François Mittal et Lakshmi Pinault, la malédiction d’ArcelorMittal

Publié le par GameTheory




         Ainsi donc, le haut fourneau ArcelorMittal de Florange va fermer provisoirement. Ainsi donc, plus de 1000 ouvriers vont se retrouver au chômage partiel, après l’annonce de 9000 suppressions d’emplois dans le groupe, dont 1400 en France. Y’a pas à dire : ce Lakshmi Mittal est un poète. Et un sacré gestionnaire. Arcelor-Mittal, quelle belle fusion, nom de nom. Quel exemple de synergies, quel modèle de gouvernance et de responsabilité sociale, quelle référence de respect des promesses. Trois ans après l’OPA de Mittal sur le groupe européen, les mots manquent pour définir l’incroyable relance de la sidérurgie européenne par cet avisé patron autodidacte.

 

Franchement, on a envie de pleurer. Qu’avait récupéré Mittal en rachetant Arcelor ? Un champion européen né sur les cendres de la vieille sidérurgie du continent. Un groupe né du regroupement d’acteurs nationaux (l’espagnol Aceralia, le belgo-luxembourgeois Arbed, le français Usinor-Sacilor) douloureusement redressés à coups de deniers publics, après d’effroyables plans de suppressions d’emplois tout au long des années 80. En France, la remise à niveau d’Usinor et Sacilor, ennemis héréditaires fusionnés sous le patronage de l’Etat, a coûté 100 milliards de francs, et les effectifs de la sidérurgie sont passés de 160 000 salariés en France en 1974, à 35 000 en 2007.

 

 

 

 

 

De tous ces efforts, de tous ces sacrifices, de ce carnage social, il restait une poignée de sites. Les Gandrange, Florange, Fos-sur-Mer, Dunkerque, qui transforment en fonte le minerai de fer et le coke. Des outils modernes, produisant des aciers haut de gamme, pas forcément gérés de la meilleure des manières, mais assez compétitifs pour qu’Arcelor affiche des résultats plus que corrects après des années de vaches maigres.

 

Quel est le bilan, trois ans après la fusion ? Mittal a déjà fermé le four électrique et le train à billettes de Gandrange, site qu’il avait érigé en exemple de sa gestion avant l’OPA. Il flingue désormais allègrement le site de Florange, avec 1000 salariés au chômage technique, du fait de l’arrêt provisoire du haut fourneau. On di aussi le site de Liège (Belgique) menacé. La faute à la crise ? Admettons. Il faudra alors expliquer aux salariés pourquoi des brames d’acier arrivent encore par camions entiers de Dunkerque (Nord) pour être exploités à Florange (Moselle).

 

De provisoire, l’arrêt du haut fourneau de Florange pourrait n’avoir que le nom. Tous les ouvriers vous diront que, théoriquement, un haut fourneau, ça ne s’arrête pas. Jamais. Ni le jour, ni la nuit, pendant ses 10 à 15 ans d’activité. Ils vous diront aussi que ça coûte un bras de les entretenir à l’arrêt, qu’il est souvent difficile et dangereux de les faire repartir, parce que ce n’est pas fait pour.

 

 

 


 

 

Peut-être est-il temps de dire que cette OPA est un des échecs les plus retentissants des opérations récentes, pour les salariés comme pour les actionnaires, avec un cours massacré. Les résultats 2008 étaient bons ? Effet d’inertie. Ceux d’Arcelor seul l’auraient été tout autant. Et on cherche vainement les synergies et apports concrets de cette fusion, dont même le médiateur du crédit René Ricol s’est interrogé ce matin sur la pertinence.

 

Peut-être est-il temps de dire que la gestion personnelle de Lakshmi Mittal, qui détient 45% des droits de vote avec sa femme, et contrôle les finances avec son fils, n’a rien à voir avec la gouvernance ouverte promise par ledit Mittal à l’époque de l’OPA. Peut-être est-il aussi temps de rappeler le rôle de François Pinault, ardent avocat de Mittal au moment de la grande bataille, et de l’agence de communication Image Sept d’Anne Méaux, pour qui tout opposant à Mittal était forcément un xénophobe.

 

 

 


 

 

Inénarrable Pinault. Qui dénonçait, des trémolos dans la voix, l’odieux accueil réservé à Mittal lors de son OPA. « Je n'ai pas aimé l'accueil qu'il a reçu en France, ni le caractère xénophobe, pour ne pas dire raciste, de certains propos tenus sur « l'Indien » », geignait-il, sous la dictée d’Anne Méaux, en 2006 dans les colonnes du Figaro. Quelques mois plus tard, il dégainait le Stradivarius lustré dans Challenges : « Lakshmi Mittal sait évoluer sans dévier de son cap, sans se laisser ni distraire ni décourager par les attaques de ceux qui ne manquent jamais de bonnes raisons pour rejeter l'autre ou le nouveau. »

 

Mal accueilli, Mittal ? Seul le patron d’Arcelor Guy Dollé avait dérapé, parlant de « groupe d’indiens » proposant une OPA en  « monnaie de singe ». Mais à côté de cela, il fallait voir le reportage pompeux de Paris Match sur le mariage de la fille Mittal à Vaux-le-Vicomte et au château de Versailles. Facture : 55 millions d’euros. Il faut voir que Mittal est aussi présent au conseil d’administration d’EADS, en indépendant, alors qu’il est un gros fournisseur d’acier de la filiale Airbus, ce qui semble ne choquer personne. Quant au fils du patron, le directeur financier Aditya Mittal, il vient d’être nommé au conseil de PPR. Oui, le groupe de François Pinault.

