Lundi 9 mai 1 09 /05 /Mai 15:21

          


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            Plop. Le glaive vengeur du Suédois à coupe de GI Joe peroxydé a encore frappé. Cette fois, c’est l’occiput de James McCann, le directeur exécutif France de Carrefour, qui a heurté le sol du siège social de Boulogne-Billancourt sous les coups du musculeux Lars Oloffson, le directeur général de Carrefour. Raison invoquée : manque de résultats. Le mot est faible : le numéro deux mondial de la distribution n’en finit plus de perdre des parts de marché face à Leclerc. Au premier trimestre 2011, les hypermarchés français du groupe ont vu le nombre de tickets de caisse reculer de 2,5 %, selon l'institut Nielsen, et Carrefour a perdu 0,5 point de part de marché sur la période. Même le « revampage » des magasins, avec plus de marques propres et des prix –théoriquement- plus bas, est un bide, très contesté d’ailleurs en interne : McCann s’était pris en pleine poire une grève historique le 7 avril dans 150 des 230 hypers français.

 

             Echec du management ? Ce serait trop simple. Depuis quatre ans, les dirigeants passent, les plans se succèdent, Oloffson martèle ses certitudes derrière un sourire Colgate impeccable, mais rien n’y fait : Carrefour continue de s’enfoncer. Et cela sans que personne, ou presque, ne pose la véritable question : le rôle des deux actionnaires de référence, le fonds américain Colony Capital, dirigé en Europe par Sébastien Bazin, et le groupe Arnault, holding du patron du groupe de luxe LVMH Bernard Arnault, qui cumulent 14% du capital de Carrefour et plus de 20% des droits de vote. Deux gros bras dont l’obsession de rentabilité à court terme n’en finit plus de démembrer un des fleurons français de la distribution.

 

Retour en mars 2007. Bazin et Nanard sont bien contents de leur coup : un raid boursier éclair leur a permis, avec moult recours à l’endettement, de prendre le contrôle de fait du premier distributeur européen avec seulement 14% du capital. Le plan est clair comme de l’eau de roche : se payer sur la bête, en revendant le gigantesque parc immobilier du deuxième distributeur mondial. D’où un double avantage : on se rémunère en dividende grâce au produit des cessions. Et on profite de l’augmentation du cours de l’action, les investisseurs bavant devant le dividende tel un chien de Pavlov, pour revendre sa participation avec une coquette plus-value.

 

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Bazin est un redoutable récidiviste du désossement : il avait démembré de la sorte la chaîne de restaurants Buffalo Grill. Puis racheté le PSG pour avoir le Parc des Princes en dot, pari qui s’est révélé un gouffre financier insoluble (100 millions d’euros investis depuis six ans), et un actif difficilement revendable, excepté peut-être à une poignée de cheikhs à keffiehs inconscients. Il était enfin entré au capital du groupe hôtelier Accor, qu’il a également délesté de tout son actif immobilier, avant de le démembrer en deux entités cotées (Accor et Edenred, spécialiste des chèques service type CESU ou Tickets Restaurant). La justification ? Aucune, sinon, une logique purement financière d’optimisation des valorisations boursières. Dans la Lettre A du 25 février, un gros bras du CAC résumait l’agacement de l’establishment vis-à vis du bonhomme : « Qui est-il pour détruire ainsi des entreprises ? La gestion financière à court terme a fait suffisamment de dégâts. Il faut vraiment l'empêcher de nuire. »

 

Chez Carrefour, Bazin réussit pourtant un coup de maître : embarquer Dieu le père, aka Bernard Arnault soi-même, dans son raid boursier. Oui, le légendaire Nanard, l’idole de la presse économique, l’« empereur du luxe », tout-puissant patron de LVMH, assaillant de Hermès, conquérant de Bulgari, indéfectible mélomane doublé d’un redoutable philanthrope. Le problème, c’est que ce bon Nanard, premier actionnaire avec près de 12% du capital, est manifestement plus à l’aise pour vendre du sac Vuitton aux rombières pékinoises que des Special K à la grosse Brigitte de Gif-sur-Yvette. Dans l’affaire Carrefour, il paie cash sa confiance à Bazin, avec une moins-value potentielle dont il est peu coutumier : l’action est à 30,7 euros, quand les deux compères avaient acheté leur participation quand le cours était à 53 euros. Les savants calculs de Sobiz, inspirés des dernières avancées des prix Nobel de mathématiques, aboutissent à une moins-value de 2,1 milliards d’euros environ pour les deux actionnaires.

 

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Intolérable pour Nanard et Seb.  Qui fomentent un plan de secours redoutable : vendre les derniers bijoux de famille pour se refaire une santé financière. Un, en mettant sur le marché 25% de la foncière du groupe, Carrefour Property, propriétaire des murs des hypers que le groupe n’a pu vendre. Deux, en vendant sa filiale de hard-discount Dia –lumineux, c’est grosso modo le seul marché en croissance. Ces deux cessions auraient permis un méga-dividende aux actionnaires, qui seraient du coup rentrés dans leurs frais. CQFD.

 

Manque de bol, la ficelle est un peu grosse. Surtout aux yeux du fonds activiste Knight Vinke, propriétaire d’1% du capital, maître ès coups pourris en Bourse, à qui on ne la fait pas. Le fonds, peu convaincu par la pesudo-stratégie du duo, entame un road-show pour dégommer l’idée des deux compères auprès du gratin des marchés financiers. Un actionnaire familial suit, les associations de défense des actionnaires type Deminor aussi, les salariés actionnaires également, la menace gronde. Carrefour renonce finalement à la vente de Carrefour Property. Au moins pour l’instant.

 

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Quel bilan des formidables actionnaires de Carrefour, après quatre ans de présence au capital ? Edifiant. Quatre avertissements sur résultats.  Une démission retentissante au conseil d’administration, l’ex-boss de PSA Jean-Martin Folz, en désaccord avec la stratégie du groupe. Un directeur exécutif Europe, Vicente Trius, parti après moins d’un an de mandat. Une grève historique qui a bloqué les deux tiers des magasins du groupe en avril. Un franchisé, Coop Atlantique (7 hypermarchés, 31 supermarchés) qui quitte Carrefour pour rejoindre le concurrent Système U dès 2012. Et une cotation probable à Madrid, avant désengagement total, de la filiale hard-discount Dia, seul secteur qui pourrait apporter de la croissance à terme au groupe.

 

Le cabinet d’analyse financière OFG résume les dégâts à sa manière : «Entre [les] rachats d'actions et la scission du groupe, ce sont près de 3,6 milliards d'euros qui ont été ou qui vont être subtilisés à l'entreprise, au bénéfice des actionnaires. Or Carrefour ne souffre pas d'un excès de capital, mais d'une rentabilité insuffisante de celui-ci. » Carrefour est surtout un cas d’école : celui des dégâts que peuvent faire un fonds prédateur sans foi ni loi (Colony), et un nabab du luxe en recherche de liquidités fraîches pour faire face à ses engagements de dette (Arnault). Plutôt que de décapiter tout le management, la vraie urgence chez Carrefour, est de virer ces deux-là.

 


Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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Mardi 21 décembre 2 21 /12 /Déc 19:46

 

 

         http://www.phototheque.net/CHINE/1153-Shanghai.jpgAinsi donc, l’affaire serait entendue. La Chine n’aurait de destin possible qu’une domination économique planétaire aussi totale qu’implacable. Le péril jaune, version business : 1,3 milliards d’habitants avides de dépecer l’emploi de gentils Occidentaux. Plus de 2648 milliards de dollars de réserves de change à fin septembre. Un titre de champion mondial de l’export acquis de haute lutte face à l’Allemagne fin 2009. La France ? Hors-jeu, plombée par les vilaines 35 heures, siphonnée par le méchant Etat-providence, et emportée dans un déclin aussi inexorable qu’une bonne courante après un ravioli chinois de la porte d’Ivry. Quant aux Etats-Unis, il ne leur resterait que quelques années avant d’être terrassés à leur tour par l’ogre jaune, premier créditeur du pays (850 milliards de dollars de bons du Trésor).

 

La suite ? Une histoire écrite d’avance. Après le textile, le high-tech ou la sidérurgie, les derniers bastions de l’industrie occidentale seraient en voie de tomber, eux aussi, du côté bridé de la force : l’automobile, l’énergie, l’aéronautique, l’espace, la défense. Et les Cassandre de dresser la liste des prochaines victimes : Renault, PSA, Fiat ou Volkswagen éjectés par les Chery, Dongfeng, Geely ou SAIC ; la fusée Ariane 5, dézinguée par le lanceur chinois Longue Marche ; l’A320, le moyen-courrier d’Airbus, flingué par le futur C919 chinois ; ou le réacteur nucléaire EPR d’Areva, achevé par la concurrence low-cost des Shanghai Electric ou Harbin Electric.

