L’heure est à la confession, ami lecteur. Après plus de trois mois de silence et d’introspection, Sobiz a décidé de tout avouer. Fanatique invétéré d’une « certaine presse des années 30 » (Christian "motodidacte" Estrosi, dénonçant le site Mediapart), friand de « méthodes collaborationnistes » (Eric Raoult), voire « fascistes » (Xavier Bertrand), se reconnaissant totalement dans les « sites de ragots et de déclarations anonymes » dénoncées par la délectable Nadine Morano, Sobiz a choisi de plonger dans la délicieuse chasse aux conflits d’intérêts qui a enchanté l’été. Et de balancer des noms à la vindicte populaire, foutrebleu.
En déterrant des rapports annuels,
déclarations AMF et autres documentations publiques fort prisée du "nerd" financier, on en apprend de belles. Agences de notations, banques, ministres et assimilés, gros plan sur les champions
incontestés de ce sport très français.
1) Marc Ladreit de Lacharrière
« Un curieux aristocrate qui se serait arrêté en Orient au lieu de revenir des croisades», disait Alain Minc après quelques verres d’ouzo et un havane
frelaté. Correction : Marco, c’est avant tout le champion toutes catégories du conflit d’intérêt. Un artiste, même. Résumons : à travers sa holding Fimalac, Ladreit est l’actionnaire
principal d’une des trois agences de notation mondiales, Fitch Ratings, qui note les capacités des entreprises et des états à rembourser leurs crédits. A l’image des patrons des agences
concurrentes, Moody’s et Standard & Poor’s, on pourrait raisonnablement imaginer que le gazier s’abstienne d’entrer aux conseils d’administration d’entreprises notées par Fitch. Que nenni,
ami lecteur : l’ami Marco engrange les jetons de présence chez Renault (noté BB par Fitch), l’Oréal (note court terme F1+) et Casino (BBB-). Autrement dit, il participe aux décisions
stratégiques de boîtes notées par sa filiale Fitch, et figure même à la tête du comité des nominations chez Renault, celui qui choisit le big boss.
Et comme Marco est décidément un type ouvert, il a également invité quelques potes au conseil d’administration de Fimalac, son propre groupe. Qui, bizarrement, sont presque tous des dirigeants d’entreprises notées : Thierry Moulonguet, jusqu’à très récemment directeur financier de Renault ; Jean-Charles Naouri, le patron de Casino ; Etienne Pflimlin, celui du Crédit Mutuel (note AA-) ; ou encore Thomas Piquemal, directeur financier d’EDF (note A+). Spelndide : des clients de Fitch au conseil d’administration de sa maison-mère. Un peu comme si Bernard Madoff ou Lloyd Blankfein (Goldman Sachs) figuraient au comité de nomination de leurs juges.
2) Michel Pébereau
Même ses plus ardents thuriféraires en conviennent : Michel Pébereau, président de BNP Paribas, cultive la suffisance comme d’autres la ciboulette
en pot. Il est comme ça, Michou : génie autoproclamé de la banque française, chroniqueur émérite –et soporifique- de la littérature de science-fiction dans le JDD, pilote du plan d’aide aux
banques aux côtés des fonctionnaires de Bercy, il a l’habitude qu’on lui bouffe dans la main et n’a aucune intention de la perdre (l’habitude, pas la main).
Le cumul des mandats ? Ca ne l’a jamais gêné. Le mélange des genres non plus : à 68 ans, Pébereau promène sa morgue dans les conseils d’administration de Saint-Gobain (client fidèle de BNP Paribas, notamment lors des OPA), Total (BNP était banque conseil au moment du rachat d’Elf), Lafarge (BNP s’occupe de la titrisation de créances commerciales du groupe), Axa (BNP est conseil de la filiale Axa Private Equity). Chaque entreprise est un client, et gare au patron qui nommerait une autre banque conseil que BNP lors des OPA et autres opérations financières.
Mais le coup de maître de Michou, c’est d’avoir réussi à se faire nommer administrateur indépendant chez EADS en mars 2007. Indépendant, parfaitement. Qu’importe si Pébereau n’hésite pas à faire pression, au sein du board, pour qu’EADS place son cash en produits BNP plutôt qu’en bons du Trésor. Qu’importe si BNP Paribas est un des leaders mondiaux du financement aéronautique : en gros, ils prêtent de l’argent aux compagnies aériennes pour financer leurs achats d’avions à Airbus, filiale d’EADS. Le lecteur acariâtre répondra peut-être que s’il l’on suit le raisonnement, aucun banquier ne peut réellement être administrateur indépendant. Je réponds : parfaitement.
Dans ce même conseil d’EADS figure d'ailleurs l’inénarrable Lakshmi Mittal, proclamé « indépendant » lui aussi. Indépendance toute relative : un avion d’Airbus est composé de 10% d’acier, ce qui fait d’Arcelor Mittal un fournisseur d’EADS…
3) Yazid Sabeg
Prenez une usine de semi-conducteurs de 1300 salariés à Corbeil-Essonnes, Altis, lâchée par ses actionnaires
IBM et Infineon. Faites entrer en scène quelques acquéreurs potentiels à l’odeur de soufre, comme l’agence russe d’exportation d’armement Rosoboronexport, la holding publique russe Sistema, ou
encore Germain Djouhri, le fils d’Alexandre Djouhri, investisseur mystérieux et âme damnée du patron d’EDF Henri Proglio. Multipliez les tentatives de rachat, les échecs, les nouvelles
tentatives. Nommez un membre du gouvernement, le commissaire à l’égalité des chances Yazid Sabeg, pour trouver un nouveau tour de table d’investisseurs. Laissez bouillir les syndicats à
l’approche du dépôt de bilan.
Question : qui reste-t-il pour jouer les sauveurs d’Altis en pleine torpeur estivale ? Bingo : le bon vieux Yazid Sabeg, par ailleurs patron de la société informatique Communication et systèmes. Le discours est limpide : j’apporte 40 millions d’euros, la puissance publique, via Oseo (15 millions d’euros) et le FSI (20 millions) amène une bonne partie du reste. A première vue, ça ressemble à un plan de sauvetage. A bien y regarder, c’est un cas classique de conflit d’intérêt : un quasi-ministre se sert de son statut pour faire pression de tout son poids une aide des bras armés financier de l’Etat. Et récupérer à bon compte (40 millions) un outil industriel dont les seules immobilisations corporelles (bâtiments, machines) sont estimées à 150 millions…

