Lundi 8 octobre 2007 1 08 /10 /Oct /2007 17:21



  
  
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   Il fut un temps où le comble du chic pour un rappeur US, c’était de se faire trouer la peau
. Une bonne rafale d’arme automatique, si possible dans une grosse Benz, et c’était parti pour la gloire. Le plomb dans la cervelle permettait de mettre un pied dans la légende, juste avant de poser les deux dans la tombe. Le californien Tupac Shakur a été le premier à tester l’odeur du sapin de l’intérieur. Puis ce fut au tour de son bedonnant rival new-yorkais Notorious B.I.G., dans un cercueil un poil plus grand. On appelait ça le gansta rap, c’était totalement stupide vu le talent des bonshommes et la carrière qu'ils auraient pu poursuivre, mais bon, ça faisait rêver les gamins et donnait des idées aux futures mauvaises copies françaises.
   

   Epoque révolue. Dix ans après les faits, le rappeur US a changé. Foin de balles et d’uzi, il s’est fait grand mogol. Brasseur de pognasse. Patron de jeune pousse, voire de grosse boîte. Et il y en a un qui mériterait le prix d’honneur de Croissance Plus pour l’ensemble de son œuvre : Shawn Carter, aka Jay-Z, aka Jigga Nigga, mais faut être intime. Jay-Z, c’est l’histoire d’un ancien dealer de Brooklyn devenu un des poids lourds du rap US, avec plus de 33 millions de disques vendus. C’est surtout l’une des plus belles reconversions dans le business.

   De son bureau new-yorkais, Carter dirige un véritable empire : fondateur de la marque de streetwear RocaWear, qui affiche 700 millions de dollars de ventes annuelles et vient d’être vendue au groupe Iconix pour 200 millions (Jay-Z restant directeur de la création) ; patron des labels Def Jam et Roc-A-Fella (filiales d’Universal), deux des poids lourds des labels hip-hop US ; fondateur de la chaîne de bars 40/40 Club, des clubs qui retransmettent tous les matches de sports US dans des salons lounge du plus bel effet ; actionnaire de la franchise NBA des New Jersey Nets, qu’il ambitionne de faire revenir dans son “borough” natal de Brooklyn, dans un complexe conçu par le célèbre architecte américain Frank Gehry, un projet à 2,5 milliards de dollars.  On lui a même un temps prêté l'intention d'investir dans le club de foot anglais d'Arsenal. Plus de nouvelles du projet pour l'instant.

   HP, le leader mondial de l’informatique, a senti le bon filon, embauchant le bonhomme comme ambassadeur dans sa dernière campagne de pub «Personal again» –très réussie. Le salaire versé par la boîte permettra de compléter la jolie fortune du rappeur businessman, estimée à 547 millions de dollars par le magazine Forbes.

   Newsweek s'est déjà fendu d'un bon article sur le phénomène. La prochaine étape, c’est de poser le pouce levé en une d’un magazine économique français.

   Mais peut-on vraiment souhaiter ça à Carter ?



Par GameTheory - Publié dans : Grands fauves
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Dimanche 7 octobre 2007 7 07 /10 /Oct /2007 12:16






EADS.jpg Les cadavres dans les placards d'EADS, c'est comme le Paic Citron : quand y'en a plus, y'en a encore. Le groupe européen avait réussi à clarifier son organisation, se doter d'un patron compétent et rassembleur, Louis Gallois, relancer les ventes d'Airbus, s'employait à faire taire les querelles picrocholines franco-allemandes au sein de l'état-major. Et voilà qu'une nouvelle affaire se fait jour. Et elle sent autrement plus mauvais que le liquide vaisselle qui fait grincer les assiettes.

