Crise financière, la faillite de l'économie mathématique

Publié le par GameTheory

         

 



           « D'abord, on utilise des chiffres falsifiés pour justifier de gros cadeaux aux échelons les plus élevés. Puis, si la situation se gâte, on laisse les salariés qui vous ont fait confiance payer la facture. » Miracle, bonnes gens, miracle : pour la première fois depuis longtemps, les Suédois ont choisi un prix Nobel d’économie qui exprime ses idées autrement que par des équations du troisième degré. Paul Krugman, qu’il s’appelle. Un vrai excité anti-Bush, prof à l’université de Princeton, spécialiste des théories de la mondialisation. Un type qui maîtrise le sujet-verbe-complément, presque un miracle dans une profession contaminée par le tout-mathématiques.

 

          Le problème de beaucoup d’économistes, c’est que ce sont avant tout des physiciens ratés. Des types qui à défaut de définir ce qui est, s’emploient depuis des dizaines d’années à expliquer ce qui devrait être dans un monde idéal. Un monde de bisounours où le consommateur serait « rationnel », la concurrence « pure et parfaite », les choses « égales par ailleurs ». Bref, une science sociale, donc molle, qui serait devenue une science dure, avec des modèles mathématiques complexes et un refus quasi-total de l’expression littéraire. On mathématise sec, on axiomise à tour de bras, on économètre à qui mieux-mieux. Et on reste donc entre soi, dans un aréopage de techniciens de l’économie seuls à même de comprendre les débats, les enjeux, les théories.

 


Le grand, l’immense John Maynard Keynes résumait la situation à sa façon, en 1936 : « Une beaucoup trop grande part de travaux récents d'économie mathématique consiste en des élucubrations aussi imprécises que les hypothèses de base sur lesquelles ces travaux reposent, qui permettent à l'auteur de perdre de vue les complexités et les interdépendances du monde réel, en s'enfonçant dans un dédale de symboles prétentieux et inutiles ».

 

L’économiste Bernard Maris, l’Oncle Bernard de Charlie Hebdo, raconte très bien dans son Anti-manuel d’économie l’origine de cette normalisation mathématique : un type, Léon Walras (1834-1910, photo ci-dessus), recalé deux fois à Polytechnique, qui se rabat sur l’économie, dite alors « politique », et qui décide de la transformer en discipline mathématique. Walras est fasciné par la physique, l’équation qui tombe juste, la formule mathématique qui tue. Il établit une théorie de l’équilibre général qui sera la base de toute l’économie néo-classique, poursuivie par Pareto et son « optimum » -un « état dans lequel on ne peut pas améliorer le bien être d’un individu sans détériorer celui d’un autre ». Sacré programme.



 


            Oh, il y a bien eu quelques révoltes contre la prégnance des maths, notamment de la part d’étudiants en économie en 2000, qui s’étaient fendus d’un manifeste largement repris par les médias. Rien de bien décisif, à dire vrai. Les économistes libéraux s’en sont toujours sortis en se cachant derrière le rôle nocif de l’Etat qui dérègle le marché. En rappelant qu’ils raisonnent sur le long terme, seul à même de lisser les irrégularités. « A long terme, nous sommes tous morts », répondait Keynes.

 

             Que nous apprend la crise financière actuelle ? Qu’aucun économiste, ou presque, n’a senti venir le vent du boulet. Les médias ont beau jeu de sortir l’un des seuls exemples de types ayant reniflé la crise, Nouriel Roubini (photo ci-dessus), désormais superstar de Wall Street et oracle vénéré des gouverneurs de banques centrales et chefs d’états. Aucun modèle mathématique, aucune étude de banque n’avait vraiment prévu  la contagion infernale à laquelle on assiste en ce moment. Pas même notre ami Krugman, le prix Nobel d’économie. « Les économistes sont au volant de notre société, alors qu’ils devraient être sur la banquette arrière », disait Keynes. On ne peut pas dire que la crise financière actuelle lui donne tort.



Publié dans Attentats

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Inter'Or 01/11/2008 08:34

La plupart des commentaires évoqués sont aujourd'hui dépassés. Nous enregistrons une baisse généralisée des taux d'intérêts des banques centrales, le japon en tête avec un taux actuel de 0,30%, des taux pratiquement jamais atteints, a contrario, une baisse généralisée des matières premières et principalement des métaux, les graphes des programmes informatisés sont tous dans le rouge. Ces programmes dans l'état actuel de la situation financière et économique mondiale sont obsolètes. C'est l'entièreté de notre système économique qui doit être revu et principalement les instruments de bourse qui permettent à des individus ou à des sociétés de pouvoir faires des opérations et des interventions sur des marchés en n'ayant pas le capital nécessaire pour répondre de leurs engagements.
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