Droits du foot : Orange fout le boxon

Publié le par GameTheory




20070808footteleinside.jpg    Ah, il est content de lui, l’ami Didier Lombard. Il se gausse. Il ricane sec. «Je suis dans une période très ludique», assurait-il même hier dans les colonnes du JDD. Après avoir répété pendant des mois qu’il se contenterait des droits de diffusion sur mobiles de la ligue 1 de football, le président de France Télécom n’exclut plus d’enchérir sur les lots dits «premium». Autrement dit, la diffusion en direct, à la télé, des matches décalés du samedi ou du dimanche, de loin les plus prisés du public. Et ceux pour lesquels Canal+, diffuseur exclusif de la Ligue 1 pour 600 millions d’euros par an, est prêt à casser son portefeuille. Bref, c'est la guerre.

    Lombard fait mine de la jouer profil bas, assurant qu’Orange est comme «quelqu'un qui entre dans un casino de Las Vegas avec un billet de 10 dollars». N’empêche. Les ambitions affichées de l’opérateur arrangent bien les affaires de la Ligue de football professionnel (LFP), qui gère les droits télé du foot. Son moustachu patron, Frédéric Thiriez, butait jusque là sur un gros problème :  le spectacle offert par le foot français oscillant entre le risible et le franchement pathétique, Canal rechignait à remettre sur la table des centaines de millions d’euros pour des audiences en baisse chronique depuis plusieurs années. Bertrand Méheut, le patron de Canal, assurait même à la presse que la chaîne cryptée était prête à renoncer à l’exclusivité pour se concentrer sur les lots les plus prestigieux.

    L’annonce d’Orange change la donne, en fournissant à la LFP un épouvantail idéal pour obliger Canal à faire monter les enchères. Les autres concurrents, de Direct 8 à M6 en passant par France Télévisions, ne font clairement pas le poids. Ils postulent avant tout pour grapiller quelques lots secondaires, ou pour garder les droits qu’ils avaient miraculeusement conquis, comme le magazine du dimanche France 2 Foot, OVNI télévisuel qui est un peu au foot ce que Richard Clayderman est à la musique classique.

    Là encore, la LFP l’a jouée fine : elle a amoureusement découpé l’appel d’offres en douze lots, en répartissant soigneusement les droits les plus recherchés (matches du dimanche, résumé des rencontres les samedi soir) dans des lots différents, pour obliger les chaînes intéressées à enchérir sur plusieurs terrains, et donc à dépenser plus. Un peu comme Charles Pasqua avait redécoupé les circonscriptions en 1986 en noyant les bastions gauchistes, de façon à assurer à la droite une bonne moisson de députés RPR.

    Mais l’issue de l’appel d’offres dépend avant tout de celle du duel Canal-Orange. Si duel il y a. Car beaucoup d’observateurs assurent qu’Orange est en train de bluffer. Que même si l’opérateur aurait les moyens de lâcher un gros chèque, vu sa trésorerie, il a d’autres priorités, notamment le coûteux et complexe déploiement de la fibre optique. Sans compter que le traitement du foot à la télé demande une expertise et des moyens difficiles à mettre en œuvre en aussi peu de temps : création de chaînes dédiées, recrutement de journalistes, consultants, prestataires techniques. Et qu’il faut beaucoup de temps pour rentabiliser l’investissement, le recrutement d’abonnés se faisant peu à peu, sur plusieurs années.

    Bref, l’ami Lombard n’a peut-être qu’une paire de deux face à la quinte flush de Canal. Mais le poker a ses raisons que la raison ignore. Comme les affiches Lorient-Valenciennes.


Publié dans Grands fauves

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