Jeudi 9 juillet 2009




           Gémissez, cheikhs à turbans. Pleurez, ronds de cuir chinois, sanglotez, gros bras de la finance asiatique. Il est là, il est musclé, et il est pas content : le fonds souverain à la française -FSI pour Fonds stratégique d’investissement- est enfin dans la place. Après avoir investi quelques millions deci delà pendant des mois, le machin est pleinement opérationnel depuis quelques jours, avec sa vingtaine de milliards de dotation enfin dans les caisses : 14 milliards d’euros de participations, apportées à parité par l’Etat et la Caisse des dépôts, et 6 milliards de « cash », obtenus par endettement.

 


          L’idée de départ est simple : face à la puissance financière des fonds souverains du Golfe ou d’Asie, destinés à faire fructifier l’argent du pétrole ou les indécents excédents commerciaux chinois, la France ne pouvait pas rester les bras ballants à offrir ses bastions stratégiques au premier chéquier venu. Sarko décide donc fin 2008 de lancer un fonds français chargé d’investir dans les secteurs stratégiques et les PME prometteuses confrontées à un manque de cash du fait de la crise.


 


          Séduisant sur le papier. Dans les faits, la création du FSI a un autre objectif, plus prosaïque : la reprise en main, par l’exécutif, de la Caisse des dépôts, institution créée sous la Restauration, placée depuis cette époque « sous la protection du Parlement », et dont le DG, Augustin de Romanet, a le défaut rédhibitoire de ne pas être un sarkozyste béat.

 

Problème : il faut faire dans la discrétion. Le FSI sera donc détenu à 51 % par la CDC et seulement 49% par l’Etat, ce qui en fait théoriquement une filiale de la Caisse. Mais Sarko récupère la haute main en deux temps. D’abord, en plaçant Romanet sous l’étroite surveillance d’un comité d’investissement et d’un « comité d’orientation stratégique » dont les présidents (la Pinault girl Patricia Barbizet et le président de Sanofi Aventis Jean-François Dehecq) sont nommés par volonté sarkozienne avant même la création officielle du fonds. Ensuite, en transférant au FSI, dans le cadre de sa dotation initiale, les plus grosses participations de la CDC : le groupe de BTP Eiffage, l’opérateur satellites Eutelsat, le promoteur immobilier Nexity, le groupe hôtelier Accor, ou encore Danone.

 


 

Romanet a beau clamer sur tous les tons qu’il est seul maître à bord, personne n’est dupe. L’Etat a limité sa part de dotation au FSI au strict minimum : un bout de sa participation dans France Télécom (13%), 8% de ses 60% d’Aéroports de Paris, et ses 33% des ex-chantiers de l’Atlantique, aujourd’hui STX France Cruise. Point final. Curieusement, le fonds « stratégique » n’a hérité d’aucune des participations véritablement stratégiques de l’Etat : pas d’EADS, pas d’EDF ni de GDF Suez, pas de Thales, pas de Safran et encore moins d’Areva et de Renault. Pas question de se priver de ces instruments de politique industrielle, ni de leurs précieux dividendes.


 

Faut-il pour autant condamner l’outil FSI  ? Certainement pas. Le fonds a fait le job sur plusieurs dossiers, et assez rapidement : le sous-traitant aéronautique Daher, le groupe d’aéronautique et d’automobile Mécachrome (1600 salariés en France), le spécialiste de la carte à puce Gemalto, le fondeur Farinia, le spécialiste des câbles sans soudure Nexans, le carrossier Heuliez. Le FSI est dirigé par un acnien patron de Citroën, Gilles Michel, aussi charismatique que Francis Mer aux sports d'hiver, mais bon connaisseurs de l'industrie française.

