Uniross, guerre économique et fonds souverains

Publié le par GameTheory




          C’est l’histoire d’une success story qui a mal tourné. Une des ces entreprises de taille moyenne, innovantes et internationalisées, dont le tissu industriel manque tant pour faire face aux grosses PME exportatrices allemandes et aux rouleaux compresseurs chinois et américain. Une histoire triste, un peu, révélatrice, beaucoup, de ce que pourrait être le sort des petites boîtes high-tech française si le politique ne prend pas le sujet à bras le corps.


 

          Nom : Uniross. Métier : fabricant de batteries rechargeables, fondé au Royaume-Uni en 1968. Sacré parcours que celui de cette PME : acquise par le Français Alcatel en 1992, à travers sa filiale de batteries Saft (revendue depuis), elle est acquise en LBO par un pool de cadres mené par Christophe Gurtner, ex-patron de la branche grand-public de Saft, en 2001.

 


          Gurtner, l’auteur de ces lignes l’a croisé à plusieurs reprises. Un type posé, efficace, qui rapatrie la boîte en France, où il multiplie les effectifs par dix, y centralisant notamment la R&D. Il rationalise la production entre Japon (haut de gamme) et Chine (bas de gamme). Crée une marque Uniross en grande distribution pour compléter les produits de marque distributeur (Carrefour, Auchan) que la société fabrique déjà. Rachète un fabricant de batteries américain doté d’une usine mexicaine à Tijuana. De 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2001, le groupe passe à 70 en 2007. L’objectif de 100 est même à portée de main.







          Et là, paf dans les chicots. Premier coup de bambou en 2007 : les prix du nickel, composant essentiel des batteries Uniross, explose. La raison est aujourd’hui connue : des hedge funds, financier sans foi ni loi, ni quoi que ce soit d’autre qu’un gerbant culte du profit immédiat et décomplexé, ont acheté une grosse part de la production mondiale. Résultat : 54 000 dollars la tonne en mai 2007, contre 8000 aujourd’hui. Uniross souffre, mais ne rompt pas.

 


Mais là, deuxième mandale dans les ratiches : la crise financière de 2008 sabote la trésorerie de la PME et fait plonger ses ventes. Selon des sources concordantes, les banques –Société Générale et Crédit du Nord, pour ne pas les nommer- refusent de l’aider à traverser le trou d’air. Pire, elles suppriment toutes les facilités financières accordées à la société (découvert, affacturage), l’empêchant de payer ses fournisseurs et de livrer ses clients, malgré des commandes encore robustes.

 


C’est la grande tendance du moment : les banques inquiètes de la santé financière des PME fixent des ratios financiers, les « covenants », à respecter impérativement, sous peine de devoir rembourser intégralement et immédiatement sa dette. Pas de flexibilité, pas de compréhension en cas de difficulté. Un problème de trésorerie, et c’est la chute immédiate. Uniross en fait la douloureuse expérience.







Simple conséquence de la crise financière ? Pas sûr. Uniross, petite société avec un fort savoir-faire technologique (notamment des accords avec le CEA), est une proie tentante pour des prédateurs étrangers. Plusieurs spécialistes, sur Rue89, Bakchich (brève payante) et Affaires stratégiques, avancent l’hypothèse qu’un concurrent asiatique de la PME, GL Battery, serait à la manœuvre pour racheter Uniross et ses technologies à prix cassé. Une version rendue plausible par les multiples attaques personnelles et tentatives d’intimidation dont a été victime l’ami Gurtner.

 


Alors, faisons simple : Uniross est une cible toute trouvée pour le nouveau Fonds stratégique d’investissement (FSI), le fonds souverain à la française. Uniross a besoin de 12 à 15 millions d’euros, d’ici au 26 janvier, délai accordé par le tribunal de Meaux pour trouver une solution. La boîte est viable, elle a des commandes et des projets, notamment avec le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) qui pousse de tout son poids pour sauver cette entreprise, ou STMicroElectronics.

 


Gurtner a déjà rencontré l’éminence grise de Sarko pour les questions économiques, François Pérol (photo ci-dessus, avec Carolis), mais les choses traînent encore. Trop, beaucoup trop : Uniross n’a plus beaucoup de temps.



Publié dans Up and down

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Méphistophélès 12/06/2010 20:50


Le nikel est un cas particulier, car cette matière première à subi le déport du palladium par un nouveau statut industriel (induit par la recherche) dans le domaine de la catalyse.

Un exemple concret est le remplacement de l'utilisation du palladium sud africain par le nikel russe à horizon 2010-2015 dans la fabrication des pots catalytiques.

Si "c'est la faute au nikel", je refuse en tant que contribuable de financer ce titanic programmé.