 

Joli film catastrophe. Du bon scénario hollywoodien, bien manichéen, débité à l’envi sur toutes les antennes de France et de Navarre pour effrayer le péquin et lui extorquer, si possible, quelques RTT et sacrifices salariaux. La réalité est, comme souvent, un brin plus complexe. D’abord parce que la situation macroéconomique de la Chine est plus fragile qu’il n’y paraît : le pays traverse actuellement une vague d’inflation qui effraie jusqu’aux cacochymes du politburo. Le chiffre officiel de 5,1% masque des augmentations de prix de 60% en un an de certaines denrées alimentaires (ail, gingembre). En novembre, le montant total des crédits accordés depuis le début de l'année atteignait  841 milliards d’euros, quand Pékin avait fixé un plafond de 848 milliards pour l'ensemble de 2010.

 

 

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Côté immobilier, c’est encore pire. L’Académie des sciences sociales, basée à Pékin, a calculé qu'un tiers des grandes villes chinoises propose des appartements 30% à 50% plus cher que leur valeur réelle, avec des pointes à 70% à Fuzhou (1530 euros le mètre carré au lieu de 455 euros), ce qui exclut 85% de la population d’un éventuel investissement immobilier. L’inflation de l’immobilier devrait encore atteindre 15% en 2010, un chiffre bien supérieur à une hausse des salaires pourtant conséquente (13,1% en 2007, 11,7% en 2008 et 12,8% en 2009, selon l’OIT).

 

Les salaires, c’est l’autre indicateur qui effraie Pékin. Si la Chine peut toujours compter sur l’afflux massif e migrants des campagnes venant travailler dans les usines citadines pour des salaires de misère, les bugs du système commencent à se multiplier. Les grèves de l’été 2010, d’abord, chez Honda, Foxconn, ou Brother, qui avait abouti à des hausses de salaires allant jusqu’à 70%. Des pénuries criantes de main d’œuvres, ensuite, constatées à partir de février 2010 dans les provinces côtières, notamment dans le Guangdong, qui devraient s’aggraver dès 2015 du fait des conséquences de la politique de l’enfant unique. Des dérapages de compétitivité, enfin, dans des secteurs comme le textile ou le jouet, les hausses de salaires se répercutant directement dans les prix finaux. « Les patrons qui investissent aujourd’hui en Chine pour faire du low-cost se fourrent le doigt dans l’œil, assure un patron d’usine chinoise d’un groupe du CAC. Dans quelques années, les salaires auront doublé, tout le monde repartira gentiment au Vietnam, au Bangladesh ou en Malaisie. »

 

 

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L’autre problème du Made in China, c’est une qualité qui pose toujours question. Dans l’automobile, les constructeurs chinois restent toujours à la porte du marché européen, avant tout à cause de leurs piètres performances en termes de sécurité. La berline Brillance BS6, censée incarner le haut de gamme chinois en Allemagne, avait beaucoup fait parler d'elle en 2007, suite à son résultat baroque aux crash-tests de l'organisme allemand ADAC : une structure totalement démembrée par le choc, et les passagers avec. Trois ans plus tard, le retard chinois reste énorme : le Landwind CV9, monospace commercialisé aux Pays-Bas, n’a obtenu que deux étoiles au crash-test d’EuroNCAP en novembre dernier, contre cinq, la note maximale, à toutes les autres voitures testées.

 

L’aéronautique ? Pas mieux. Le jet régional ARJ-21, pourtant clairement pompé sur le vieux MD-90 de feu McDonnell Douglas, a toutes les peines du monde à passer le stade des essais en vol, après trois ans de retard de développement. Trop lourd, mal désigné, logiciels embarqués déficients, bref, un bide à peine masqué par les commandes de complaisance de compagnies chinoises contraintes par le pouvoir (Shanghai Airlines, Xamen Airlines), d’une compagnie d’un Etat satellite (Lao Airlines, du Laos), et un d’un loueur suce-boules américain, Gecas… qui les louera de toute façon à des Chinois. Le futur moyen-courrier C919, censé concurrencer les A320 et B737 dès 2016, semble parti sur des bases comparables, les 100 commandes annoncées en novembre émanant de compagnies chinois et du même Gecas.

 

 

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Il n’est pas question ici de contester la folle croissance chinoise, encore moins la nécessité pour le pays de se développer, mais de regarder ce qui se cache derrière les chiffres. Même ceux, sidérants, du commerce extérieur chinois sont à prendre avec des pincettes – des baguettes, plutôt. Prenez l’iPhone d'Apple, objet d’une religion quasi chamaniste dont ce blog avait fait état dans son tout premier post. L’appareil, selon les chiffres officiels, a creusé à lui seul le déficit commercial américain avec la Chine de 1,9 milliard de dollars en 2009, soit 0,8% dudit déficit. Conclusion premier degré : ces enfoirés de jaunes prennent le pain de la bouche aux bons Ricains à bidoche.

 

Erreur, répondent Yuqing Xing et Neal Detert, de l’université japonaise GRIPS, sorte de Sciences-Po de Tokyo : en examinant la chaîne internationale d'approvisionnement et en calculant la valeur ajoutée de chaque pays, les deux économistes ont calculé que sur un prix de gros de 178,96 dollars facturé par l'usine Foxconn (le sous-traitant d’Apple), la contribution chinoise est de 6,5 dollars seulement contre 59,25$ pour la japonaise (mémoires et écran Toshiba), 28,85 dollars pour l'allemande (modules Infineon) et 22,96 dollars pour la sud-coréenne (processeur et SDRAM Samsung). « Si les exportations d’iPhone de la Chine étaient calculées sur la base de la valeur ajoutée des travailleurs chinois, la valeur des appareils exportés par la Chine aux Etats-Unis ne serait que de 73,5 millions d’euros », expliquent les auteurs. Et non de 1,9 milliard. CQFD.

 

 

 

 

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Les deux économistes vont encore plus loin : ils démontrent, dans le cas de l’iPhone, qu’il serait tout à fait concevable de produire lesdits appareils sur le sol américain sans qu’Apple perde son statut de vache à lait pour les actionnaires. Même avec les salaires dix fois plus élevés d’ouvriers américains, les coûts de fabrication passeraient de 179 à 240 dollars (chiffre  déjà inférieur au coût de production de l’appareil en Chine en 2007), ce qui, pour un prix catalogue de 500 dollars en magasin, laisserait encore 50% de marge à la firme de Cupertino au lieu des 64% actuels. Et permettrait au déficit commercial américain de 1,9 milliard de dollars face à la Chine de se transformer en un excédent de 5,7 milliards face au reste du monde, grâce aux 11,4 millions de ventes d’iPhone hors-Etats-Unis en 2009…


Le calcul montre toute l’aberration de cette tendance, mode, exigence actionnariale – rayer la mention inutile- qui conduit les industriels occidentaux à s’engager dans le made in China à outrance avec un grégarisme aussi stupide que contreproductif. Selon le ponte d’un grand cabinet de consultants en stratégie (il y en a trois ou quatre, à vous de deviner), seuls 20% des filiales chinoises de groupes français seraient rentables. Airbus reconnaît que les A320 assemblés dans son usine de Tianjin coûtent plus cher en production que ceux produits à Toulouse ou Hambourg. Smoby relocalise dans le Jura la production de ses gros jouets, ce qui lui coûte moins cher. Adidas a entamé mi-2008 un retrait en douceur de sa production en Chine, direction l’Inde, le Laos, le Cambodge et le Vietnam, en commençant par les chaussures.

 

 

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La Chine va-t-elle pour autant s’effondrer ? Il y a là un pas que SoBiz, dans sa grande mansuétude, s’abstiendra de franchir. Quoique : même du côté des financiers à cigare, l’hypothèse se fait jour d’une fin anticipée du rêve chinois de toute puissance. Corriente Advisors, un hedge fund basé au Texas, avait déjà prévu l’éclatement des subprimes puis la crise des dettes souveraines européennes ; le nouveau dada du taulier, Mark Hart, c’est que la prochaine bulle à exploser sera celle de la Chine. Bulle immobilière (3,3 milliards de mètres carrés libres, quand la Chine en construit toujours 200 millions par an), bulle financière aussi (les crédits risqués représenteraient 98% des fonds propres des banques). Mark Hart assure même que la dette souveraine chinoise serait de 107% du PIB, soit cinq fois plus qu’annoncé. Décidément, vivement 2011.