 

 

 

 


En revanche, certains investissements posent question. Prendre 2,5% de l’équipementier automobile Valeo, qui licencie à tour de bras et dont l’ancien boss Thierry Morin truffait la salle de réunion du conseil d’administration de micros pour écouter ce qui s’y disait en son absence, voilà qui fait un peu désordre. D’autres dossiers évidents semblent enterrés, alors que le temps presse : le fleuron grenoblois du semi-conducteur Soitec, ou l’équipementier aéronautique toulousain Latécoère, qui fait l’objet d’un intérêt certain de fonds du Golfe, comme Mubadala. FSI contre le reste du monde, la guerre ne fait que commencer.

 

 

 



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Lundi 6 juillet 2009




         Ainsi donc, RLD est mort. Il a cassé sa pipe, dévissé son billard, avalé sa chique, passé l’arme par la racine en suçant les pissenlits par la gauche. C’est moche, ça, très moche. Mais c’était prévisible : la rumeur d’un décès prochain enflait depuis quelques jours dans les rédactions parisiennes, qui avaient mis la nécrologie au micro-ondes, histoire de la servir chaude dès la nouvelle annoncée. Robert Louis-Dreyfus a eu la riche idée d’attendre le week-end, offrant à l’inénarrable JDD l’occasion d’un bide en une : « Le patron de l’OM est mort ». On reviendra un jour sur la différence entre « patron » et « actionnaire majoritaire », si ça peut rendre service au groupe Lagardère. Mais là n’est pas la question.

 

La confusion ne doit rien au hasard : RLD était une énigme. De celles sur lesquelles on se casse tellement les dents qu’on se contente d’en répéter le même résumé poussif : a) actionnaire-malheureux-de-l’OM-où-il-a investi-210-millions-d’euros-sans-gagner-un-titre, b) joueur de poker, c) ancien boss d’Adidas. Je vous épargne le d) actionnaire de Direct Energie, le concurrent nain d’EDF, et le e) passionné de cigares, on est lundi matin et je ne veux pas trop être agressif.

 

 

 

 

Le résumé est contestable, au mieux. Malhonnête, au pire. Quitte à faire dans le lapidaire, autant y aller franco : RLD, s’il était de nationalité suisse, était un des plus grands patrons français. L’OM n’était pour lui un gadget, un passe-temps qu’on se jure d’abandonner et qu’on n’abandonne jamais, un jouet cabossé qu’on aime et qu’on déteste à la fois, sans vraiment avoir le cœur de s’en séparer. 210 millions d’euros, c’était de l’argent de poche, le prix d’une passion déraisonnable qui ne lui a apporté que des emmerdes, mais qui n’a jamais constitué le socle de son empire, l'OM étant détenu par une société lui appartenant personnellement, Eric Soccer.

 

Le vrai job de RLD, c’était son groupe familial, le groupe de négoce Louis-Dreyfus. Un géant estimé à 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires, plus gros qu’Apple, Areva, Alstom ou Nike. Un mastodonte bien loin des relances en carton de Ronald Zubar ou des gri-gri de Ben Arfa, présent dans la production de céréales, d’huiles, de jus d’orange (15% du marché mondial), dans le concassage de soja, la transformation du coton, le commerce de riz, de blé, de maïs, de café, de sucre ou de sorgho, le transport maritime et routier. Louis-Dreyfus est aussi un des leaders du gaz liquéfié aux Etats-Unis, un important propriétaire de bureaux en Europe et en Amérique du Nord, un gestionnaire de ports en Argentine et de forêts en France.

 

 

 

De tout cela, on ne parle pas, ou peu. Parce que ces métiers de négoce, hérités de l’arrière-grand-père Léopold en 1851, ne sont pas des plus sexy pour le grand public. Et qu’ils sont encore moins raccords avec l’image du RLD flamboyant qui rachetait Adidas à Tapie pour une bouchée de pain, créait avec son bras droit Jacques Veyrat le principal concurrent de France Télécom (LDCOM, devenu Neuf, puis Neuf Cegetel), ou s’offrait il y a quelques années la marque le Coq Sportif pour tenter un revival à la Puma.