Résumons : EADS est au coeur d'une gigantesque affaire de délit d'initiés, mise à jour par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF). En clair, 1200 personnes physiques et morales, actionnaires, cadres, financiers, auraient vendu leurs titres sur la foi d'informations non transmises au public, les retards dans le développement de l'A380. Avec un gros pigeon : la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) sorte de bras armé financier de l'Etat, qui rachète des titres EADS au groupe Lagardère au plus haut de leur cours, juste avant l'effondrement de l'action. Etonnante décision : l'Agence pour les participations de l’État (APE), un des services de la Direction du Trésor, avait exprimé dans une note de décembre 2005 sa conviction que l’action EADS était à un plus haut et risquait de plonger : le cours"atteint actuellement ses plus hauts niveaux historiques", avec"la perspective d'un retournement de cycle anticipé à partir de 2008/2009". Résultat : "d'un point de vue patrimonial, il paraît dans ces conditions opportun d'envisager – comme semblent le faire les autres actionnaires de référence– une réduction de l'exposition de l'Etat au titre EADS".

Petite précision: à l'époque, Nicolas Sarkozy vient de revenir à l'Intérieur, après quelques mois à Bercy au ministère des Finances. Et, croyez-le ou pas, il n'est au courant de rien. Précision terminée.

D'où LA question : pourquoi acheter des titres dont on sait qu'ils n'ont quasiment aucune potentiel de hausse et des gros risques de moins-value ? Plusieurs réponses sont possibles. Version cynique : l'Etat, et donc la CDC, sont des investisseurs incompétents, qui n'ont rien vu, rien senti, rien compris. Pas très convaincant : la CDC est un organisme bien géré, Francis Mayer, son DG décédé l'année dernière d'un cancer, n'avait rien du béotien en investissements. Version Bisounours : la CDC pensait que les problèmes d'EADS pouvaient être résolus sans encombre, et que sa prise de participation était un signe de confiance apte à relancer la machine, voire à soutenir le cours de Bourse. Personne n'y croit.

Reste la version qui gêne : la CDC aurait acheté les titres sur instruction de l'Etat, pour permettre une sortie sans encombre de Lagardère, dont on connaît les rapports privilégiés avec le plus haut niveau de l'Etat. Autrement dit, on applique le bon vieux principe du capitalisme à la française : "individualisation des profits, socialisation des pertes". On vend les sociétés d'autoroutes françaises, au moment où elles se muent en cash machines, à Vinci, Eiffage ou autres au mépris de toute logique économique, et la collectivité reprend les branches pourries au privé. L'amour du risque oui, mais les risques trop risqués, merci bien.

Rien n'est prouvé pour l'instant. Mais on est frappé par les versions contradictoires des acteurs du dossier. Lors de son audition devant les sénateurs, Thierry Breton, ministre de l'économie et des finances de l'époque, affirme que l'Etat n'a jamais demandé à la CDC de procéder à l'achat de titres EADS. Un procès verbal dévoilé par le Monde assure pourtant que l'"Etat a autorisé la Caisse des dépôts à procéder à cette acquisition". Faudrait savoir, Thierry.

Affaire à suivre...




 
Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /Oct /2007 19:21



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    Quand on commence un blog, il faut faire fort, m’a-t-on dit. Alors autant y aller à la truelle. Mettre une bonne pêche à une pomme qui a pris le melon. Alors je ne vais pas tourner autour du pot : Apple est une secte. Une vraie. Et je m'en vais vous expliquer pourquoi.

   Tout d'abord, une précision : je respecte la marque Apple. Une belle boîte, une histoire incroyable de retour au premier plan avec l'Ipod, des produits bien dessinés, intuitifs, souvent bien plus agréables à utiliser que ceux de la concurrence. L'ami Jobs est un type très doué, doublé d'un marketer incroyable, les pubs de la marque sont très fortes (merci TBWA), ses designers sont au top. Non, le problème d'Apple, c'est ses fans. Pardon, ses adeptes. Les salafistes du high tech. Les plus excités de toute la communauté informatique, qui souvent par rejet de l'archi-domination de Microsoft et consorts, ont plongé dans une dérive sectaire qui leur fait parfois péter un câble sur les forums.