 


Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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Jeudi 26 août 4 26 /08 /Août 11:21

 

 

 

           L’heure est à la confession, ami lecteur. Après plus de trois mois de silence et d’introspection, Sobiz a décidé de tout avouer. Fanatique invétéré d’une « certaine presse des années 30 » (Christian "motodidacte" Estrosi, dénonçant le site Mediapart), friand de « méthodes collaborationnistes » (Eric Raoult), voire « fascistes » (Xavier Bertrand), se reconnaissant totalement dans les « sites de ragots et de déclarations anonymes » dénoncées par la délectable Nadine Morano, Sobiz a choisi de plonger dans la délicieuse chasse aux conflits d’intérêts qui a enchanté l’été. Et de balancer des noms à la vindicte populaire, foutrebleu.

 

           En déterrant des rapports annuels, déclarations AMF et autres documentations publiques fort prisée du "nerd" financier, on en apprend de belles. Agences de notations, banques, ministres et assimilés, gros plan sur les champions incontestés de ce sport très français.

 


 

            1) Marc Ladreit de Lacharrière

 

 

 http://www.radiobfm.com/images/article/DskS8a9DkrQgrPEknWpnW5t7EmtV95dBQuicklook.jpg« Un curieux aristocrate qui se serait arrêté en Orient au lieu de revenir des croisades», disait Alain Minc après quelques verres d’ouzo et un havane frelaté. Correction : Marco, c’est avant tout le champion toutes catégories du conflit d’intérêt. Un artiste, même. Résumons : à travers sa holding Fimalac, Ladreit est l’actionnaire principal d’une des trois agences de notation mondiales, Fitch Ratings, qui note les capacités des entreprises et des états à rembourser leurs crédits. A l’image des patrons des agences concurrentes, Moody’s et Standard & Poor’s, on pourrait raisonnablement imaginer que le gazier s’abstienne d’entrer aux conseils d’administration d’entreprises notées par Fitch. Que nenni, ami lecteur : l’ami Marco engrange les jetons de présence chez Renault (noté BB par Fitch), l’Oréal (note court terme F1+) et Casino (BBB-). Autrement dit, il participe aux décisions stratégiques de boîtes notées par sa filiale Fitch, et figure même à la tête du comité des nominations chez Renault, celui qui choisit le big boss.

 

Et comme Marco est décidément un type ouvert, il a également invité quelques potes au conseil d’administration de Fimalac, son propre groupe. Qui, bizarrement, sont presque tous des dirigeants d’entreprises notées : Thierry Moulonguet, jusqu’à très récemment directeur financier de Renault ; Jean-Charles Naouri, le patron de Casino ; Etienne Pflimlin, celui du Crédit Mutuel (note AA-) ; ou encore Thomas Piquemal, directeur financier d’EDF (note A+). Spelndide : des clients de Fitch au conseil d’administration de sa maison-mère. Un peu comme si Bernard Madoff ou Lloyd Blankfein (Goldman Sachs) figuraient au comité de nomination de leurs juges.

 

 

2) Michel Pébereau

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5b/Michel_P%C3%A9bereau.jpgMême ses plus ardents thuriféraires en conviennent : Michel Pébereau, président de BNP Paribas, cultive la suffisance comme d’autres la ciboulette en pot. Il est comme ça, Michou : génie autoproclamé de la banque française, chroniqueur émérite –et soporifique- de la littérature de science-fiction dans le JDD, pilote du plan d’aide aux banques aux côtés des fonctionnaires de Bercy, il a l’habitude qu’on lui bouffe dans la main et n’a aucune intention de la perdre (l’habitude, pas la main).

 

Le cumul des mandats ? Ca ne l’a jamais gêné. Le mélange des genres non plus : à 68 ans, Pébereau promène sa morgue dans les conseils d’administration de Saint-Gobain (client fidèle de BNP Paribas, notamment lors des OPA), Total (BNP était banque conseil au moment du rachat d’Elf), Lafarge (BNP s’occupe de la titrisation de créances commerciales du groupe), Axa (BNP est conseil de la filiale Axa Private Equity). Chaque entreprise est un client, et gare au patron qui nommerait une autre banque conseil que BNP lors des OPA et autres opérations financières.

 

Mais le coup de maître de Michou, c’est d’avoir réussi à se faire nommer administrateur indépendant chez EADS en mars 2007. Indépendant, parfaitement. Qu’importe si Pébereau n’hésite pas à faire pression, au sein du board, pour qu’EADS place son cash en produits BNP plutôt qu’en bons du Trésor. Qu’importe si BNP Paribas est un des leaders mondiaux du financement aéronautique : en gros, ils prêtent de l’argent aux compagnies aériennes pour financer leurs achats d’avions à Airbus, filiale d’EADS. Le lecteur acariâtre répondra peut-être que s’il l’on suit le raisonnement, aucun banquier ne peut réellement être administrateur indépendant. Je réponds : parfaitement.

 

         Dans ce même conseil d’EADS figure d'ailleurs l’inénarrable Lakshmi Mittal, proclamé « indépendant » lui aussi. Indépendance toute relative : un avion d’Airbus est composé de 10% d’acier, ce qui fait d’Arcelor Mittal un fournisseur d’EADS…

 

 

3) Yazid Sabeg


 

http://www.cmf.ch/images/photo_of_the_week/M.%20Sabeg_lg.jpgPrenez une usine de semi-conducteurs de 1300 salariés à Corbeil-Essonnes, Altis, lâchée par ses actionnaires IBM et Infineon. Faites entrer en scène quelques acquéreurs potentiels à l’odeur de soufre, comme l’agence russe d’exportation d’armement Rosoboronexport, la holding publique russe Sistema, ou encore Germain Djouhri, le fils d’Alexandre Djouhri, investisseur mystérieux et âme damnée du patron d’EDF Henri Proglio. Multipliez les tentatives de rachat, les échecs, les nouvelles tentatives. Nommez un membre du gouvernement, le commissaire à l’égalité des chances Yazid Sabeg, pour trouver un nouveau tour de table d’investisseurs. Laissez bouillir les syndicats à l’approche du dépôt de bilan.

 

Question : qui reste-t-il pour jouer les sauveurs d’Altis en pleine torpeur estivale ? Bingo : le bon vieux Yazid Sabeg, par ailleurs patron de la société informatique Communication et systèmes. Le discours est limpide : j’apporte 40 millions d’euros, la puissance publique, via Oseo (15 millions d’euros) et le FSI (20 millions) amène une bonne partie du reste. A première vue, ça ressemble à un plan de sauvetage. A bien y regarder, c’est un cas classique de conflit d’intérêt : un quasi-ministre se sert de son statut pour faire pression de tout son poids une aide des bras armés financier de l’Etat. Et récupérer à bon compte (40 millions) un outil industriel dont les seules immobilisations corporelles (bâtiments, machines) sont estimées à 150 millions…

 

 

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Lumineux. D’autant qu’il est quasi-certain que les 40 millions apportés par Sabeg ne sont pas les siens. L’ami Sabeg, tout le microcosme le sait, n’a plus un rond, et on voit mal des banques lui prêter 40 millions avec le bilan de ses participations. D’où viennent donc les biftons ? Du côté des syndicats d’ALtis, on souffle le nom de Papy Dassault, sénateur de Corbeil, comme grand favori, mais d’aucuns évoquent aussi le nom d’Alexandre Djouhri, père du mystérieux Germain évoqué plus haut. La présence de Sabeg serait donc juste un prête-nom destiné à ouvrir les vannes des financements d’Etat.

 

 

Et aussi…

 

 

         Eric de Sérigny

 

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    Des enquêtes du Canard Enchaîné et de France Inter ont mis en lumière les étranges méthodes de ce proche conseiller d’Eric Woerth. Via son poste de consultant au cabinet Athema, il a conseillé l’entreprise Molex lors du conflit social de l’usine de Villemur-sur-Tarn, rachetée par le fonds américain HIG Capital avec une sacrée casse sociale. En même temps, il était conseiller du ministre du Travail qui, contre l’avis de l’inspection du travail, a autorisé le licenciement de 28 représentants du personnel. Du travail de pro, même si Sérigny nie farouchement.

