsou. et Ron paul qui passe un savon à ben bernanke (fed).
exellente vidéo.
1 enfant de 10 ans y comprend le concept de l'inflation et le fait que celle ci est une taxe

http://www.dailymotion.com/user/himed187/video/xanhll_picsou-ron-paul-vs-banksters-inflat_news


JBD 14/10/2009 22:08


Jacques Sapir a écrit là-dessus :
http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/10/25/850-le-monde-qui-vient

D'après certains économistes, un minimum d'inflation est même souhaitable. Nous serions aujourd'hui en-deçà du niveau sain pour l'économie.
Pour ma part, je suis obligé de penser au père d'un ami. Epicier, il possède aujourd'hui une petite dizaine d'appartements en France. Il a acheté le premier au début des 70's, et l'inflation a
progressivement remboursé le reste...


Kazimir 05/10/2009 16:50


"... à condition que les salaires soient indexés sur l'inflation": voilà le hic, puisque c'est l'Etat qui décide du taux d'inflation, par l'intermédiaire de l'INSEE. Dans les faits, l'inflation
officielle fixée à moins de 2%, ne refléte pas l'inflation réelle (100% en 10 ans sur l'alimentaire ?). On a donc déjà un système inflationiste, mais la croissance qui jusqu'à récemment l'emportait
sur l'inflation permettait aux boursiers de s'en tirer au détriment des salariés. Bref, le mécanisme antérieur, type années 70, ne peut plus fonctionner, puisque l'Etat est partie lié avec un camp,
contre l'autre...


yoye2000 05/10/2009 13:58


Je reviens sur ma question : que l'inflation "importée" pèse sur les salaires et notamment les plus petits, ça c'est clair et facile à comprendre.
En faisant fi de cet aspect, est ce que oui ou non l'augmentation prévisible du coût des matières premières et l'inflation qu'elle entraîne va contribuer à diminuer "la dette" avec laquelle on nous
bassine ts les jours. En d'autres termes, est ce que cette histoire de dette n'est pas un faux problème ? (sachant qu'il existe effectivement des vrais problèmes à côté, comme le soit disant
"pouvoir d'Achat" ou même, si ca continue, le "Pouvoir Vivre")