Nespresso, passeport pour la classe

Publié le par GameTheory

   
   



nespresso7.jpg    C’était longtemps avant George Clooney. Très longtemps. Nespresso était une machine moche, cubique, qui faisait un café dégueulasse et générait des ventes qui ne l’étaient pas moins. Nestlé songe à fermer la filiale, mais tente un dernier pari, en nommant un nouveau patron. Jean-Paul Gaillard. Un ancien de chez Marlboro, où il avait créé la ligne de vêtements Marlboro Classics, un business super rentable et une formidable vitrine pour contourner l’interdiction de faire de la pub.

    Ami lecteur, nous sommes en 1991, et Gaillard a une intuition : le salut de Nespresso réside dans la montée en gamme. Bref, vendre plus cher un produit mieux pensé, sinon meilleur. Gaillard y met le paquet : boutiques luxueuses dédiées, magazine sur papier glacé pour les membres du Club, machines redessinées, pubs super classe. Plus de quinze ans plus tard, Nespresso est le diamant brut de Nestlé, avec une croissance de 30% par an.

    Que s’est-il passé, ami lecteur ? Simple : Nespresso est arrivé à persuader ses clients qu’il sont des types classieux. Des esthètes du petit noir. Les membres d’un aréopage de connaisseurs, reconnaissables à leur petite valise de capsules à 31 centimes d’euros pièce –dix fois le prix du café moulu- sur lesquelles ils laissent négligemment traîner leur doigt, avant de choisir un Arpeggio (force 9), parce que, bordel, on n’est pas des gonzesses. S’il a vraiment les cannes ce jour-là, le cador pourra même s’offrir un Ristretto, force 10. Laissant à Bobonne le ridicule Cosi, force 3.

    Oui, les fans de Nespresso sont des types classieux. Pas du genre à acheter ses dosettes au Shopi du coin. De toutes façon, elles n'y sont pas. Non, le caféologue classieux met ses Geox en nubuck, se rend dans une des boutiques classieuses de Nespresso, fait les trois heures de queue classieuse pour y entrer. Puis le vendeur –classieux, il va sans dire- tire, d’un geste ample autant que cérémonial, le tube de capsules colorées de son choix, tandis que le caféologue classieux réprime un léger filet de bave. Les Parisiens de mes chers lecteurs pourront se rendre à la boutique Nespresso de la rue Scribe, juste derrière l’Opéra Garnier. Le spectacle du week-end vaut son pesant de picholines (1).

    Sitôt rentrés chez eux, les classieux peuvent encore s’inscrire à l’un des quarante groupes dédiés à Nespresso sur le site Facebook. Et se foutre de la gueule des clients de Senseo (Philips) ou Tassimo (Braun), les mauvaises copies vendues – sacrilège - en grande distribution. Les Nespresso du pauvre, quoi. Les nases, les ploucs, les rustres. Sur le Net, la bataille fait rage entre pro et anti Nespresso, parfois un peu sur le mode hystérique, déjà évoqué ici, des luttes entre anti et pro-Apple. Sibylle Vincendon a écrit là dessus un des ces papiers qui justifient à eux seuls d’acheter Libé.

    Les vrais connaisseurs, dit-on, ne jurent que par la vraie machine à expresso. Peu importe. Il rigoleront quand même devant la parodie d'une des dernières pubs Nespresso juste au dessous de ma prose. Je vous laisse, ma Rowenta à filtre m'appelle.


 



    (1) Variété d’olive la plus répandue en France. Rien à voir avec l’Aglandaou, la Tanche et la Glossanne.


Publié dans Up and down

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La Page 14/12/2007 09:31

Un article intéressant du Monde qui recoupe ce que tu dis. On y apprend notamment que le grand Clooney ne veut pas prêter son image pour la campagne américaine !


http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-989295,0.html

La page 30/11/2007 21:16

Article (et liens) classieux.