 

 

         François Pérol et Stéphane Richard

 

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   Nommés respectivement patrons de BPCE ( Banques populaires + Caisses d'Epargne, fusionnés sous pression de l’Etat) et de France Telecom alors qu’ils étaient secrétaire général adjoint de l’Elysée et directeur de cabinet de la ministre de l’Economie, ces deux-là jouissent désormais d’une relative tranquilité. Pérol a toujours l’épée de Damoclès d’une enquête pour prise illégale d’intérêts.

 

 


Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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Mercredi 28 avril 3 28 /04 /Avr 13:41




    http://assets.nydailynews.com/img/2010/04/28/alg_carl_levin.jpg     Bien sûr, on aurait tort de faire la fine bouche. Le spectacle de la brochette de crânes d’œufs de Goldman Sachs, assise en rang d’oignons devant la commission d’enquête du sénat américain hier après-midi, est de ces grands moments de télévision qui entrent sans peine au panthéon du zapping, quelque part entre le rot de Jean-Claude Vandamme sur le plateau de Nulle Part Ailleurs et le « Monsieur Foote, vous êtes un salaud » du très classieux Thierry Rolland en 1978.


On eut même droit à un léger frisson dans l'échine quand le sénateur démocrate Carl Levin la joua Tony Montana. Sourcils en accent circonflexe, lunettes demi-lune au bout du tarin, le président de la commission d'enquête dégaine un email de Goldman Sachs, daté de 2007, qualifiant Timberwolf, un des produits financiers de la banque, de « shitty deal », « affaire de merde » en bon gaulois. Question : « Combien de ces affaires de merde avez-vous vendu à vos clients ?(…)Je vois que vous n’avez pas envie de répondre. Vous saviez que c'était une affaire de merde vous en avez vendu des centaines de millions ! » Onze «shitty deals » en tout, qui résonnent comme autant d’uppercuts dans l’hypogastre de Daniel Sparks, responsable de la division des prêts hypothécaires. Le gars a clairement a les fesses qui font bravo.Il regarde ses pompes. Bafouille comme à son BEPC.

 

 

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Sacré Goldman Sachs. La SEC, le gendarme de la Bourse américaine, accuse la banque d'avoir trompé des investisseurs en leur faisant faire des placements sur des titres risqués sur l’immobilier US, alors qu’elle-même refourguait discrètement tous les titres en question ? Goldman Sachs répond que ses clients sont des professionnels. En clair, un resto te fourgue du merlan pourri qui te dézingue les intestins, mais c’est ta faute : t’avais qu’à le faire analyser. T’es un professionnel, bordel. Fais le job, espèce de communiste.

 

Oui, vraiment, ce réjouissant opéra-bouffe aurait eu de quoi donner du rêve si quasiment en même temps, un autre coupable de la crise financière ne continuait allègrement à saboter l’économie mondiale en toute impunité : l’agence de notation Standard & Poor’s dégradait la note de la Grèce dans la catégorie « junk bonds » - obligations pourries-, et dégradait aussi celle du Portugal dans la foulée, histoire de flinguer l’économie d’un autre pays de la zone euro.

 

 

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On connaissait les dix plaies d’Egypte. Voici les trois plaies de Wall Street : Standard & Poor’s, Moody’s, et Fitch, les trois agences de notation mondiales. Des organismes privés, totalement indépendants des régulateurs et autres gendarmes boursiers : deux groupes américains, Standard & Poor’s et Moody’s, et un acteur à capitaux français, Fitch, filiale du groupe Fimalac. A elles trois, ces agences contrôlent 90% du marché mondial : 80% pour le duo Standard-Moody’s et 14% pour Fitch.

 

Le principe est simple : quand un pays ou une entreprise emprunte sur les marchés, il demande à une des agences de noter sa dette, c’est-à-dire de donner une estimation des risques de non remboursement en fonction de sa solvabilité, ses perspectives etc. En fonction des systèmes de notation des agences, ces dettes se retrouvent notées entre AAA (risque le plus faible) et CCC, voire D (faillite ou quasi-faillite).

 

 

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Pas moyen d’échapper à l’oligopole : les créanciers, banques, hedge funds ou fonds souverains, exigent une notation des dettes émises, forcément par une des trois grosses agences, avant d’ouvrir le carnet de chèques. Selon l’AMF, Moody's France note ainsi plus de 77 entreprises, 124 établissements financiers, 14 collectivités locales, 15 OPCVM. En bon français, on appelle ça une rente de situation, d’autant que les deux tiers des émetteurs notés ne font appel qu’à une seule agence.

 

Mais le plus gros problème est ailleurs. Qui rémunère les agences ? Les émetteurs de dette eux-mêmes, entre 25 000 et 125 000 dollars. Conclusion de première année de Deug : risque de conflit d’intérêt évident, d’autant que les agences ont tout intérêt à ce que leurs clients émettent toujours plus de produits financiers, puisqu’elles sont sûres de devoir les noter par la suite, et de facturer leurs honoraires à chaque fois. Les agences de notation ont d’ailleurs largement participé à la montée en puissance des produits financiers ultra-complexes, issus de la titrisation de créances douteuses, en les notant allégrement AAA ou apparenté, et en poussant leurs clients à en créer toujours plus. Parmi les champions de cette roulette russe financière, Goldman Sachs.

 

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Le bilan des agences ? Il se passe de commentaire. Standard & Poor’s notait encore AAA la banque Lehman Brothers quelques jours avant sa faillite. Quelques années auparavant, les trois agences notaient AAA le courtier en énergie Enron, quatre jours avant sa chute. La plupart des actifs toxiques liés aux subprimes étaient notés AAA.  Bref, une superbe distribution d'andouilles par une sacrée bande d’extralucides, réduite à dégrader les notations après coup et à tour de bras, à chaque signe de faiblesse d’une banque, d’une entreprise ou d’un pays. Cette sur-réaction est d’ailleurs presque plus grave que l’absence de précautions initiales : en dégradant à la machette des entités déjà affaiblies, elles les empêchent de se refinancer à bon marché, et aggravent encore un problème qu’elles n’ont pas vu venir. C'est le cas en Grèce, ça risque de l'être aussi au Portugal.

 

La solution coule de source : il faut d’urgence surveiller ces mauvais coucheurs. Facile à dire, moins à appliquer : le Congrès américain le proposait déjà en 2002, le G20 de Londres en avril 2009, mais on en est toujours au stade de la réflexion. Les pistes existent, pourtant : contrôle des agences par le FMI ; création d’une agence européenne sous l’autorité de la Banque centrale européenne (BCE) ; mise en concurrence des Big Three par des nouveaux entrants, comme l’assureur crédit Coface, qui vient d’entrer sur le marché en proposant des honoraires trois fois inférieurs aux gros. Ou mieux, responsabilisation des agences en leur faisant couvrir une partie des risques qu’elles notent (5 % ?) : si elles se plantent, type Lehman, elles payent. Après avoir touché Goldman Sachs, l’heure est venue de couler les agences.

 

 


Par GameTheory - Publié dans : Grands fauves
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Jeudi 1 avril 4 01 /04 /Avr 13:25



http://www.newsnours.com/estrosi.jpg          Nom : Estrosi. Prénom : Christian. Profession : « ministre de l’Industrie », clame son CV sur le site web de Bercy. « Imposteur », corrigent les familiers de son bureau de Bercy, patrons et syndicalistes confondus. Avec son sourire de bellâtre azuréen et sa coiffure de Playmobil, Estrosi a vite appliqué les préceptes de l’Evangile selon Sarko : un melon sur-développé, beaucoup de bruit, peu de résultat. En y ajoutant, soyons honnête, une innovation majeure : avec lui, les poissons d’avril, c’est tous les jours.

 

« 95% de chances de sauver Heuliez » ? Rascasse d’avril. « 400 emplois pour les New Fabris » ? Marlin printanier. «  La suspension des achats des constructeurs automobiles français à Molex » ? Thon rouge des Rameaux. C’est plus fort que lui : Estrosi cultive les promesses comme d’autres les bonzaïs poivriers. Dans les usines, les salles municipales, au JT, ou dans les dizaines de communiqués dont son cabinet inonde les rédactions. Des promesses « qui seront tenues », des engagements « solennels », des investissements par millions, des repreneurs turcs, kirghizes ou turkmènes au portefeuille bien garni.