    De la secte, Apple a tous les attributs : le grand gourou, Steve Jobs, dont chaque intervention est dégustée, analysée, soupesée, triturée par les spécialistes de l’herméneutique Apple. Le mythe fondateur : deux geeks d’Atari et d’HP dans un garage de Cupertino, qui révolutionnent l’informatique. Les adeptes, à l’acharnement inversement proportionnel à leur nombre. La paranoïa, notamment à l’endroit de journalistes, forcément pro-Windows et anti-Mac, et qui, décidément, ne comprennent jamais rien à rien. Le culte du secret, surtout : une communication archi-bétonnée, des attachées de presse (balançons, chez l’agence Rumeur Publique) dont on se demande à quoi elle servent puisqu’elles ne rappellent jamais ou sont injoignables, des cadres tellement terrorisés par la presse qu’on ne les voit jamais, ou presque. Même à Apple Expo la semaine dernière, toutes les interviews ont été annulées pour ne pas que les porte-paroles aient à évoquer l’âpre négociation avec Orange sur l’iPhone. Jolie leçon de transparence.

    Apple a longtemps eu l’image d’une entreprise différente. Par son souci du client. Par sa communication décalée. Par ce statut assumé de challenger et de poil à gratter qui en faisait une boîte sympathique, plus humaine, une alternative. Mais aujourd’hui, que voit-on ? Que lorsque la pomme est en position de force (l’iPod et ses 70% de parts de marché, notamment), elle fait pareil, voire pire que Microsoft. Vente liée, avec le couple Itunes-Ipod, aussi condamnable que la vente forcée de Windows avec les PC. Exigences délirantes vis à vis des partenaires : comme le raconte l’excellent papier de Gilles Fontaine dans Challenges, Apple exigeait d’Orange qu’il ne fasse aucune autre pub à Noël que pour l’Iphone. Vraiment très fort : Apple vient d'inventer le droit d'ingérence publicitaire.

   Mais le pire, c’est ce pied de nez terrible aux premiers clients de l’Iphone, avec la baisse de prix de 200 dollars après trois mois de commercialisation. Une bonne baffe dans les ratiches des «early-adopters» d’Apple, qui ont pourtant toujours été les VRP de la boîte et ses plus fervents partisans. La réponse de Jobs en conf de presse valait son pesant de cacahuètes : «C’est la technologie. Si vous avez acheté votre Iphone ce matin, retournez voir le vendeur et demandez un remboursement. Si vous l’avez acheté il y a un mois... Eh bien, c’est le genre de choses qui arrivent avec la technologie.» Le cynisme a quand même ses limites : Apple s’est finalement fendu d’un avoir de 100 dollars pour les floués. Quant au Européens, ils devront payer autour de 400 euros pour un Iphone, contre 283 aux Etats-Unis.

   Le respect du client selon Steve. Le même qui le fait transformer l'Apple Expo de Paris en un salon de l'accessoire iPod, avec un seul iPod Touch disponible et zéro iPhone. La France a un tort : son opérateur mobile leader, Orange, résiste à ce que les autres partenaires (AT&T, T-Mobile et O2, notamment) ont accepté : la rétrocession d'un tiers des revenues d'abonnement à Apple pour les utlisateurs de l'iPhone.
    
   Mais on ne critique pas le grand gourou. On ne résiste pas au grand maître à col roulé. Orange renâcle à accepter le business model retenu pour l’iIphone ? Psychodrame, comme avec Orange en ce moment même. Les négociations se durcissent, Orange refusant de se plier aux exigences de Jobs, au point que l’Iphone pourrait ne pas être en magasin pour Noël…  Le boss de France Télécom Didier Lombard confirme lors d'une visite au Vietnam un secret de polichinelle, l’exclu d’Orange sur l’Iphone en France ? Caca nerveux de Jobs, qui annule sa visite prévue à Paris.

   Entre nous, Apple est mal barré dans sa négo, car Lombard a dépêché du lourd à Cupertino. Louis-Pierre Wénès, son bras droit, une éminence grise qui n’est pas spécialement un modèle de diplomatie. Après avoir contribué au départ de toute une génération de quadras chez l'opérateur (Didier Quillot, Julien Billot, Frank Boulben, et dernièrement Jean-Noël Tronc), celui-là est bien capable de faire capoter le deal avec Apple, même si aucune des deux parties n'y aurait vraiment intérêt.
   
Allez, pour décrisper tout le monde, un sketch tordant de MadTV. Foutage de tronche d’Apple (un peu) et de la guerre de Bush en Irak (beaucoup). Je me gondole.





Par GameTheory - Publié dans : Up and down
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