Free dans le mobile : vas-y Xavier, c'est bon...

Publié le par GameTheory




00F8000000088035.jpg    Au départ, c'est une de ces décisions obscures seulement auscultées par les juristes à barbiche : un avis favorable du
Conseil d’Etat concernant l'étalement du paiement de la 4ème licence mobile 3G. Pas plus sexy qu'Eric Woerth en pantacourt, me diront mes chers lecteurs. J'opine. Mais dans un petit monde du mobile où on ne s'entend pas seulement avec les oreilles, c'est un sacré coup de semonce pour les trois compères Orange, SFR et Bouygues. Et une excellente nouvelle pour Free et son fondateur Xavier Niel.

    Concrètement, cette décision ouvre la voie à Iliad, la maison-mère de Free, qui avait justement fait de cet étalement des 619 millions d'euros de redevance une condition à sa candidature. L'autre conséquence, c'est que le gouvernement dispose désormais d'un argument juridique en béton armé à opposer aux trois opérateurs mobiles en place, qui le tannent depuis des mois pour qu'il refuse l'entrée du trublion dans leur petit oligopole ultra-rentable.

    Leur argument : eux n'ont pas eu droit à cet étalement, ils ne voient donc pas pourquoi un quatrième larron pourrait en profiter. Le message est sagement transmis aux députés et au gouvernement par les courroies de transmission habituelles des cadors du mobile au sein du Parlement. Attention, je balance : les sénateurs Bruno Sido et Pierre Hérisson, et surtout le député Patrick Ollier, lobbyiste si acharné qu'on se demande bien qui il défend le plus : les opérateurs ou ses électeurs.


    L'argumentation des trois gros peut paraître recevable. Sauf que depuis 2001 et le premier appel d'offre, le marché du mobile est devenu mature, avec 87% de pénétration, ce qui crée une énorme barrière d'entrée pour un hypothétique nouvel entrant. Et que les trois compères en profitent, peu menacés qu'ils sont par les 4% cumulés des nouveaux opérateurs dits MVNO (Virgin Mobile, NRJ, Télé2...). Pris la main dans le sac en train de s'entendre sur les prix et les parts de marché en 2005, on ne peut pas dire que la situation ait sensiblement évolué. Free, dont la réputation d'agressivité tarifaire n'est pas à démontrer, représente donc une alternative crédible à ces mammouths qui se sont un peu endormis sur leur confortable matelas de pognasse.

    Alors, qu'attend Sarko pour autoriser l'entrée de Free sur le marché ? Notre ami à talons compensés se retrouve face à un vrai dilemme : autoriser Free à entrer dans le secteur du mobile, c'est donner au petit peuple le sentiment d'un gain de pouvoir d'achat à peu de frais, l'Etat empochant même 619 millions sur quelques années. Mais c'est aussi flinguer les jolies marges d'Orange, dont l'Etat reste actionnaire. Le PDG Didier Lombard et ses ouailles grisonnantes ne se privent d'ailleurs pas d'évoquer l'hypothèse de délocalisations de centres d'appels, voire de labos de R&D, en cas de chute brutale des marges. Une idée comme ça, bien sûr...

    En bon français, on appelle ça du chantage. Mais Xavier Niel a aussi ses alliés objectifs : l'influente UFC Que Choisir, militante de longue date de la cause d'un quatrième opérateur mobile, mais aussi quelques MVNO, ces opérateurs qui sous-louent les réseaux des trois gros pour proposer leurs propres offres, qui verraient d'un bon oeil l'arrivée d'un quatrième larron pour négocier à la baisse leurs prix de gros.


    Et l'ami Niel lui-même est en train de mouiller la chemise pour arracher ce fameux décret libérateur. Allant jusqu'à figurer dans la délégation de Sarko au sommet franco-italien de Nice l'année dernière. Il ne faut pas chercher plus loin la discrétion de Free en ce moment : Niel cherche à se rendre fréquentable, quitte à se faire un peu violence et à y aller mollo sur la provoc pendant quelques mois...


    Pour l'issue de cette guerre de tranchées, les paris sont ouverts. Je donne Free gagnant. Et vous ?

 

 

 

 

 

Publié dans Grands fauves

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Olive17 26/10/2009 22:33


Tiens, j'ai l'impression que cette note était prémonitoire. Réponse jeudi.