 

 

 http://www.24heures.ch/files/imagecache/468x312/story/7_feu.jpg

 

 

 

 

On connaissait « Motodidacte », son surnom (avec "Bac moins 5") en référence à son absence de diplômes et son passé de coureur de Grand Prix Moto, en bon réac niçois. Militant pour le rétablissement de la peine de mort en 1991, jusqu’à déposer une proposition de loi en ce sens. Hostile au PACS, jusqu'à s’en donner des ulcères. Rapporteur de la sinistre loi de sécurité intérieure. Prêt à louer un jet d’affaires Falcon 900 à 138 000 euros pour un Paris-Washington, histoire de ne pas rater une petite sauterie sarkozienne à l’Elysée. Capable de s’en excuser, puis de revenir sur ses excuses suites aux remontrances du « grand Mamamouchi à talons compensés » (© Georges Frêche, humoriste occitan).   


Voici donc Estrosi reconverti en « ministre des ouvriers ». Le héros de la dernière chance, seul capable de «  substituer au chœur des pleureuses le chœur des combattants.» Eh bien, disons-le tout net : pour le San Ku Kaï du made in France, on repassera. Prenez Molex, dont le ministre voulait faire « un dossier de référence». De fait, l’équipementier automobile basé à Villemur-sur-Tarn sera été une belle illustration de la patte Estrosi : 15 salariés véritablement repris par le fonds d’investissement américain HIG, plus une trentaine à terme mais sans garantie, sur un effectif initial de 283 salariés. Le tout sous perfusion d’argent public, avec 6,6 millions d’euros apportés par l’Etat. Une « référence », effectivement.

 

http://static.blogstorage.hi-pi.com/photos/kybezki.rmc.fr/images/gd/1251384733/PAS-DE-PRIX-LITTERAIRE-POUR-ESTROSI.jpg

 

Mais il y a plus goûtu. 31 juillet 2009 : l’équipementier auto New Fabris ferme son usine de Châtellerault. 366 salariés au tapis, mais un ministre qui claironne : «Nous avons signé pour l’installation d’une papeterie qui est en train de créer 240 postes de salariés dont un grand nombre, grâce au contrat de transition professionnelle, d’anciens salariés de New Fabris sont en train d’être reclassés dans cette papeterie.» Comme l’a judicieusement dévoilé Libé, les premiers travaux ne sont prévus que pour 2011, l’usine de papier n’ouvrira qu’en 2014, et l’entreprise en question, Delipapier n’a pas le droit, et encore moins l’obligation, d’embaucher les New Fabris plutôt que d’autres candidats. Encore une belle truite saumonée façon niçoise. 

 

  

On pourrait continuer longtemps. « Non, nous ne laisserons pas la Clio 4 être produite en Turquie » ? Loupé : Renault en produira une partie en France, et le reste chez Atatürk. « Non, la raffinerie de Dunkerque, ce n'est pas fini  » ? Nouveau bide: Total a annoncé la fermeture du site le 8 mars. Quant au fameux « Bill Gates turc », Alphan Manas, énième repreneur fantôme du carrossier Heuliez, « une très belle nouvelle pour Heuliez et ses 600 salariés » selon Estrosi, le bonhomme s’est contenté de déposer hier une pseudo-offre sur 15% du capital avec deux partenaires anatoliens connus de leur mère. Pas de doute : Estrosi est manifestement plus doué pour poser avec Robert de Niro à Nice que pour sauver des usines. Chacun son truc, Cricri.


 

http://bolq.liberation.fr/id/127470

 

 

 



Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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Jeudi 4 mars 4 04 /03 /Mars 11:50

 

 

 

 

 

 

 http://www.lexpress.fr/medias/391/grece-papandreou_142.jpg        Péril sur la maison Europe, les cocos. La gentry de la finance anglo-saxonne a décidé d’attaquer la Grèce. Et elle n’y va pas de main de main morte, foutrebleu. Le marché du grec-frites-salade-oignons est au plus mal. Le cours de la moussaka pique du nez, la feta fait du yoyo, le premier ministre Papandréou se pochtronne à l’ouzo frelaté. Pire, en manque chronique de drachmes (l’ancien nom de l’euro), la Grèce risque de ne pas avoir les moyens de s’offrir les délectables Rafale et exquises frégates multimissions (FREMM) aimablement proposés par les industriels français.

 

 

       Bref, ça sent le sapin au pays des oliviers. Il y a des signes qui ne trompent pas : le CDS de la Grèce, - Credit Default Swap, c’est-à-dire l’assurance que les banques contractent pour se prémunir contre un défaut de paiement du pays – a atteint des sommets inconnus jusqu’alors : 428 points de base selon Libé, près de deux fois celui du Liban et trois fois celui du Maroc. En clair, les marchés estiment le risque de faillite plus important en Grèce que dans des pays en développement. Moche, ça, très moche.

 

 

http://blogs.reuters.com/rolfe-winkler/files/2010/02/kyd77h.jpg

 

     

      Pourtant, les chiffres sont têtus : le déficit public grec (12% du PIB) ne se distingue guère des 11% des Etats-Unis et de l’Espagne. Il est comparable au chiffre du Royaume-Uni (plus de 12%), et reste bien inférieur aux 14% irlandais. Côté dette, le chiffre grec de 123% du PIB reste dans les normes de l’Italie (127%) et loin des chiffres du Japon (197%). Que la Grèce truque ses chiffres ? La belle affaire. Elle le fait depuis des décennies, sous la bienveillante myopie de la Commission européenne, et avec le soutien actif des mêmes banques anglo-saxonnes qui l’attaquent sur les marchés, via sa dette et via l’euro.

     

      Qui sont les donneurs de leçon de la Grèce, au fait ? La banque d’affaires Goldman Sachs, d’abord. Oui, cette même Goldman Sachs qui aidait les Grecs à camoufler leur dette sous d’obscures opérations sur les devises, histoire que cette dette ne soit pas prise en comptes dans les chiffres officiels. Autre redresseurs de torts : les agences de notations Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch, ces formidables extralucides qui notaient « A » la banque Lehman Brothers quelques jours avant sa faillite.

 

     

http://www.scifi-universe.com/upload/galeries/affiches/attaq_mousaka_geant_affiche.jpg

 

      Soyons sérieux : la Grèce va mal, mais rien ne justifiait une attaque spéculative de cette ampleur. Le pays ne fera pas faillite, pas plus que les autres Etats visés par la théorie du « à qui le tour » - Portugal, Espagne, Irlande, Lesotho ou Swaziland. A qui profitent ces rumeurs de faillite ?  Aux banques et aux hedge funds avides de refourguer au prix fort les CDS de leur portefeuille, ou d’augmenter les taux d’intérêt des dettes des Etats. L’un d’eux a du CDS portugais dans son slip kangourou ? Une brève vaguement téléguidée sur les Portos dans le Wall Street Journal et pouf, le CDS s’envole, et les profits du hedge fund avec. Magique.

 

 

      La bonne nouvelle de l’histoire, c’est que nos amis financiers, lassés de cogner la seule Grèce, se sont aussi attaqués à l’euro. Et qu’ils ont réussi à le toucher : la monnaie européenne a perdu près de vingt centimes face au dollar. En gros, la crise grecque a réussi à engager le meilleur plan de relance dont l’industrie européenne ait pu rêver : comme elle produit en euros et facture en dollars, chaque centime de recul de l’euro entre directement dans la case bénéfice des boîtes. Chez EADS par exemple, 10 centimes perdus par l’euro équivalent à 1 milliard de résultat opérationnel en plus. Selon les prévisions des économistes, une chute de 10 % de la monnaie unique face au dollar doperait de 0,2 à 0,3 point le PIB de la zone euro en un an.

 

 

http://www.decouvrez.fr/photos/blagnac-decouvrir-usine-airbus-toulouse.jpg

    


      A l’inverse, la production des sites délocalisés en zone dollar ont leurs profits rapatriés en euros : ils sont mécaniquement touchés par la baisse de ce dernier. Plus j’ai de sites en zones de dollars, plus mes profits sont dégonflés. Ce n’est qu’un juste retour des choses : les industries européennes, et notamment les PME, avaient fait des efforts gigantesques pour compenser la baisse du dollar. Chaque centime de baisse, c’était de la perte, donc du plan social. On ne peut qu’espérer que l’euro descende encore jusqu’à son niveau « normal », disons 1,15 dollar, ce qui aboutirait à une compétition moins faussée par les changes.