Lumineux. D’autant qu’il est quasi-certain que les 40 millions apportés par Sabeg ne sont pas les siens. L’ami Sabeg, tout le microcosme le sait, n’a plus un rond, et on voit mal des banques lui prêter 40 millions avec le bilan de ses participations. D’où viennent donc les biftons ? Du côté des syndicats d’ALtis, on souffle le nom de Papy Dassault, sénateur de Corbeil, comme grand favori, mais d’aucuns évoquent aussi le nom d’Alexandre Djouhri, père du mystérieux Germain évoqué plus haut. La présence de Sabeg serait donc juste un prête-nom destiné à ouvrir les vannes des financements d’Etat.
Et aussi…
Eric de Sérigny
Des enquêtes du Canard Enchaîné et de France Inter ont mis en lumière les étranges méthodes de ce proche conseiller d’Eric Woerth. Via son poste de consultant au cabinet Athema, il a conseillé l’entreprise Molex lors du conflit social de l’usine de Villemur-sur-Tarn, rachetée par le fonds américain HIG Capital avec une sacrée casse sociale. En même temps, il était conseiller du ministre du Travail qui, contre l’avis de l’inspection du travail, a autorisé le licenciement de 28 représentants du personnel. Du travail de pro, même si Sérigny nie farouchement.
François Pérol et Stéphane Richard
Nommés respectivement patrons de BPCE ( Banques populaires + Caisses d'Epargne, fusionnés sous pression de l’Etat) et de France Telecom alors qu’ils étaient secrétaire général adjoint de l’Elysée et directeur de cabinet de la ministre de l’Economie, ces deux-là jouissent désormais d’une relative tranquilité. Pérol a toujours l’épée de Damoclès d’une enquête pour prise illégale d’intérêts.
Bien sûr, on aurait tort de faire la fine bouche. Le spectacle de la brochette de crânes d’œufs de Goldman Sachs, assise en rang d’oignons devant
la commission d’enquête du sénat américain hier après-midi, est de ces grands moments de télévision qui entrent sans peine au panthéon du zapping, quelque part entre le rot de Jean-Claude
Vandamme sur le plateau de Nulle Part Ailleurs et le « Monsieur Foote, vous êtes un salaud » du très classieux Thierry Rolland en 1978.
Nom : Estrosi. Prénom : Christian. Profession : « ministre de
l’Industrie », clame son CV sur le site web de Bercy. « Imposteur », corrigent les familiers de son bureau de Bercy, patrons et syndicalistes confondus. Avec son
sourire de bellâtre azuréen et sa coiffure de Playmobil, Estrosi a vite appliqué les préceptes de l’Evangile selon Sarko : un melon sur-développé, beaucoup de bruit, peu de résultat. En y
ajoutant, soyons honnête, une innovation majeure : avec lui, les poissons d’avril, c’est tous les jours.

