La moustache, remède anti-crise ?

Publié le par GameTheory



          « La réponse est oui. Mais quelle était la question ?», disait Woody Allen. OK, on la répète : à quoi peut bien servir une moustache en 2009 ? Pas à grand-chose, à première vue. A cultiver un look vintage. A mettre de côté un peu du dessert de midi. Voire à accentuer sa virilité de quelques poils bien sentis. Côté business, c’est plus difficile à dire. Sobiz est donc allé fureter dans la pilosité des patrons à moustache, histoire de voir si elle les isole de la déprime ambiante.

 

          Cas 1 : les touffues

 

          Ici, on verse dans l’opulence. On assume, on exhibe, on joue sur l’effet volume. La moustache est un acte politique, une fierté qu’on se transmet de père en fils. Le constat est sans appel : quand il s’agit de débusquer ce type de bacchante fournie et de poil dru, pas de miracle : les chevaliers teutoniques restent indépassables.

 

 


 

 

        La Germanie peut s’enorgueillir de sa flopée de champions, dont la légende Dieter Zetsche, patron du constructeur automobile Daimler (marque Mercedes). « Le phoque », pour les intimes, quelques kilos en moins et les lunettes en plus. Pas un rigolo, le Dieter : nommé à la tête de la marque américaine Chrysler en 2000, que Daimler venait de racheter, il avait allègrement sabré dans les usines et les effectifs, fermant 6 sites et supprimant 26 000 emplois. Propulsé à la tête de Daimler en 2006, il a musclé les ventes et la rentabilité de Merco, avant de se prendre, comme tout le monde, la crise en pleine face. Reste un Daimler solide, et un patron peu ou pas contesté. Juste un peu rasoir.




          L’autre fier représentant de la moustache rhénane est un autre gros bonnet de l’auto made in Deutschland, Wendelin Wiedeking, patron de Porsche. Un sacré vicelard, celui-là : en s’appuyant sur le noyau dur familial de l’actionnariat du constructeur de luxe, il avait réussi à partir à l’assaut du deuxième groupe automobile mondial, Volkswagen, au chiffre d’affaires seize fois supérieur (114 milliards d’euros contre 7 milliards). Problème : Porsche, durement touché par la crise financière, a toutes les peines du monde à financer sa montée à 51% du capital de VW. Au point qu’il a même dû emprunter à sa proie 700 millions d’euros… pour l’aider à la racheter. Conclusion : le rachat risque de se muter en simple fusion. Pire, Volkswagen, dirigé par le glabre Martin Winterkorn, pourrait même finalement racheter son moustachu assaillant. A moins que Porsche réussisse sa danse du ventre envers les fonds du Moyen Orient.

 

 

          Cas 2 : les artistiques

 

 

 

 

           Le constat est aussi triste qu’habituel : le CAC40 goûte peu le poil. Il exècre la touffe, abhorre le favori, méprise la glorieuse. Tout juste tolère-t-il la barbe de trois jours sur le menton du vétéran Henri Lachmann, président du conseil de surveillance de Schneider Electric. Pour le reste, c’est le royaume du blaireau, de la fine lame et de la glabre habitude. Des vaillants conquistadores à pilosité supra-buccale, il ne reste qu’un survivant : le boss de Total, Christophe de Margerie. Mais quelle moustache, mes aïeux : une touffe de colonel de l’armée des Indes, un truc post-colonial tout droit sorti du 19ème siècle, qui frisotte à chaque saillie, frétille à chaque bon mot. Avec un résultat net de 14 milliards d’euros en 2008, on ne peut pas dire que le bougre gère mal sa barque. Tout juste reconnaît-il une « vrai problème d’image » pour son groupe. Lequel ne doit rien à sa moustache.

 

 


 

          L’autre résistant de la place parisienne, c’est le patron de Dassault Aviation, Charles Edelstenne. Le fringant septuagénaire arbore la moustache de rigueur dans un secteur qui l’a toujours vénérée, de Toulouse à Mérignac, de Tarbes à Saint-Nazaire. Le poil se fait ici plus discret, moins opulent, avec l’indéniable avantage d’éviter aux interlocuteurs d’identifier le menu du repas de midi de son propriétaire. Mais là, moustache ou pas, les temps sont durs : Dassault ne vend plus un jet d’affaires Falcon, le Rafale attend toujours ses premières commandes export. Heureusement que l’ami Serge a pu se défouler en éjectant le glabrissime patron de Thales Denis Ranque, à peine entré au capital du groupe de défense.

 

 


 

          Le dernier gazier de cette catégorie n’a pas grand-chose en commun avec Charlie. Dov Charney est même un peu son opposé : un physique de star du porno, option moquette pectorale, un goût immodéré pour les jeunes stagiaires dont il a longtemps fait les entretiens de recrutement en slip panthère, des Cadillac roses décapotables dans lesquels il aère ses aisselles en sifflotant. Oui, le patron de la marque de vêtements archi-bobo American Apparel est un gueudin. Du genre à ouvrir des usines à Los Angeles quand tout le monde file au Mexique ou en Chine, et à payer ses ouvrières bien au dessus du salaire minimum. La moustache, parfois rejointe d’un collier de barbe à mi-joue du plus bel effet, n’est qu’un autre symbole de sa différence, qui ne lui réussit pas si mal, même s’il vient de signer un chèque de cinq millions de dollars à Woody Allen, pour avoir utilisé des images de ses films en publicité sans autorisation.

 

 

          Cas 3 : les traîtres à la cause

 

 

 

 

               Ceux-là, on ne les félicite pas. Rattrapés par la mode, convaincus par Môman ou par la vulgate anti-poil, ils ont déserté, lâché le crew, sabré l’auguste poil à grands coups de cinq-lames. Des noms ? Allons-y.  Alexeï Miller, le patron de Gazprom. Herbert Hainer, PDG d’Adidas. Hartmut Ostrowski, boss du géant allemand de la communication Bertelsmann. Ces héritiers de deux grands pays à bacchantes ont préféré sacrifier leur différence sur l’autel du libéralisme globalisant, du patron transational. Pas glorieux, ça, pas glorieux. Il ne faut donc pas s’étonner que ces trois groupes souffrent : Miller croule sous une dette maousse et se retrouve instrument du Kremlin ; Hainer n’a toujours pas réussi à redresser Reebok, racheté en 2005, et voit ses ventes durement touchées par la crise ; et Ostrowski peine à maintenir la rentabilité de son groupe, notamment la branche presse. Alors, les gars, on regrette pas le coup de rasoir ?

 

 

 

 

 

 

Publié dans Attentats

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BA 24/06/2009 17:46

Le clan Balladur-Sarkozy sera-t-il tondu à la Libération ?

Le peuple français se retrouvera-t-il à poil en 2012 ?

Le Watergate français sera-t-il étouffé ?

Ou alors le clan Balladur-Sarkozy sera-t-il jeté en prison ?

Nous avons peut-être la réponse dans cet article explosif :

http://www.plumedepresse.com/spip.php?article1158

loloboy 24/06/2009 17:00

Article au poil, comme d'hab'. Et indispensable. Le bouc de Richard Branson, ça compte, ou c'est pour un prochain article ?

loloboy 24/06/2009 16:59

Article au poil, comme d'hab'. Et indispensable.

GameTheory 22/06/2009 18:48

J'ai fait l'impasse sur Frédéric Thiriez, de la LFP, aussi. Pas vraiment un patron, plutôt un maître chanteur de Canal+ et Orange...

room1 16/06/2009 18:32

Sans oublier Guy Lacombe qui va refriser l'AS Monaco