 

C’était toute la complexité du bonhomme. Self made man flamboyant grandi loin du groupe familial pendant trente ans, de sa première fortune gagnée au poker à la revente des parts de Neuf Cegetel, en passant par les aventures Saatchi & Saatchi, Adidas et LDCOM. Et enfant prodigue revenu dans le giron du groupe Louis-Dreyfus, quand il avait repris le contrôle du groupe et bloqué son capital pour 99 ans, pour tuer dans l’œuf toute velléité de vente des parts de la famille.

 

            Une énigme, donc. Qui, comme toutes les énigmes, méritait mieux que la mauvaise caricature d'un fan de barreaux de chaises à écharpe OM.




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Mercredi 1 juillet 2009





           C’est ce qu’on appelle se prendre un vent. Une veste. Un de ces rebonds de cour d’école qui endolorissent les chicots et plombent le moral du prépubère acnéique. Le prétendant en question avait pourtant un certain style : Xstrata, cador anglo-suisse du secteur minier, présent à la fois dans la production de cuivre, de nickel, de charbon, de zinc et de vanadium. Un groupe en pleine croissance, qui avait réussi à gober son concurrent canadien Falconbridge en 2006, et à prendre pied en Nouvelle-Calédonie, sur les terres du français Eramet, avec un énorme projet d’extraction de nickel baptisé Koniambo.


 

Seulement voilà, la proie, Anglo American, se trouvait trop belle pour son boutonneux soupirant. Le cuivre ? Pourri. Le charbon ? Pas mieux. Le zinc ? Tout juste bon à absorber la Jupiler dans les PMU de Gyf-sur-Yvette. Depuis qu’il s’est séparé de ses activités dans l’or (Anglo Gold), Anglo American ne jure que par le platine, le fer et le diamant (de Beers). Alors, son offre de « fusion entre égaux » et ses « 1 milliard de dollars de synergies » Xstrata pouvait se les carrer dans le lieu sombre et mal famé de son choix. Refermez le dossier.

 

Fin de l’histoire ? A première vue seulement. Des râteaux de ce genre, le secteur minier en a déjà connus, dont certains étaient de la poudre aux yeux. Fin 2008, l’anglo-australien Rio Tinto avait réussi à échapper in extremis à l’offre de son concurrent BHP Billiton. L’attaque, sabre au clair et valises de yuan en main, du chinois Chinalco quelques mois plus tard l’a finalement ramené à de meilleurs sentiments vis-à-vis de BHP. Les deux tourtereaux viennent de faire alliance sur le minerai de fer, un business à 100 milliards de dollars.

 

 

 

 


 Pourquoi ces grandes manœuvres ? Parce que la mine est un métier de chien, où seule la taille garantit la viabilité des sociétés. Des coûts d’exploitation énormes et peu flexibles, sauf à fermer des mines ; une rentabilité fortement dépendante du prix du transport, donc du cours du pétrole ; une dépendance aux infrastructures locales, certaines mines sud-africaines ne pouvant être exploitées faute de routes ou de voies ferrées ; et des cours des matières premières qui jouent au yo-yo, de même que les cours de bourse : le cours d’Eramet est passé de 600 euros à 150 en quelques mois.

 

Même sur le secteur de l’or, un des plus prestigieux, pas facile de rentrer dans ses frais : la teneur en or des gisements diminue de manière mécanique, les coûts de production ont augmenté de 20% en douze mois, et la prospection coûte effroyablement cher. Alors, on règle ses comptes à grands coups d’OPA - Anglo Gold sur Ashanti, Placer Dome par le canadien Barrick- ou en se rachetant des mines quand on n’a pas les moyens de les exploiter. A moins qu’on ne nationalise carrément tous les gisements nationaux, façon Chavez, comme l’Ouzbek Navoi MMC.

