JO Londres 2012 : en route vers le gros bide

Publié le par GameTheory





    Avertissement aux miens lecteurs en cette rentrée plus que poussive : il n’est nullement exclu que transpire de la prose ci-dessous un léger fumet d’anti-britanisme primaire. Voire un zeste de mauvaise foi franchouillarde. Peu importe : à peine les JO les plus bridés de l’histoire terminés (jeu de mot), on peut déjà affirmer que ceux de Londres 2012 seront un bide retentissant. Pas côté sport, mais plutôt côté chiffres.


    Londres 2012, futur gouffre financier ? Ce n’est pas Bertrand Delanoé qui le dit, c’est The Economist. Oui, le brûlot libéral qui pousse le snobisme jusqu’à ne pas faire signer ses journalistes, tous les papiers étant estampillés du nom de la publication. Les
chiffres de l’hebdomadaire économique sont édifiants : le financement public coûtera 11 milliards d’euros au contribuable, contre 4,3 initialement prévu. Pourquoi ? Parce que ces têtes en l’air de British ont malencontreusement oublié de compter la TVA. Et les frais de sécurité. Et les coûts d’infrastructures. Et les difficultés de reconversion des sites aménagés spécialement pour les Jeux. C’est ballot, hein, sacrément ballot.


    Damned, Londres aurait-il tenté d’enfler les gérontes du CIO ? Y aurait-il eu manipulation de têtes chenues ? On n’ose y croire. On refuse cette idée infâme. Jusqu’à ce que
Pierre-Yves Gerbeau, patron du groupe de loisirs britannique X-Leisure et ancien responsable de la candidature Londres 2012, balance ses quatre vérités sur le dossier de Londres à votre serviteur il y a quelques mois. A sa façon, cash : « Londres a gagné avec un dossier pourri, du fait de la suffisance de la candidature française. La plupart des installations n’existent que sur le papier, contrairement au dossier de Paris. Rien ne sera prêt à temps, ou à des surcoûts délirants. » Et de faire le parallèle avec les JO d’Athènes, qui ont durablement endetté la Grèce.



    Côté grands projets, la Grande-Bretagne n’en serait pas à son premier bide. Prenez le Dôme du Millénaire, une structure de 50 m de haut et 1 km de circonférence qui se voulait un divertissement culturel construit sur la rive sud de la Tamise. Bilan : 1,6 milliard d’euros d’investissement, et un échec commercial retentissant. Gerbeau peut vous en parler, il s’est coltiné la reconversion du Machin en salle de spectacle. Reconversion qui cumule encore les retards.

    Back to the JO 2012. Le 29 avril, le Sunday Telegraph révélait que le gouvernement a volontairement sous-estimé le montant de la facture des Jeux. Jack Lemley, ancien président de l’Olympic Delivery Authority (ODA) –chargée de l’organisation des JO– avait d’ailleurs démissionné fin 2006 pour protester contre ces méthodes.

    La fronde semble même monter en Angleterre. Y compris sur le logo retenu pour les JO, une étrange croûte rosâtre en quatre morceaux fièrement exhibée par Sebastian Coe, chef de file des JO de Londres. Verdict du Telegraph : « puéril, complètement raté d’un point de vue artistique (…) un scandale commercial ». « Affreux », opine le Conservateur Bob Neill. Le tout facturé 600 000 euros.

    Paris aurait-il fait mieux que ce minable pataquès ? Rien ne le dit. Les budgets sont systématiquement dépassés, ignorés qu’ils sont par un CIO corrompu. Voir à ce sujet les deux ouvrages du journaliste britannique Andrew Jennings, Les seigneurs des anneaux et La grande arnaque olympique. Et si la défaite de Paris fin 2005 n'était finalement pas une si mauvaise nouvelle ?



Publié dans Gros bides

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Game Theory 01/09/2008 11:11

Pas faux, Botica. Sauf que lesdites entreprises privées se retrouvent dans la panade avec la crise des subprimes. Le promoteur australien Lend Lease, en charge des travaux, ne sait pas comment il va arriver à boucler son budget. Il menace même de jeter l'éponge en décembre...

Botica 29/08/2008 19:59

Entièrement d'accord !
J'ai toujours été opposé à ce genre de grand projet, et j'ai été franchement soulagé que la France ne remporte pas le morceau.
Généralement, ce sont ceux qui hurlent le plus contre un état dépensier qui soutiennent à fond ce genre de projet (il faut investir dans l'image). Fils de pub !
Rien n'est trop beau pour la gloire et la fierté nationale. Que de hurlements dans les médias si "on " gagne une médaille ! La population peut cesser d'être productive, devant son téléviseur, ça n'est plus un problème... La fête nationale, ça va vous remonter le moral, vous booster la consommation !
Les britanniques ont gagné un cadeau empoisonné. Bien entendu, tout l'argent investi ne va pas s'évaporer, il va y avoir des chantiers (mais Londres n'est pas une ville dramatiquement sous équipée), il y aura des touristes au moment des Jeux. Mais en attendant, le contribuable de Sa Gracieuse Majesté va passer un moment douloureux... Bah, en cette période de fort ralentissement économique au Royaume-Uni, les ultra-libéraux eux-mêmes trouveront des vertus contracycliques à ces dépenses publiques. Les entreprises du bâtiment et de la communication s'en foutront plein les poches, et en plus elles apparaîtront citoyennes par les emplois créés pendant quelques mois ou années.
Enfin, citius, altius, fortius, ça n'a pas de prix, paraît-il...