     

      L’autre bonne nouvelle générée par la crise grecque, c’est qu’elle oblige l’UE à sortir de sa léthargie en termes de politique économique commune. Les Allemands évoluent – très doucement, certes - sur leur leur délire psychotique de la puissance du roi Deutsch Mark, qu’ils avaient reporté sur l’euro. Et les gouvernements européens sont obligés d’agir, sous peine de voir le père DSK et son gros FMI débarquer avec ses milliards de dollars au secours de la Grèce, façon Attaque de la moussaka géante. Pas de doute : la course à l’échalote a parfois du bon.

 

 

 

Par GameTheory - Publié dans : Gros bides
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Mardi 26 janvier 2 26 /01 /Jan 19:36



http://static.blogstorage.hi-pi.com/photos/superiorite-operationnelle.blogspace.be/images/gd/1182797087/EAU.jpg         Ben on l’avait presque oublié, celui-là. Ses 56 tonnes, ses 7 mètres de long, ses 70 km/h en vitesse de pointe. Ah, ce bon vieux char Leclerc... La gloire militaire française, la fierté technologique de notre armée, le « meilleur char du monde », selon ses thuriféraires à gilets multipoches. L’engin, conçu par le vénérable constructeur Giat Industries (aujourd’hui Nexter), aurait dû être le prototype du char d’assaut du 21ème siècle. Il n’aura été qu’un gouffre financier doublé d’un bide improbable, que SoBiz s’en va vous conter de sa plume fourbe et malveillante.

 

          Pourquoi ressortir cette triste affaire en 2010 ? Parce qu’elle pèse toujours, et pour longtemps, sur les comptes d’un ministère de la Défense qui n’en avait guère besoin, entre les surcoûts de l’A400M, l’achat régulier de Rafale à papy Dassault en attendant des ventes export qui ne viendront jamais, et les multiples gouffres financiers de notre bien-aimée défense nationale, type porte-avion Charles-de-Gaulle ou les antédiluviens avions de transport Transall. Oui, ceux où les hôtesses ont une coupe GI Joe et du poil dru au mollet.

 

 

 

Douze ans après son entrée en fonction effective, en 1998, le bilan du Leclerc se passe de commentaire. Seulement deux utilisations sur les théâtres d’opération (Kosovo et Liban), et une palanquée de bides techniques : les 17 premiers chars se sont révélés inaptes à une quelconque activité militaire et ont été retirés du service sans jamais avoir servi. Sur les 34 chars suivants, 27 ont également été mis au rebus sans servir, les sept derniers étant transformés en dépanneurs. En résumé, 44 chars Leclerc n’ont jamais servi à l’armée, soit 10% de la commande (404 chars).

 

Du petit lait pour Jean-Pierre Pernaut. Tout comme l’évolution du prix de l’engin au fil des années. Plus de 8,5 millions d’euros l’unité, selon les calculs de Nexter. 15,9 millions, d’après la Cour des Comptes fin 2001. 16 à 17 millions, selon le député Gilles Carrez en 2008. Tout cela pour un engin qui, dixit les colons, tombe en panne en moyenne toutes les 36 heures, et que la chute du mur de Berlin a rendu obsolète avant même sa première livraison, les armées préférant désormais des machines plus petites et plus maniables, type VBCI (véhicule blindé de combat d’infanterie).


 

 


 

La campagne export du Leclerc, aux Emirats Arabes Unis, aurait pu redresser un peu l’image du char français. Loupé : elle a viré à l’aimable bouffonnerie. La vente mal goupillée de 388 chars n’aura été qu’une longue histoire d’arrêts de productions, de refus des Emiratis de nombreux engins pas aux performances attendues, d’envoi de centaines d’ingénieurs pour résoudre le problème, le tout avec une marge négative qui coûtera des centaines de millions d’euros par an à Nexter au début des années 2000.

 

Fin de l’histoire ? Loin de là. Nexter et la DGA s’acharnent à tenter de vendre des chars d’occasion à l’export : la Colombie serait intéressée par une quarantaine d’exemplaires, selon la Tribune et le blog Secret Défense, histoire de couper la chique aux T-90 russes du turbulent voisin vénézuélien Hugo Chavez. L’opération serait une aubaine pour les budgets de la défense française : selon la loi de finances, le coût du « maintien en condition opérationnelle » du char Leclerc s'élève à 113 millions d'euros par an, alors même que près de 150 sont « sous cocon », autrement dit sous bâche et inutilisables à court terme. Décidément, un bien bel investissement.

 



Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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Mardi 19 janvier 2 19 /01 /Jan 13:41



          C’est venu comme un pressentiment, une certitude, presque : 2010 sera l’année du bide. Sobiz avait à peine terminé de digérer son Osso Bucco surgelé arrosé de mauvaise Villageoise en cubi que déjà, les indices pleuvaient comme la giboulée de mi-saison sur le parking du Bricomarché d’Hazebrouck : le retour à la chanson de Nilda Fernandez après avoir participé à un opéra rock de Tri Yann ; la nouvelle tournée de Faudel ; Pavel Nedved pressenti à l’AS Cannes ; le design nihiliste de la nouvelle Nissan Cube ; ou encore la chanson « Risotto aux courgettes » d’Arnaud Fleurent-Didier, proclamé nouveau roi de la chanson française par une frange, certainement avant-gardiste, de la presse culturelle.

 

Eh bien, qu’on se le dise, lecteurs fidèles et néanmoins adipeux : dans le business aussi, une bonne flopée de bides se prépare. De l’espace au high-tech, SoBiz s’en va vous en détailler cinq, histoire de ne pas laisser le mauvais esprit pollué par les bonnes résolutions. Et pour flinguer définitivement les statistiques du blog, autant faire dans le sélectif, avec la passionnante question de la scission annoncée du groupe Accor. Ou de son démantèlement, plutôt.

 

 

 


          Sujet âpre. Microcosmique, même, rétorquera-t-on. Pas si sûr : avec cette scission, c’est à la fois toute la stratégie d’un leader mondial français qui est remise en cause, le poids du Fonds stratégique d’investissement (FSI) dans le capital qui est occulté, et le principe invariable et purement financier du « recentrage-sur-le-cœur-de-métier-qui-valorise-mieux-le-titre-en-bourse » qui est réaffirmé. Prenons donc les choses dans l’ordre.

 


          La stratégie, d’abord. Le groupe fondé par Paul Dubrule et Gérard Pélisson en 1967 vit depuis plusieurs décennies sur deux piliers. D’un côté l’hôtellerie (Ibis, Formule 1, Novotel, Sofitel), métier à fort besoin de main d’œuvre, et secteur difficile à rentabiliser du fait de son caractère cyclique et des investissments qu'il nécessite. De l’autre, le pôle services (Tickets restaurants, chèques emploi-services, chèques cadeaux, cartes Kadéos etc), une machine à cash représentant 13% du chiffre d’affaires mais 40% du résultat. On voit bien la logique : les marges des services, non cycliques, financent les investissements hôteliers et permettent d’amortir les cycles de l’hôtellerie-restauration. Et dix francs dasn le nourrin, dirait maître Capello.

 

 


 

          Le PDG du groupe Gilles Pélisson était d'ailleurs, jusqu'à très récemment, un fervent défenseur de la stratégie. Mars 2006, dans Investir : « L'avenir de notre groupe repose sur les deux métiers mondiaux que sont l'hôtellerie et les services ». Parisien Economie,12 décembre 2006 : « J'ai toujours dit qu'il fallait que le groupe marche sur ses deux jambes, l'hôtellerie et les services. (…) Les services vont continuer à contribuer au résultat à hauteur de 35 % à 38 %. Et les tickets continueront à jouer le rôle d'amortisseur face aux cycles de l'hôtellerie. » Fichtre, diantre, foutrebleu : que s’est-il donc passé pour que l'auguste fan de l'OL avale ainsi son chapeau feutre, ses boutons de manchettes en laiton et ses socquettes Bleu Forêt  ?

 

          Ce qui s’est passé, adipeux lecteur, c’est une pression phénoménale des actionnaires. Et notamment du plus actif d’entre eux, le fonds d’investissement américain Colony Capital, représenté en France par Sébastien "Pôris est môgique" Bazin, allié au français Eurazeo (30,14% du capital). Déjà artisans de la vente des murs des hôtels de l’enseigne, bon moyen de faire du cash à court terme sans trop s’agiter le bulbe, les deux fonds ont mis tout leur poids dans la balance pour que le groupe soit scindé en deux, et que les deux entités obtenues soient cotées en Bourse.