 

 


 

Tous les moyens sont bons pour sortir vainqueur de cette course à la taille critique. Même dégrader un peu ses exigences sur la cible, un peu comme la pêche au gros de quatre heures du matin au Macumba, sueur au front et guiboles flageolantes, quand les créatures de rêve sont partis dans la Golf des jackys à gourmette. Les Chinois sont les rois du genre : après son vent avec Rio Tinto, Chinalco se serait rabattu sur Anglo American, plus petit et moins cher, tout en gardant un œil sur Rio Tinto, dont il possède quand même 9,3%.

 

L’intérêt des Chinois est bien compréhensible : bien qu’ils soient les premiers producteurs mondiaux de minerai de fer, cette production est insuffisante pour les gigantesques besoins de leur industrie sidérurgique. Et ils enragent de se faire régulièrement enfler par l’oligopole du fer, BHP, Rio Tinto et le brésilien Vale, lors des négociations pluri-annuelles. La Chine a eu beau regrouper ses aciéristes pour mieux négocier les prix, ça ne suffit pas : l’oligopsone (peu de clients) ne sera jamais aussi fort que l’oligopole d’en face (peu de vendeurs). Une seule solution, donc : sortir le carnet de chèques, et partir à l’abordage des producteurs. Quitte à se prendre quelques rebonds.

 

 


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Mardi 16 juin 2009


          « La réponse est oui. Mais quelle était la question ?», disait Woody Allen. OK, on la répète : à quoi peut bien servir une moustache en 2009 ? Pas à grand-chose, à première vue. A cultiver un look vintage. A mettre de côté un peu du dessert de midi. Voire à accentuer sa virilité de quelques poils bien sentis. Côté business, c’est plus difficile à dire. Sobiz est donc allé fureter dans la pilosité des patrons à moustache, histoire de voir si elle les isole de la déprime ambiante.

 

          Cas 1 : les touffues

 

          Ici, on verse dans l’opulence. On assume, on exhibe, on joue sur l’effet volume. La moustache est un acte politique, une fierté qu’on se transmet de père en fils. Le constat est sans appel : quand il s’agit de débusquer ce type de bacchante fournie et de poil dru, pas de miracle : les chevaliers teutoniques restent indépassables.

 

 


 

 

        La Germanie peut s’enorgueillir de sa flopée de champions, dont la légende Dieter Zetsche, patron du constructeur automobile Daimler (marque Mercedes). « Le phoque », pour les intimes, quelques kilos en moins et les lunettes en plus. Pas un rigolo, le Dieter : nommé à la tête de la marque américaine Chrysler en 2000, que Daimler venait de racheter, il avait allègrement sabré dans les usines et les effectifs, fermant 6 sites et supprimant 26 000 emplois. Propulsé à la tête de Daimler en 2006, il a musclé les ventes et la rentabilité de Merco, avant de se prendre, comme tout le monde, la crise en pleine face. Reste un Daimler solide, et un patron peu ou pas contesté. Juste un peu rasoir.




          L’autre fier représentant de la moustache rhénane est un autre gros bonnet de l’auto made in Deutschland, Wendelin Wiedeking, patron de Porsche. Un sacré vicelard, celui-là : en s’appuyant sur le noyau dur familial de l’actionnariat du constructeur de luxe, il avait réussi à partir à l’assaut du deuxième groupe automobile mondial, Volkswagen, au chiffre d’affaires seize fois supérieur (114 milliards d’euros contre 7 milliards). Problème : Porsche, durement touché par la crise financière, a toutes les peines du monde à financer sa montée à 51% du capital de VW. Au point qu’il a même dû emprunter à sa proie 700 millions d’euros… pour l’aider à la racheter. Conclusion : le rachat risque de se muter en simple fusion. Pire, Volkswagen, dirigé par le glabre Martin Winterkorn, pourrait même finalement racheter son moustachu assaillant. A moins que Porsche réussisse sa danse du ventre envers les fonds du Moyen Orient.

