EADS, En Avant Dans le Sordide

Publié le par GameTheory







EADS.jpgLes cadavres dans les placards d'EADS, c'est comme le Paic Citron : quand y'en a plus, y'en a encore. Le groupe européen avait réussi à clarifier son organisation, se doter d'un patron compétent et rassembleur, Louis Gallois, relancer les ventes d'Airbus, s'employait à faire taire les querelles picrocholines franco-allemandes au sein de l'état-major. Et voilà qu'une nouvelle affaire se fait jour. Et elle sent autrement plus mauvais que le liquide vaisselle qui fait grincer les assiettes.

Résumons : EADS est au coeur d'une gigantesque affaire de délit d'initiés, mise à jour par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF). En clair, 1200 personnes physiques et morales, actionnaires, cadres, financiers, auraient vendu leurs titres sur la foi d'informations non transmises au public, les retards dans le développement de l'A380. Avec un gros pigeon : la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) sorte de bras armé financier de l'Etat, qui rachète des titres EADS au groupe Lagardère au plus haut de leur cours, juste avant l'effondrement de l'action. Etonnante décision : l'Agence pour les participations de l’État (APE), un des services de la Direction du Trésor, avait exprimé dans une note de décembre 2005 sa conviction que l’action EADS était à un plus haut et risquait de plonger : le cours"atteint actuellement ses plus hauts niveaux historiques", avec"la perspective d'un retournement de cycle anticipé à partir de 2008/2009". Résultat : "d'un point de vue patrimonial, il paraît dans ces conditions opportun d'envisager – comme semblent le faire les autres actionnaires de référence– une réduction de l'exposition de l'Etat au titre EADS".

Petite précision: à l'époque, Nicolas Sarkozy vient de revenir à l'Intérieur, après quelques mois à Bercy au ministère des Finances. Et, croyez-le ou pas, il n'est au courant de rien. Précision terminée.

D'où LA question : pourquoi acheter des titres dont on sait qu'ils n'ont quasiment aucune potentiel de hausse et des gros risques de moins-value ? Plusieurs réponses sont possibles. Version cynique : l'Etat, et donc la CDC, sont des investisseurs incompétents, qui n'ont rien vu, rien senti, rien compris. Pas très convaincant : la CDC est un organisme bien géré, Francis Mayer, son DG décédé l'année dernière d'un cancer, n'avait rien du béotien en investissements. Version Bisounours : la CDC pensait que les problèmes d'EADS pouvaient être résolus sans encombre, et que sa prise de participation était un signe de confiance apte à relancer la machine, voire à soutenir le cours de Bourse. Personne n'y croit.

Reste la version qui gêne : la CDC aurait acheté les titres sur instruction de l'Etat, pour permettre une sortie sans encombre de Lagardère, dont on connaît les rapports privilégiés avec le plus haut niveau de l'Etat. Autrement dit, on applique le bon vieux principe du capitalisme à la française : "individualisation des profits, socialisation des pertes". On vend les sociétés d'autoroutes françaises, au moment où elles se muent en cash machines, à Vinci, Eiffage ou autres au mépris de toute logique économique, et la collectivité reprend les branches pourries au privé. L'amour du risque oui, mais les risques trop risqués, merci bien.

Rien n'est prouvé pour l'instant. Mais on est frappé par les versions contradictoires des acteurs du dossier. Lors de son audition devant les sénateurs, Thierry Breton, ministre de l'économie et des finances de l'époque, affirme que l'Etat n'a jamais demandé à la CDC de procéder à l'achat de titres EADS. Un procès verbal dévoilé par le Monde assure pourtant que l'"Etat a autorisé la Caisse des dépôts à procéder à cette acquisition". Faudrait savoir, Thierry.

Affaire à suivre...




 

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Diego 08/10/2007 17:06

Bien vu. Juste une question pour prolonger le débat : est-ce vraiment le rôle de l'Etat que de faire des investissements juteux en Bourse ? Autrement dit : doit-on reprocher aux fonctionnaires de Bercy d'avoir manqué de flair dans leurs investissements ? Ou faut-il plutôt mettre cette supposée erreur de jugement sur le compte d'un patriotisme industriel destiné à soutenir le cours - même artificiellement - de nos actifs stratégiques au moment où ceux-ci sont menacés en Bourse ? Merci de votre réponse

GameTheory 10/10/2007 12:49

Tout dépend de quoi on parle. S'il s'agit de prendre des parts de boîtes dont tout le monde sait, en toute transparence, qu'elles sont en difficulté, pas de problème : l'Etat avait sauvé Alstom en rachetant 20% de ses actions, il les a depuis revendues à Bouygues avec une confortable plus-value d'1,26 milliard d'euros. Preuve qu'on peut soutenir une enreprise tout en gagnant de l'argent. C'est d'ailleurs à peu près tout ce que Sarkozy avait fait de bien à Bercy. Comme quoi, le keynésianisme a encore de beaux restes.Mais si, comme ce semble être le cas vu les dernières infos du Canard Enchaîné, l'Etat se substitue, à travers la CDC,  à un groupe privé - en l'occurrence Lagardère- pour lui éviter d'y laisser des plumes, là  ça vire au scandale d'Etat. La CDC a perdu 191 millions d'euros dans l'histoire.