Ben
on l’avait presque oublié, celui-là. Ses 56 tonnes, ses 7 mètres de long, ses 70 km/h en vitesse de pointe. Ah, ce bon vieux char Leclerc... La gloire militaire française, la fierté
technologique de notre armée, le « meilleur char du monde », selon ses thuriféraires à gilets multipoches. L’engin, conçu par le vénérable constructeur Giat Industries (aujourd’hui
Nexter), aurait dû être le prototype du char d’assaut du 21ème siècle. Il n’aura été qu’un gouffre financier doublé d’un bide improbable, que SoBiz s’en va vous conter de sa plume
fourbe et malveillante.
C’est venu comme un
pressentiment, une certitude, presque : 2010 sera l’année du bide. Sobiz avait à peine terminé de digérer son Osso Bucco surgelé arrosé de mauvaise Villageoise en cubi que déjà, les
indices pleuvaient comme la giboulée de mi-saison sur le parking du Bricomarché d’Hazebrouck : le retour à la chanson de Nilda Fernandez après avoir participé à un opéra rock de Tri Yann ;
la nouvelle tournée de Faudel ; Pavel Nedved pressenti à l’AS Cannes ; le design nihiliste de la nouvelle Nissan Cube ; ou encore la chanson «




Aigreur, amertume, tristesse ineffable. Ne nous voilons pas la face, pondéreux lecteur : on n’aura pas appris grand-chose à ce
fameux procès Clearsteam. Imad Lahoud mythomane ? On le sait depuis les années 40. Gergorin dérangé du bulbe ? Info faisandée tel le ravioli chinois. Denis Robert et Florian Bourges à
la ramasse ? On l’aurait deviné. Pas même de quoi taper à bras raccourcis sur Villepin, sinon les notes en sanscrit de papy Rondot, qui nécessitent une nouvelle pierre de Rosette pour être
traduites en français. Bref, malgré trois semaines de procès, pas de révélation, d’aveu, encore moins de collapsus en pleine séance. Le vide.
Le 14 mars 2003, Jean-Luc Lagardère, patron historique de Matra et cofondateur d’EADS, décède à l’hôpital Lariboisière de Paris, à 75 ans. Diagnostic des médecins :
encéphalomyélite aiguë disséminée. La maladie est rare, surtout à cet âge avancé, encore plus rarement mortelle, de l’ordre de 5% des cas. Mais personne, ni l’héritier Arnaud Lagardère, ni sa
veuve, ni ses lieutenants, ne mettront en doute la version officielle de ce décès.
Alain Gomez avait trouvé le nom de code en
regardant un idéogramme chinois. « Couper les ailes de l’oiseau ». Nom imagé pour un objectif plus prosaïque : flinguer Lagardère. En gros, Gomez veut éviter une prise de
contrôle de son groupe, Thomson-CSF, par son concurrent Matra, dirigé par Jean-Luc Lagardère. En ce début des années 90, chaque camp fourbit ses armes. D’un côté, un Lagardère aux abois après le
plantage de la Cinq, tentant de se refaire une santé en récupérant un Thomson qu’il espère voir privatisé. De l’autre, un Gomez prêt à tout pour éviter ce scénario.
L’ordonnance de renvoi de Jean-Louis Gergorin devant le tribunal correctionnel dans
l’affaire Clearstream est un régal. De ces jouissances linguistiques qui illuminent la journée, nourrissent le corps, élèvent l’esprit. Le juge d’instruction y détaille la terminologie de ses
lettres envoyées au juge van Ruymbecke pour l’appâter.
Il fut un temps où Didier Lombard n’était pas PDG de France Télécom. On parlait alors plus de dette que de suicides, de cessions
d’actifs que de mal-être au travail, de recherche de cash que de « 

Alain Minc est un type en or. De ces stakhanovistes de la pensée qui balancent leurs jugements définitifs sur le monde,
l’andouillette AAAAA ou la reproduction des coléoptères en milieu humide avec la régularité d’une exhalaison méthanière de vache Prim'Holstein. C’est bien vu, parfois, grotesque, de temps en
temps, mais le lecteur finit toujours par trouver dans la logorrhée de Thelonious Minc la saillie qui lui parle, qui chatouille son intellect, qui résume en cinq mots ce qu’il ne peut énoncer en
trois pages.

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