Jeudi 30 avril 2009



        C’est entendu, mes frères, le goret est un loup pour l’homme. La civilisation va disparaître, vaincu par le burrito sauce tex-mex et le verrat frelaté de Guadalajara. Déjà, les signes de la décadence sont là : le péquin semi-débile fait le siège de sa pharmacie comme il remplirait ses bidons d’essence en cas de nouvelle guerre du Golfe. Son collègue atrophié de l’encéphale débourse 150 euros sur internet pour une boîte de faux Tamiflu qui va le faire chier liquide pendant un mois. Le monde crève de ses pourceaux, ami lecteur. « Fais du bien à un cochon, il viendra chier sur ton perron », prévenait déjà un proverbe québécois.

       Soyons sérieux deux minutes. Avant de suer à grosses gouttes devant la Google Map de la progression du virus, regardons les chiffres. Au Mexique, le bilan de la grippe porcine est passé de 7 à 8 morts, le nombre de décès suspects a été ramené de 159 à 84, selon le ministère de la santé. Petit rappel : 5000 à 6000 personnes meurent de la grippe traditionnelle chaque année en France. Soit 250 000 à 500 000 morts par an dans le monde. Conclusion : à son stade actuel, H1N1 est aussi inoffensif que R2D2. Je répète : à son stade actuel.





       Bref rappel historique. La grippe aviaire, dite H5N1, avait fait 250 morts. Elle présentait l’avantage de ne pas se transmettre d’homme à homme, ce qui semble être le cas de la grippe mexicaine. Le SRAS avait fait 800 victimes en 2002-2003, sans aucun vaccin ou traitement. Bref, pour médiatiques qu’aient été ces épidémies, leur bilan final s’est révélé très limité. Les craintes sur l’épidémie actuelle sont donc avant tout dues au souvenir de la grippe de 1918, dite grippe espagnole, qui avait fait entre 20 et 50 millions de morts. Avec, manque de bol, une souche de type H1N1.

       Quels sont les risques aujourd’hui ? Il serait mal venu, pour les grands labos pharmaceutiques, de se frotter les mains face à une situation qui les met pourtant au centre du jeu. Alors ils se contentent de dégainer leurs biscotos, et de souligner que deux traitements semblent fonctionner contre le virus : le Tamiflu du labo suisse Roche, et le Relenza du britannique GSK. La France dispose de 23 millions de doses du premier, et de 10 millions du second. Roche assure pouvoir produire 400 millions de doses par an. De quoi retarder, voire stopper une éventuelle pandémie, si l’anti-viral est bien distribué dans toutes les zones touchées.





        L’autre piste, complémentaire, c’est le vaccin. La France a la chance d’avoir le leader mondial de la spécialité, Sanofi Pasteur, que l’OMS a contacté pour engager les travaux. L’Europe ne manque pas non plus de gros bonnets, entre le britannique GSK et le suisse Novartis. Grosso modo, après avoir isolé la souche du virus, il faut quatre mois pour développer un vaccin. Tous les cadors s’y sont mis : Roche, GlaxoSmithKline, Safoni-Aventis, Novartis, Baxter, CSL, AstraZeneca. Une trentaine de labos en tout, attirés par les marges juteuses sur les vaccins, qui présentent aussi l’avantage d’être difficilement «génériquables».

       Une course contre la montre, donc. Mais aussi un duel sans merci entre la poule et le goret. Les virus anti-grippaux sont cultivés dans des oeufs de poule fécondés, puis tués et purifiés pour que le vaccin soit produit. Globalement, un Å“uf fournit assez de virus pour une dose de vaccin. Il faut donc produire beaucoup d’œufs, pour beaucoup de vaccins. Un plan de relance, version basse-cour.



Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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