Stress tests et bad banks

Publié le par GameTheory






On connaissait les crash tests, où des mannequins se font éviscérer, transpercer, broyer, éclater contre un mur, défoncer par un volant, le tout passé au ralenti dans les spots sécurité routière. Fini, ça, terminé. Il ne se vend plus une bagnole, ou alors des low-costs avec un pare-choc en mousse, les freins en option et la direction assistée à l’huile de coude. Des Logan en carton, des Tata Nano en polystyrène, voire des Chery QQ. Chinoises, les QQ.

 

Le grand truc, chantourné ami lecteur, c’est désormais les crash tests pour les banques. Les « stress tests », qu’on appelle ça. En clair, des enquêtes de la nouvelle administration américaine pour dégoter les actifs toxiques dans l’océan de jeux d’écriture, produits dérivés et autres paradis fiscaux mis en place, avec amour, application et un poil de perversité par les banques américaines depuis des années.

 

Frissonnez, gérontes financiers, tremblez, pognasse addicts : la chasse à l’actif toxique est ouverte. Un peu comme une chasse aux œufs de Pâques avec Obama jouant à chaud-froid pendant que les patrons de Merril Lynch ou de Bank of America le guident en fumant des barreaux de chaises. « Là, tu chauffes Barack… Non, là, ça refroidit. Pourri, la Suisse, que des collabos. Ah, ben non, pas là, non plus… Pfff, les Iles Vierges, tu me prends vraiment pour un jambon…»

 

 


 

Obama s’est donné jusqu’à début mai pour trouver les lapins fourrés au Credit Default Swap et les ours chargés au subprime. On lui souhaite bien du courage. Car comme l’a souligné l’éditorialiste de la Tribune Philippe Mabille et l’impeccable BA, habitué de ce bloug et commentateur aussi assidu que régulièrement hors sujet, même le FMI commence à avoir les fesses qui font bravo. En janvier 2009, les services de Strauss-Kahn prévoyaient 2 200 milliards de dollars de pertes mondiales pour les bilans bancaires. Ce chiffre a été réévalué à 4 000 milliards de dollars, dont un tiers seulement a été comptabilisé.

 

Si j’en appelle à mes lointains souvenirs de mathématiques, il doit donc rester 2600 milliards de dollars de pertes qui ne sont nulle part, dans aucun livre de compte. « L'admission des pertes est incomplète et le capital est insuffisant dans un scénario de récession », indique le FMI. Le problème, c’est que plus ces pertes latentes sont élevées, plus le réveil va être dur, et pas seulement pour les banques. Qui dit pertes, dit impossibilité de générer du crédit pour les banques. Donc pas d’investissement, des boîtes qui clamsent et pas de reprise. Fermez le rideau.

 

 

 

« Diantre, rétorquera le finaud lecteur. Les résultats des banques US me semblaient pourtant plus que corrects au premier trimestre. » Bien vu. 4,2 milliards de résultat net pour Bank of America, 3 pour Wells Fargo, 1,8 pour Goldman Sachs… Les banques ont mis beaucoup d’application à maquiller des chiffres pas terribles, seulement sauvés par le massif plan américain d’aide aux banques, à l’aide de quelques trucs de puristes, détaillés sur l’Expansion.fr.

 

 

Provisions sous-estimées pour des pertes pourtant inéluctables. Usage de nouvelles règles comptables plus accommodantes. Alignement sur l’année calendaire et non fiscale (chez Goldman Sachs, 780 millions de dollars de bénéfice supplémentaire à la clé, en giclant le mois de décembre des comptes). Mise hors bilan d’actifs non valorisables. Et même placement de 42 milliards de dollars dans des colonnes intitulées « other », sans qu’on sache de quoi il s’agit (Wells Fargo). Chapeau claque, les artistes.

 

 

 

La conclusion ? Ce n’est pas de la poussière qu’il y a sous les tapis, c’est un troupeau de moutons. Obama serait bien inspiré d’utiliser ses « stress tests » pour décrocher l’épée de Damoclès. Comment ? D'aucuns préconisent la création de "bad banks", sous contrôle étatique, chargées de récupérer les actifs toxiques pour éviter l'effondrement du système financier. Un peu comme l'Etat français qui récupère et restructure les activités les plus sinistrées de la sidérurgie française dans les années 80, et laisse au privé (et aux Wendel) ce qui marche le mieux. Il resterait alors alors à rebaptiser les banques débarrassées de leurs actifs toxiques. Car "good" n'est pas vraiment le mot qui vient à l'esprit.

 

 

 


Publié dans Attentats

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BA 24/04/2009 15:44

« … pour ne pas affoler à nouveau les marchés ».

Nous sommes sur la même analyse.

C’est également l’opinion de l’éditorialiste de La Tribune.

Samedi 11 avril 2009, le journal économique La Tribune publie un éditorial explosif en page 7 : « Banques : le grand mensonge ».