 

 

          Cas 2 : les artistiques

 

 

 

 

           Le constat est aussi triste qu’habituel : le CAC40 goûte peu le poil. Il exècre la touffe, abhorre le favori, méprise la glorieuse. Tout juste tolère-t-il la barbe de trois jours sur le menton du vétéran Henri Lachmann, président du conseil de surveillance de Schneider Electric. Pour le reste, c’est le royaume du blaireau, de la fine lame et de la glabre habitude. Des vaillants conquistadores à pilosité supra-buccale, il ne reste qu’un survivant : le boss de Total, Christophe de Margerie. Mais quelle moustache, mes aïeux : une touffe de colonel de l’armée des Indes, un truc post-colonial tout droit sorti du 19ème siècle, qui frisotte à chaque saillie, frétille à chaque bon mot. Avec un résultat net de 14 milliards d’euros en 2008, on ne peut pas dire que le bougre gère mal sa barque. Tout juste reconnaît-il une « vrai problème d’image » pour son groupe. Lequel ne doit rien à sa moustache.

 

 


 

          L’autre résistant de la place parisienne, c’est le patron de Dassault Aviation, Charles Edelstenne. Le fringant septuagénaire arbore la moustache de rigueur dans un secteur qui l’a toujours vénérée, de Toulouse à Mérignac, de Tarbes à Saint-Nazaire. Le poil se fait ici plus discret, moins opulent, avec l’indéniable avantage d’éviter aux interlocuteurs d’identifier le menu du repas de midi de son propriétaire. Mais là, moustache ou pas, les temps sont durs : Dassault ne vend plus un jet d’affaires Falcon, le Rafale attend toujours ses premières commandes export. Heureusement que l’ami Serge a pu se défouler en éjectant le glabrissime patron de Thales Denis Ranque, à peine entré au capital du groupe de défense.

 

 


 

          Le dernier gazier de cette catégorie n’a pas grand-chose en commun avec Charlie. Dov Charney est même un peu son opposé : un physique de star du porno, option moquette pectorale, un goût immodéré pour les jeunes stagiaires dont il a longtemps fait les entretiens de recrutement en slip panthère, des Cadillac roses décapotables dans lesquels il aère ses aisselles en sifflotant. Oui, le patron de la marque de vêtements archi-bobo American Apparel est un gueudin. Du genre à ouvrir des usines à Los Angeles quand tout le monde file au Mexique ou en Chine, et à payer ses ouvrières bien au dessus du salaire minimum. La moustache, parfois rejointe d’un collier de barbe à mi-joue du plus bel effet, n’est qu’un autre symbole de sa différence, qui ne lui réussit pas si mal, même s’il vient de signer un chèque de cinq millions de dollars à Woody Allen, pour avoir utilisé des images de ses films en publicité sans autorisation.

 

 

          Cas 3 : les traîtres à la cause

 

 

 

 

               Ceux-là, on ne les félicite pas. Rattrapés par la mode, convaincus par Môman ou par la vulgate anti-poil, ils ont déserté, lâché le crew, sabré l’auguste poil à grands coups de cinq-lames. Des noms ? Allons-y.  Alexeï Miller, le patron de Gazprom. Herbert Hainer, PDG d’Adidas. Hartmut Ostrowski, boss du géant allemand de la communication Bertelsmann. Ces héritiers de deux grands pays à bacchantes ont préféré sacrifier leur différence sur l’autel du libéralisme globalisant, du patron transational. Pas glorieux, ça, pas glorieux. Il ne faut donc pas s’étonner que ces trois groupes souffrent : Miller croule sous une dette maousse et se retrouve instrument du Kremlin ; Hainer n’a toujours pas réussi à redresser Reebok, racheté en 2005, et voit ses ventes durement touchées par la crise ; et Ostrowski peine à maintenir la rentabilité de son groupe, notamment la branche presse. Alors, les gars, on regrette pas le coup de rasoir ?

