Tout fout le camp, mes bons amis, tout fout le camp. Les libérolâtres
monétaristes se découvrent des pulsions keynésiennes, au point de demander la becquée aux Etats qu’ils dézinguaient hier ; Patrick Devedjian, l’homme qui cognait le bigarré dans les années
60 avec ses petits copains d’Occident (Madelin, Longuet, Novelli), se retrouve bombardé ministre de la Relance, ce qui revient à peu près à nommer Benoît XVI à la tête du planning familial ;
et voilà que le père Larry Flint, fondateur de l’excellent magazine d’informations généralistes Hustler, réclame un plan de sauvetage de cinq milliards de dollars pour l’industrie du
porno.
La relance par le chibre, fallait y penser. Larry l’a fait pour nous : le secteur, qu’il estime à 13 milliards de dollars aux Etats-Unis, « n’est pas sur le point de s’effondrer, mais pourquoi prendre le risque ? » Raisonnement imparable : « Les gens sont trop déprimés pour être actifs sexuellement, plaide Larry Flynt. C'est très mauvais pour la santé du pays. Les Américains peuvent se débrouiller sans voitures mais pas sans sexe. »
Après les Big Three, l’heure est donc venue de soutenir la Big Trique. Et pour cette nouvelle
croisade, Flint a recruté du lourd : Joe Francis, l'homme à la mâchoire puissante ci-dessous, un producteur de porno qui a construit sa fortune en récupérant des vidéos de jeunes donzelles
alcoolisées en train de montrer leur poitrine dans des fêtes de mardi gras. Il en avait même fait une série de DVD, intitulée Girls Gone Wild. GGW, pour les intimes, un sacré
carton.

Pas un débutant de la gaudriole, le Francis. Accusé de viols, de menaces de mort, de rackets divers et variés, d’évasion fiscale, de possession de drogue, d’abus sur mineurs, le loustic s’en sort toujours ou presque sans trop de dommages, quitte à embaucher un psychiatre pour assurer au tribunal qu’il a des « problèmes psychologiques significatifs » qui entraînent « une possibilité de comportement suicidaire si son incarcération est prolongée ». Que tout cela est joliment dit.
Autant dire que l'attelage Flint-Francis n'est pas là pour rigoler. On savait déjà que le porno, par ses choix, pouvait décider de la victoire d’un format vidéo, notamment la VHS contre le Betamax. On sait désormais qu’il fait partie intégrante d’un plan de relance keynésien. Message transmis à Devedjian.