 

 

 


 

 

Foin de bien-pensance libéralo-mondialiste : Lakhmi Mittal, self made man qui a admirablement réussi dans la construction de Mittal Steel à partir de sites que tout le monde donnait perdus, est peut-être en train de porter un coup fatal à des sites que l’Etat et l’Union européenne auraient été bien inspirés de mieux protéger. Il n’est pas interdit de s’adresser à M. François Pinault, administrateur d’ArcelorMittal et thuriféraire attitré de son ami Lakshmi, pour avoir quelques explications.


 

 

Publié dans Grands fauves

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DH13 21/04/2009 22:10

Qui a été nommé au conseil d'administration d'EADS en 2007 ? Monsieur MITTAL en personne...

A l'initiative de qui ?

Pour en savoir plus :

http://www.eads.com/1024/fr/corporate_governance/Board_of_Directors/Board%20of%20Directors%20Copy.html

emachedé 17/04/2009 20:26

L'objectif de Mittal semble clair: détruire ces concurrents en les rachetant.
Le bas et milieu de gamme sera la règle. Et si en plus au passage on peut se venger de ses maudits colons d'européens...

BA 16/04/2009 23:02

France : les défaillances d'entreprises en hausse de 21,3 % au premier trimestre.

L'Agroalimentaire résiste encore avec un recul des défaillances d’entreprises de 5 %. En revanche, l'Industrie hors agroalimentaire dérape avec une hausse de + 44 % des défaillances d’entreprises.

Parmi les activités les plus touchées ce trimestre :
- la filière caoutchouc-plastique (+ 183 % des défaillances d’entreprises),
- les activités de métallurgie-mécanique (+ 94 %),
- les activités de bois-matériaux de construction (+ 116, 59 %),
- les activités d'imprimerie (+ 98, 44 %).

La construction reste mal orientée (+ 27 % des défaillances d’entreprises), tout comme le bâtiment (+ 22 %), et l'Immobilier (+ 65 %).

Géographiquement parlant, l'Ile-de-France résiste remarquablement (+ 0,3 %). « Sans la performance francilienne, la tendance nationale aurait approché les + 30 % », prévient le cabinet Altares.

En revanche les autres régions, notamment les plus industrielles, sont fortement affectées. C'est le cas de Basse-Normandie et de Rhône-Alpes, où les défaillances d’entreprises augmentent de 40 % et plus.

http://www.lesechos.fr/pme/gestion/300343659-les-defaillances-d-entreprises-en-hausse-de-21-3-au-premier-trimestre.htm

Kolokow J. F. 16/04/2009 16:42

François est un ami. Peut-être a-t-il manqué dans cette affaire d'un peu de discernement, c'est vrai.

Mais finalement, n'a-t-il pas aussi laissé des plumes dans l'affaire ? Etant administrateur du bousin, j'imagine qu'il y perd.

BA 15/04/2009 11:06

Samedi 11 avril 2009, le journal économique La Tribune publie un éditorial explosif en page 7 : « Banques : le grand mensonge ».

Cet éditorial de Philippe Mabille est tellement compromettant pour les banques qu’il n’apparaît pas sur le site internet de La Tribune. Les autres éditoriaux de Philippe Mabille sont tous sur le site de La Tribune, y compris son éditorial du mercredi 15 avril 2009, mais l’éditorial du 11 avril a été censuré.

Je recopie donc la fin de cet éditorial censuré :

« Banques : le grand mensonge.

Par un curieux retournement du destin, le climat boursier est, dans le même temps, redevenu favorable pour les banques. Un exemple frappera les esprits : le cours de la Société Générale s’est apprécié de 45 % par rapport au cours de 24,5 euros qui avait été proposé pour le plan de stock-options qui a tant scandalisé l’opinion. En déduire que la crise financière est derrière nous serait toutefois une grave erreur. Bien au contraire, le pire est encore à venir.

Le calcul est assez simple à faire : en janvier 2009, le Fonds Monétaire International prévoyait 2 200 milliards de dollars de pertes mondiales pour les bilans bancaires. Ce chiffre a été réévalué à 4 000 milliards de dollars, dont un tiers seulement a été comptabilisé. La conclusion coule de source : les banques ne disent pas la vérité sur la réalité de leur situation. Et les autorités financières sont complices de ce grand mensonge, pour éviter de créer la panique.

On le voit avec la forte tension qui règne aux Etats-Unis à propos des « stress tests » réalisés sur la solidité des banques américaines. Mentir pour la bonne cause, on retrouve là un peu le même scénario que celui du Crédit Lyonnais, où la Commission Bancaire et le Trésor avaient été accusés d’avoir fermé les yeux sur les comptes truqués de la banque publique.

Mais, cette fois, ce n’est pas une seule banque qui est en cause, mais toutes les banques mondiales en même temps. De sorte que celle qui saura masquer ses pertes le plus longtemps sortira grande gagnante du jeu de poker menteur qui va maintenant succéder au théâtre du G20. »