 

 


 

          L’avantage ? Selon la vulgate des gros bonnets boursiers, un « pure player », c’est-à-dire un groupe à un seul métier, est mieux valorisé en bourse qu’une société de type conglomérat, présente sur plusieurs secteurs différents. Valorisé 8,5 milliards en une seule entité, Accor divisé en deux pourrait ainsi dépasser les dix milliards d’euros de valorisation (Accor Hospitality + Accor Services). Magique. Pas besoin de chercher très loin l’application quasi-quotidienne de ce postulat, pardon, de cette religion  : PPR qui veut vendre la Fnac et Conforama pour se recentrer sur le luxe, ou Lagardère qui sort peu à peu d’EADS pour devenir un pure player des médias. Qu’importe si General Electric fonde sa réussite sur son statut de conglomérat présent dans les moteurs d’avions, les centrales nucléaires, les turbines à gaz ou le financement de PME ou les médias : il faut des pure players, un point c’est tout.

 

          L'autre argument caché en faveur de la scission, c’est que les deux sociétés créées, plus petites et plus lisibles pour les marchés, se retrouvent bien plus exposées à d’éventuelles OPA, de la part de fonds d’investissements ou de concurrents. D'où bingo potentiel pour le boursicuteur, hululement d'analyste en rut avancé, et frottage de pognes dans les banques conseils avides de big deals qui n'ont rien à voir avec celui de Lagaf. A moins que, comme ne le craint le consultant spécialisé Mark Watkins (Coach Omnium), Accor Hôtellerie ne cède peu à peu ses marques au plus offrant, sans passer par la case bourse.


 

 


          Formidable, tout cela. Tellement formidable que même les deux fondateurs, ravages de l’âge ou récompense financière aidant, se découvrent des vélléités de défense du projet, huit ans après l’avoir coulé en 2002. La seule voix dissonante est donc celle du FSI, qui a hérité de la Caisse des dépôts 8% du groupe. Problème : en passant de la CDC au FSI, la participation a perdu le privilège des droits de votes doubles, réservés aux anciens actionnaires de la société. Autant dire que les fonds et les boursicoteurs individuels ont une autoroute devant eux pour faire adopter le principe de la scission lors de la prochaine assemblée générale du groupe prévue courant 2010. Chapeau les artistes.


 


Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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Vendredi 27 novembre 5 27 /11 /Nov 11:31




        

        C’est une tour moche, au cœur d’un quartier horrible, dans une ville hideuse. Une espèce de brindille informe qui se perd dans le fog perpétuel qui recouvre Dubaï, ses milliers de 4X4 Toyota, et ses mosquées aussi vides que les immeubles de bureaux qui bordent la Cheikh Zayed Road, l’autoroute urbaine à deux fois six voies qui traverse la ville.

 

Burj Dubaï. La tour de tous les superlatifs, disent ses promoteurs. 818 mètres, 22 millions d’heures de travail, 162 étages. La tour la plus haute du monde. Jusqu’au dernier moment, les autorités ont caché la hauteur définitive de la tour, histoire d’éviter qu’un bridé promoteur est-asiatique trop ambitieux lance son projet à un mètre de plus. Et comme, c’est bien connu, Dubaï regorge d’eau, on a construit une fontaine de 152 mètres, l’équivalent d’une tour de 50 étages, histoire de compléter la piste de ski toute proche qui se descend en 22 secondes.

 

 


 

Le reste est affaire de rumeurs. On dit que l’appartement du sommet, 150m2, a été vendu à 22 millions de dollars. Que l’on attend les premiers violents vents de sable pour voir si les vitres vont tenir sans exploser ou devenir opaques. Que la tour est totalement vide, et risque de le rester un bout de temps, malgré l’inauguration prévue le 4 janvier et un pseudo hôtel Armani qui doit s’y installer.

 


Comme symbole de la bulle Dubai, on pouvait difficilement rêver mieux. Dubai World, la holding publique bras armé de l’émirat du Golfe, a demandé hier la renégociation de 59 milliards de dollars de dettes, soit quatre années de son chiffre d’affaires. L’émirat serait endetté à hauteur de 80 milliards de dollars. Le projet Al Burj, la tour d’un kilomètre de haut du promoteur concurrent Nakheel, est reporté sine die.

 

 


 

Suprême humiliation : le grand frère et émirat ennemi, Abu Dhabi, est à nouveau appelé à la rescousse par la famille régnante Al-Maktoum. Le premier émirat des EAU a tout de ce que Dubaï n’a pas : des réserves de pétrole, de gaz, des banques puissantes et stables, qui répondent à la minute aux injonctions des keffiehs en chef. Quand Dubaï misait sur l’immobilier et le tourisme avec un recours déraisonnable à l’endettement, Abu Dhabi regardait le cheikh Mohammad Al-Maktoum s’exciter avec un mélange d’envie et de colère. Envie parce que Dubaï avait réussi à attirer le regard du monde au détriment de la capitale des Emirats, réduite au rôle de suiveuse. Colère parce que la croissance de Dubaï s’était faite dans la plus totale anarchie, mal vue de la part d’un émirat bien plus conservateur.

 

Qu’on se le dise, l’heure des comptes a désormais sonné. Celle des soldes flottants aussi : on peut compter sur Abu Dhabi pour reprendre en main les deux derniers bijoux de famille de Dubaï : sa compagnie aérienne Emirates, et son opérateur portuaire, Dubaï Ports World, troisième acteur mondial du secteur. Le reste, comme le promoteur immobilier Nakheel, risque fort d’être réduit à un statut qu’il n’aurait jamais dû quitter : celui d’actif pourri.

 

 


 

Pour Emirates, c’est assez simple : à plus ou moins long terme, la compagnie sera fusionnée avec Etihad, sa concurrente d’Abu Dhabi, pas rentable mais adossée à un actionnaire bien plus solide. Cette concentration, dont les deux acteurs ont toujours nié le projet, c’est le cauchemar d’Airbus, surfe depuis des années sur le concours de quéquettes entre les deux acteurs. Pas un détail : 44% du carnet de commandes de l’A380 et l’A350 est dépendant des compagnies du Moyen-Orient. A terme, on peut aussi imaginer une intégration de Qatar Airways, troisième acteur de la région et autre gros client d’Airbus.

 

Pour Dubaï Ports World, c’est plus ouvert. Sa dette de près de 5 milliards et son portefeuille d’une cinquantaine de ports exploités dans le monde en font une cible idéale pour les Chinois, voire d’autres groupes du Golfe. Pas sûr, cependant, que les Emirats laissent filer ce fleuron maritime pour un prix au rabais.

 

 

 

Quelles leçons tirer de l’éclatement de la bulle Dubaï ? Une, en priorité : ce n'est pas de la poussière qu’il reste sous le tapis de la finance, c’est des troupeaux de mouflons. Non content de n’avoir pas prévu l’écroulement d’entreprises, comme Lehman Brothers, le système financier n’est pas à l’abri de banqueroutes d’Etats. Selon DSK, 50% des pertes pourraient encore être cachées dans les bilans.


Par GameTheory - Publié dans : Sur le terrain
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Mardi 20 octobre 2 20 /10 /Oct 16:09



         Aigreur, amertume, tristesse ineffable. Ne nous voilons pas la face, pondéreux lecteur : on n’aura pas appris grand-chose à ce fameux procès Clearsteam. Imad Lahoud mythomane ? On le sait depuis les années 40. Gergorin dérangé du bulbe ? Info faisandée tel le ravioli chinois. Denis Robert et Florian Bourges à la ramasse ? On l’aurait deviné. Pas même de quoi taper à bras raccourcis sur Villepin, sinon les notes en sanscrit de papy Rondot, qui nécessitent une nouvelle pierre de Rosette pour être traduites en français. Bref, malgré trois semaines de procès, pas de révélation, d’aveu, encore moins de collapsus en pleine séance. Le vide.

 

          Faut-il tout jeter pour autant ? Négatif. Les excellents suivis de la Tribune, Challenges ou le Monde mettent en évidence l’émergence d’un personnage. D’un cador, d’une gueule, que dis-je, d’un héros des temps modernes. Je veux parler de JLG, dit le Corbeau, aka Jean-Louis Gergorin. Celui-là même dont le procureur est en train de charger la barque, quitte à faire d'Imad Lahoud un simple assistant zélé.

 

Pourtant, je l’affirme haut et fort : Gergorin est un type en or. De ses obsessions cosaques à sa guégerre face à Thomson-CSF en passant par ses « avions renifleurs », voici trois raisons de sauver le soldat Gergo.