Cet éditorial de Philippe Mabille est tellement compromettant pour les banques qu’il n’apparaît pas sur le site internet de La Tribune. Les autres éditoriaux de Philippe Mabille sont tous sur le site de La Tribune, mais l’éditorial du 11 avril a été censuré.

Je recopie donc la fin de cet éditorial censuré :

« Banques : le grand mensonge.

Par un curieux retournement du destin, le climat boursier est, dans le même temps, redevenu favorable pour les banques. Un exemple frappera les esprits : le cours de la Société Générale s’est apprécié de 45 % par rapport au cours de 24,5 euros qui avait été proposé pour le plan de stock-options qui a tant scandalisé l’opinion. En déduire que la crise financière est derrière nous serait toutefois une grave erreur. Bien au contraire, le pire est encore à venir.

Le calcul est assez simple à faire : en janvier 2009, le Fonds Monétaire International prévoyait 2 200 milliards de dollars de pertes mondiales pour les bilans bancaires. Ce chiffre a été réévalué à 4 000 milliards de dollars, dont un tiers seulement a été comptabilisé. La conclusion coule de source : les banques ne disent pas la vérité sur la réalité de leur situation. Et les autorités financières sont complices de ce grand mensonge, pour éviter de créer la panique.

On le voit avec la forte tension qui règne aux Etats-Unis à propos des « stress tests » réalisés sur la solidité des banques américaines. Mentir pour la bonne cause, on retrouve là un peu le même scénario que celui du Crédit Lyonnais, où la Commission Bancaire et le Trésor avaient été accusés d’avoir fermé les yeux sur les comptes truqués de la banque publique.

Mais, cette fois, ce n’est pas une seule banque qui est en cause, mais toutes les banques mondiales en même temps. De sorte que celle qui saura masquer ses pertes le plus longtemps sortira grande gagnante du jeu de poker menteur qui va maintenant succéder au théâtre du G20. »

GameTheory 24/04/2009 13:55

Cette hypothèse me paraît tout à fait recevable, BA, la liste des contributeurs est assez éloquente...

J'ajouterai une autre crainte : que Geithner et Obama taisent en partie ce qu'ils découvrent, pour ne pas affoler à nouveau les marchés et provoquer de nouveau choc type Lehman.

Pour l'histoire des bad banks, je lisais ce matin un papier intéressant qui renverse la perspective : pourquoi ne pas plutôt créer des good banks saines, et retirer la licence bancaire à celles qui ont des actifs toxiques ?

http://www.lecho.be/actualite/economie-finances/Les_experts_de_la_Commission_penchent_pour_une_-good_bank-.8171882-602.art

BA 23/04/2009 22:08

« Obama serait bien inspiré si il utilisait l’épée de Damoclès ».

Oui, mais il y a quand même une hypothèse qui fait peur : et si Obama voulait sauver le système actuel sans le réformer ?

Et si Obama avait exactement les mêmes idées que les patrons des banques étatsuniennes ?

Et si Obama, au fond de lui-même, pensait sincèrement que la crise actuelle n'est qu'une purge, et qu'après la purge les affaires reprendront comme avant parce que le système actuel est globalement bon ?

Pour finir, je recopie quelques faits troublants :

Le président américain Barack Obama a choisi le responsable qui devra piloter les efforts gouvernementaux de stabilisation du système financier en la personne de Herb Allison. Agé de 65 ans, Herb Allison a fait l'essentiel de sa carrière au sein de la banque d'affaires Merrill Lynch, où il était parvenu au poste de directeur opérationnel.

http://www.lesechos.fr/info/inter/afp_00138415-obama-a-choisi-le-responsable-du-plan-de-stabilisation-des-banques.htm

Timothy Geithner est depuis le 26 janvier 2009 Secrétaire au Trésor des États-Unis. Sa profession : banquier.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Timothy_Geithner

Rahm Emanuel est le chef de cabinet de la Maison Blanche. Sa profession : banquier.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Rahm_Emanuel

Voici les 20 principaux contributeurs de chaque candidat, OBAMA et MC CAIN. Je remarque deux choses.

1- Première chose : les sommes données par les 20 principaux contributeurs à OBAMA sont beaucoup plus importantes que les sommes données par les 20 principaux contributeurs à MC CAIN.

2- Seconde chose : quand une banque d’affaires donnait de l’argent aux deux candidats, elle donnait deux à trois fois plus d’argent à OBAMA.

Exemples :

- Goldman Sachs a donné 228 695 dollars à MC CAIN, mais 874 207 dollars à OBAMA.

- JPMorgan Chase a donné 215 042 dollars à MC CAIN, mais 581 460 dollars à OBAMA.

- Citigroup Inc a donné 296 151 dollars à MC CAIN, mais 581 216 dollars à OBAMA.

- Morgan Stanley a donné 262 777 dollars à MC CAIN, mais 425 102 dollars à OBAMA.

http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/files/2008/11/les-20-principaux-contributeurs-de-chaque-candidat.1225816529.pdf

Hypothèse : en avril 2009, la politique des Etats-Unis est décidée par les banquiers, pour les banquiers.