Microsoft-Yahoo, le bal des faux culs

Publié le par GameTheory



microsoft_yahoo_070724_ms.jpg    La Silicon Valley a ses religions. Ses snobismes, aussi, repris avec candeur par le grand chœur des internautes révoltés. C’est entendu, amis  boutonneux, Microsoft est le Mal incarné. Yahoo ? Un honnête pionnier, un loser sympathique et dépassé. Quant au mariage des deux, proposé vendredi par Microsoft avec force dollars sonnants et trébuchants, c’est forcément un «combat d’arrière garde», selon l’éminent correspondant du Figaro. Pire, un risque pour la démocratie numérique, disent les plus acharnés. Qui brandissent la menace suprême : si Microsoft rachète Yahoo, je vais chez Gmail. Le feu de la révolte, version Jean Roucas.

    Allons donc. Quand Microsoft domine sans partage le monde des logiciels et des systèmes d’exploitation, c’est un horrible monstre yankee en abus de position dominante, le groupe à abattre, le géant sûr de lui qui menace les libertés publiques. Mais quand c'est Google qui écrase la concurrence sur la recherche en ligne et la pub online, c’est une success story fabuleuse, un modèle de créativité, la référence ultime.

    Eh bien, disons-le tout net : au même titre que je trouve sain que Google ou le monde des logiciels libres se mettent à concurrencer Microsoft sur les suites logicielles, je n’ai rien contre l’alliance des numéro deux et trois de la pub online pour botter le fondement à un numéro un ultra-dominant. D’autant que leur part de marché cumulée n’atteindrait que 16% dans la recherche en ligne, principale pourvoyeuse de pub.

    Google, c’est le Microsoft du Net, comme Apple est le Microsoft de la musique numérique. Arrogant, écrasant, étouffant, d’autant plus sûr de lui que tout le monde gobe ses légendes sans moufter. J’ai été une fois chez Google France, avenue de l’Opéra à Paris. Jamais vu une boîte aussi chiante. A commencer par un patron tellement langue de bois qu’on se croirait chez Valéo, Mats Carduner. Normal : les filiales ne sont rien d’autres que des bureaux locaux de vente de liens sponsorisés, mises sous pression par le siège. Des petits vendeurs de pub collés à leurs tableurs, là où on voudrait voir des créatifs en ébullition.

    Les idées qui remontent de la base ? Légende. L’ambiance fun ? Un babyfoot et des poufs de couleurs, pour masquer le fait que tout le monde se fait royalement chier. Quant au mantra local des 20%-du-temps-de-travail-consacré-à-des-projets-personnels, on se demande bien à quoi elle aboutit vraiment. Google Earth ? Vous vous en servez pour autre chose que voir le toit de votre barraque, vous ? Ça rapporte combien à la boîte ? Et Gmail, l’interface la plus hideuse de toutes les boîtes mail, qui ne vaut que par sa capacité de stockage ? Son super service de messagerie instantanée que personne n’utilise ? La recherche de livres, dont on n'entend plus parler depuis la levée de boucliers de certains observateurs ? Google Vidéos, qui marchait tellement bien qu’ils ont dû racheter Youtube ?

    Faudrait penser à atterrir. Google, aujourd’hui, vit sur une invention : les liens sponsorisés. Même pas la sienne, c’est Overture qui avait inventé le concept, avant de se faire bouffer par Yahoo. C’est très bien, c’est très rentable, c’est une belle réussite. Mais ça ne dispense pas d’un peu de recul sur le groupe de Moutain View. OK pour allumer Microsoft à boulets rouges quand il rachète Yahoo, l'acquisition a ses risques et ses détracteurs. Mais gardons-un peu de bile pour le numéro un, qui doit bien rigoler dans son coin.








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