 


            1) Cet homme voit des mafieux russes partout

 

 

Le 14 mars 2003, Jean-Luc Lagardère, patron historique de Matra et cofondateur d’EADS, décède à l’hôpital Lariboisière de Paris, à 75 ans. Diagnostic des médecins : encéphalomyélite aiguë disséminée. La maladie est rare, surtout à cet âge avancé, encore plus rarement mortelle, de l’ordre de 5% des cas. Mais personne, ni l’héritier Arnaud Lagardère, ni sa veuve, ni ses lieutenants, ne mettront en doute la version officielle de ce décès.

 

Personne, sauf un homme : Jean-Louis Gergorin. Proche de Jean-Luc Lagardère, stratège reconnu et paranoïaque consommé, Gergo se plonge dans la littérature sur cette fameuse maladie. Et découvre la trace d’un programme militaire soviétique d’armes biologiques, baptisé Biopreparat, qui avait travaillé sur un type de pathologie similaire : la destruction de la gaine de myéline qui entoure les neurones. Le résultat fait froid dans le dos : une sorte de sclérose en plaques accélérée, qui aboutit à une mort rapide. Du moins chez le rat.

 

 

 

 


 

 

Gergorin active ses réseaux dans le renseignement français. Multiplie les rencontres avec des spécialistes plus ou moins obscurs. Et arrive à la conclusion que la technologie existe toujours, et qu’elle est même vendue par des scientifiques à des groupes mafieux dans le cadre de la collusion entre services secrets ex-soviétiques et mafias locales, une des grandes théories géopolitiques du bonhomme.

 

Gergo n’en démordra jamais. Son hypothèse est simple : le syndrome de Hurst contracté par Lagardère n’a statistiquement presque aucune chance d’être de cause naturelle. Or qui aurait pu en vouloir à Jean-Luc Lagardère ? Des Russes, à l’affût d’une prise de contrôle ou d’une déstabilisation des groupes Lagardère et EADS, plus ou moins ouvertement alliés à des ennemis historiques de Lagardère, comme le patron de Thomson-CSF Alain Gomez. La suite, on la connaît. Gergo se lie d’amitié avec Imad Lahoud, remonte les infos à Rondot, qui prévient Villepin : l’affaire Clearsteam 2.

 

 

 

2) Cet homme a sauvé l’oiseau à qui on voulait couper les ailes

 

 


Alain Gomez avait trouvé le nom de code en regardant un idéogramme chinois. « Couper les ailes de l’oiseau ». Nom imagé pour un objectif plus prosaïque : flinguer Lagardère. En gros, Gomez veut éviter une prise de contrôle de son groupe, Thomson-CSF, par son concurrent Matra, dirigé par Jean-Luc Lagardère. En ce début des années 90, chaque camp fourbit ses armes. D’un côté, un Lagardère aux abois après le plantage de la Cinq, tentant de se refaire une santé en récupérant un Thomson qu’il espère voir privatisé. De l’autre, un Gomez prêt à tout pour éviter ce scénario.

 

Les règles de la guerre entre les marchands d’armes français ont toujours été claires : pas de règles. Les deux camps s’y plient sans effort excessif. Gomez –surnom : « l’éboueur »-  ouvre le bal : cet ancien para, qui avait flirté avec l’OAS avant sa conversion chevènementiste, est accusé de rémunérer grassement un avocat sino-américain, William Lee, et un petit actionnaire de Lagardère, pour attaquer la fusion Matra-Hachette qui a permis à Jean-Luc Lagardère de sauver son groupe.

 

 



 

La guérilla juridique laisse vite place à une guerre de marchands d’armes. Tout y est ; les agents de la DGSE, les menaces de mort, les mots de passe –«Je suis là pour encadrer le cercle », mot de passe des secrétaires à veste pieds de poules noirs et blancs et Financial Times sous le bras qui vont chercher les valises de biftons. On verra même le patron de Thomson, en 1998, jeter une valise contenant 1,5 million de francs dans un escalator de la station de RER musée d’Orsay à la secrétaire du fameux avocat. « Un secours à un ami persécuté », affirmera-t-il sans rire à la barre du tribunal.

 

Dans le camp d’en face, c’est l’ami Gergo qui est à la manœuvre. Lui aussi joue les porteurs de valises, sauf que celles-ci sont destinées à faire taire les plaignants. 6 millions d’euros pour acheter un silence, selon ses propres dires. Gergorin fait aussi jouer ses contacts à la DST, dont un des agents testera la bête à deux dos avec l’autre secrétaire de Lee pour lui soutirer des informations. D’ennemi juré, Gomez vire à l’obsession pour Gergorin. Le Lagardère Boy voit la patte du rival honni partout : dans la mort de Jean-Luc, ou dans les agissements de ses concurrents en interne, comme Philippe Delmas. Celui-là même qui dira de Gergo : "Sa conviction, c'est que les seules personnes dignes de confiance sont celles dont on tient les couilles dans un étau."

 

 

 

 

L’épilogue de la guerre Thomson-Matra en paraîtra presque décevant : un match nul, façon catenaccio. Thomson est privatisé, Gomez jeté avec l’eau du bain, mais Lagardère ne mettra jamais la main sur le groupe, délesté de son activité électronique grand public et rebaptisé Thales. Gomez, vieilli mais toujours alerte, n’a pas raté l’occasion d’allumer son ennemi au procès Clearstream, en assurant que le pipotage des listings portait la patte Gergorin. Comme un bref relent du bon vieux temps des barbouzeries.

 

 

 

3) Cet homme pratique un français délectable et fleuri

 

 

          L’ordonnance de renvoi de Jean-Louis Gergorin devant le tribunal correctionnel dans l’affaire Clearstream est un régal. De ces jouissances linguistiques qui illuminent la journée, nourrissent le corps, élèvent l’esprit. Le juge d’instruction y détaille la terminologie de ses lettres envoyées au juge van Ruymbecke pour l’appâter.

 

Et là, c’est un festival. « Panique chez les crapules à Luxembourg », « système de blanchissement et de noircissement », « dévoiement d’un extraordinaire système financier et informatique au profit d’intérêts crapuleux et même maffieux ». Le tout parachevé par l’emploi choisi des lettres capitales -« l’Exode des Crapules » - et de la parenthèse -« noient le poisson (pourri) ». Ses préconisations ? « Nettoyer ces eaux qui ne sont plus très claires. »

 

 


 

A la barre du procès Clearstream, Gergo a fait son mea culpa : « J'étais coupé du réel, vulnérable » ; « Je trouve mes expressions grotesques, elles me répugnent. » Avant de replonger avec délectation quand le procureur le titille : « Méfiez-vous des gens brillants, diplômés ! Souvenez-vous de l'affaire des avions renifleurs ! Deux hurluberlus ont convaincu un aréopage de polytechniciens et de ministres que l'on pouvait détecter des nappes de pétrole avec des avions ! »

 

D’avions renifleurs, on risque de ne pas beaucoup parler cette semaine au procès Clearstream. On évoquera plus certainement des peines, et lourdes, pour un corbeau qui s’est révélé tour à tour professeur Nimbus jouissif, pantin dégingandé à la voix de crécelle, et machine de guerre impitoyable d’une lutte entre marchands d’armes presque trop belle pour être vraie.

 

 


 

 

 

Qu’on soit bien clair : une condamnation de Gergorin ne serait pas illogique dans le principe. Mais à bien y regarder, à quoi se résume cette affaire ? A un pipotage de fichiers Excel par un gang de pieds nickelés paranoïaques, avec le soutien plus ou moins actif de politiques en lutte d’egos, Villepin bien sûr, mais aussi Alliot-Marie et Sarkozy, lequel était au courant très tôt de la machination. Les puristes peuvent trouver ça scandaleux, attentatoire à des réputations, ordurier et immoral, avec raison. Les juristes y voient un délit, avec raison aussi. Mais dans cette affaire, pas de mort, pas d’argent détourné, pas d’enrichissement personnel.

 

Le vrai procès des Gomez, Delmas, Gergorin, Martinez et compagnie serait celui de la guerre des marchands d’armes des années 90. Celui-là a déjà eu lieu, en partie, et s’est embourbé entre relaxes et non-lieux. Alors, en attendant le souffle froid du verdict Clearstream, en attendant qu'on nous amène la tête de l'intéressé sur un plateau, permettez que je dépose un cierge à la santé de l’ami Gergo.


 

Pour plus d’infos, deux bouquins : Le Bal des ambitions, de Véronique Guillermard et Yann Le Galès (Robert Laffont), et Rapacités, de Jean-Louis Gergorin (Fayard).


Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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