Fonds souverains, revanche de Bédouins

Publié le par GameTheory





         Adieu squash à Neuilly. Exit golf à Saint-Nom la Bretêche. Ereintés par la crise des subprimes, assommés par les chutes successives de la banque Lehman Brothers, du premier assureur mondial AIG, et des impayables organismes de refinancement Fannie Mae et Freddie Mac, nos amis financiers à mèche ont trouvé le nouveau sport qui va les occuper un bon bout de temps, s’il veulent sauver ce qu’il leur reste de meubles : la chasse au pognon du Golfe.


          Pas compliqué, il suffit de comprendre le truc.
La banque américaine Citigroup a besoin d’argent frais pour assurer sa survie ? Le fonds d’Abu Dhabi ADIA arrive à la rescousse, avec un joli chèque de 7,5 milliards de dollars sous le keffieh. La banque d’investissement française Natixis peine à boucler son augmentation de capital ? Voilà ses émissaires discrètement dépêchés dans le Golfe, histoire de gratter devant un thé à la menthe quelques centaines de millions à Dubaï et à Bahrein. Et on pourrait continuer longtemps -Morgan Stanley sous perfusion du fonds chinois CIC, Merril Lynch tenu à bout de bras par le singapourien Temasek-, même si les fonds se sont faits étonnamment discrets en ces périodes de trouble financier, laissant couler Lehman et AIG sans réagir.

 

Bienvenue dans le monde merveilleux des fonds souverains. Le principe est simple : les Etats qui en ont les moyens rassemblent leur surplus de revenus, souvent liés à la manne des matières premières où à leurs plantureux excédents commerciaux, dans des fonds d’Etat qui investissent où bon leur semble, en fonction des secteurs qu’ils estiment prioritaires. Aéronautique pour la Russie et Abu Dhabi, banque, médias et pharmacie pour le Qatar, immobilier et ports internationaux pour Dubaï.

 

 

 

 

Au milieu des incontournables, Chine, Russie, Dubaï, Qatar et autres Singapour, on trouve quelques acteurs moins attendus. La Norvège, par exemple, dont le gigantesque fonds de pension de 330 milliards de dollars est considéré comme le plus éthique et le plus transparent. L’Alaska. Le Chili. Et même le Botswana, dont le Pula Fund est estimé à 7 milliards de dollars. Une étude de Natixis chiffrait la valorisation totale des fonds souverains à plus de 3300 milliards d’euros fin 2007. Soit plus d’une fois et demie le PIB de la France. Le FMI prévoit un chiffre de 25 000 milliards en 2020. Selon des estimations récentes, la Bourse de Londres serait détenue à 28% par le Qatar et à 20% par Dubaï. Ou du moins par leurs bras armés financiers.


Pour l’instant, la plupart de ces fonds se contentent du statut d’actionnaires passifs. Mais pour combien de temps ? Quel avenir pour les groupes énergétiques européens si le fonds russe se mettait dans l’esprit de les racheter un à un ? L’Allemagne a pris le problème à bras le corps en votant une loi fin août permettant au gouvernement d'opposer son veto à une prise de participation de plus de 25% d'une entreprise extra-européenne dans une société allemande, dès lors que « l'ordre et la sécurité publics » sont menacés. C’est la solution défensive.

 

La solution offensive, ce serait d’avoir son propre fonds souverain. Par exemple, en France, en transformant en fonds la vénérable Caisse des dépôts et consignations, qui détient des participations de l’ordre de 15 milliards d’euros dans des boîtes françaises. Et, pourquoi pas, en y ajoutant le fonds de réserve des retraites créé par Jospin, doté actuellement de 33 milliards. Le rapport Demarolle sur les fonds souverains, remis récemment à Sarko, ne se mouillait pas trop sur cette idée, se contentant d’appeler à un vaseux « principe de réciprocité ». Qu’importe : ce fonds souverain à la française n’aurait qu’un poids limité. Les Bédouins peuvent encore s’attendre à de la visite.

 

 

 

         

Publié dans Up and down

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