Neuf t... filles en or pour 2009, épisode 7 : Nicole El Karoui, échec et maths

Publié le par GameTheory




          Elle ressemble à une gentille mamie, Nicole. Foulard jaune autour du cou, pull ample aux imprimés étranges, sourire un peu gêné quand les journalistes l’assaillent – et ils l’assaillent beaucoup, en ce moment. En cette enseignante de 64 ans, grande prêtresse des mathématiques financières à Dauphine, Polytechnique et Paris VI, beaucoup ont trouvé un bouc-émissaire de la crise financière actuelle. Le symbole des dérives des salles de marché des banques, où la sophistication des produits dérivés le dispute au gonflement à l’hélium des melons des traders.


 

            Le procès en sorcellerie est à la fois justifié et un peu dur. Sobiz en avait parlé ici, avec l’à-propos et le sens de la nuance qu’on lui connaît. Que fait Nicole El Karoui ? Elle enseigne. Au mastère « Probabilités et finance » de Paris VI. Avec des élèves un peu particuliers : les futurs « quants », pour analystes quantitatifs, des spécialistes des produits financiers complexes, dérivés des actions et des obligations. Un quant sur trois est français, El Karoui en a déjà formé 800. Ceux-là même qui ont largement participé, par leur incapacité à comprendre et à lire leurs produits, à plonger le système financier mondial dans la béchamel infernale qu’on connaît.




 

 

            Le circuit est connu : des crédits accordés en excès à des gens pas forcément solvables aux Etats-Unis. Des banques qui transforment ces créances douteuses en titres vendus en bourse, pour transférer le risque au petit copain. Des titres qui se complexifient au fil des opérations, dont la composition devient illisible, au point que même les bouseuses banques françaises en découvrent dans leur bilan. Et une explosion de ce système de dupes, une méfiance généralisée des banques qui fait qu’elle ne prêtent plus et ne se prêtent plus, entraînant dans leur chute les entreprises et les ménages.

 

            Elle sait tout ça, Nicole. Et elle le déplore. Quand on lui demande si elle a l’impression d’avoir formé des apprentis sorciers, voire des monstres, elle répond dans la Tribune qu’ils ne sont « qu’un maillon de la chaîne de responsabilité dans la crise financière ». Que la diffusion des titres pourris a été « favorisée par les notes AAA attribuées à ces produits par les agences de notation ». Elle fait même preuve d’un recul louable, rappelant qu’« un peu de bon sens est plus utile que les mathématiques, et ceci est vrai aussi pour les mathématiciens ».



 




            Finalement, elle défend son bifteck, Nicole. Et on ne peut pas lui reprocher. Ce n’est pas à elle de réformer le capitalisme. Ce n’est pas à elle de limiter drastiquement les opérations de titrisation et de produits dérivés complexes, voire de les interdire. Ce n’est pas à elle de contrôler sévèrement des agences de notation qui distribuaient les AAA aux planches pourries du capitalisme comme les époux Balkany arrosaient les têtes chenues de Levallois de valises de pascals. Tout cela est du ressort de l’Etat, de l’UE, d’une organisation de contrôle de la finance mondiale encore à inventer. D'un président Sarkozy qui, tout excité qu'il est de prononcer la «fin d'un monde», n'a pas obtenu UNE concession du monde de la finance, sinon un minable renoncement à des bonus qui auraient de toute façon été amochés par la crise.




            Nicole, elle, est une prof de maths. Qui dit à ses élèves qu’ils « ne méritent pas le salaire qu’ils perçoivent » -40 à 50 000 euros annuels pour un débutant, avant la crise et sans les bonus. Qui se souvient de ses manifs avec l’UNEF au temps de l’Ecole Normale Supérieure. Et qui dit qu’elle n’a jamais eu la prétention d’expliquer le monde. Parce qu’elle s’en sent bien incapable.



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