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 15 mai 2009




Ca y est, on tient notre homme. Un vieux cador, sacrebleu. Une pointure, un boss providentiel, un gros bonnet. C’était officieux, c’est officiel, ou presque : le groupe d’électronique de défense Thales (drones, radars, satellites, guidage missiles) a un nouveau patron, le charismatique Luc Vigneron, ci-devant patron du groupe de défense Nexter. Bienvenue dans l’épilogue glamour du réjouissant opéra-bouffe qui avait abouti à l’entrée de Dassault au capital de Thales. Résumé des épisodes précédents.


Acte 1 : Sarko chasse le Teuton. Alcatel-Lucent, actionnaire à 20,8% de Thales, souhaite se débarrasser de sa participation pour récupérer un peu d’argent. EADS, à l’affût depuis des années, est sur les rangs. Manque de bol, il doit renoncer à faire une offre sur demande expresse de Sarkozy, prompt à voir dans le groupe européen un poste avancé de Teutons à bacchantes, avides d’anschluss industriel sur un fleuron tricolore. Exit donc EADS.

Acte 2 : Papy Serge sort les pépètes. Sarko a une autre idée : il veut persuader son ami Serge Dassault de racheter les fameux 20%, histoire d’ancrer le capital de Thales, ex-Thomson CSF, dans des mains aussi sûres que franchouillardes. A vrai dire, ça emmerde un peu l’ami Sergio, qui n’aime guère se faire forcer la main. Mais bon, l’Etat est quand même le seul client de son chasseur Rafale, et vu la chute de ses ventes de jets d’affaires Falcon, mieux vaut ne pas trop la ramener. Va pour Thales : Dassault signe le chèque d’1,6 milliard d’euros, devenant ainsi le deuxième actionnaire du groupe après l’Etat (26%).

 


 

 

Acte 3 : Maintenant ça va chier. Problème : Papy Serge (Dassault) et Papy Charles (Edelstenne, le patron de Dassault aviation) ne sortent jamais de pépètes sans contrepartie. Ils ont casqué sévère, limite forçage de main. Alors ils veulent le contrôle du groupe, et un patron à leur botte. Pas vraiment le cas du boss actuel, le soporifique Denis Ranque, qui avait vainement tenté de s’opposer à l’entrée de Dassault à son capital. Qu’à cela ne tienne : Dassault fait le siège de l’Elysée pour flinguer Ranque, proposant même un candidat pour le remplacer : François Quentin, directeur de la division aéronautique de Thales.

 

Acte 4 : Thales pris Dassault. Denis Ranque a vent du contrat sur sa tête. Le boss réagit avec une violence qui lui est peu coutumière : il vire François Quentin sans préavis mi-janvier, officiellement pour manque de résultats. Le clan Dassault passe du vert au violet, hurle, promet du sang et des viscères. Mais l’Etat reste inflexible : Ranque n’a pas démérité, pas question de nommer le candidat de Dassault. D’autant qu’un opportun article de la Tribune met violemment en cause sa gestion de la branche aéronautique de Thales.

 

 

Acte 5 : Du grabuge chez le Grec. Quentin plombé, les barons du Grec (surnom de Thales) se découvrent des velléités de chevalier blanc. Alexandre de Juniac, ex-conseiller de Sarko et patron Europe. Pascale Sourisse, patronne de la division espace. Jean-Georges Malcor, nouveau boss de la division aéro. Mais l’Etat va soutenir le nom d’un manager connu de sa mère : Luc Vigneron, patron de Nexter, l’ex-Giat Industries, avant tout connu pour son désastreux char Leclerc. Dassault opine, satisfait d’avoir trouve un « yes man » qui ne lui cherchera pas des poux dans la gouffa.

 

Le dernier acte est en train de se jouer. Malgré l’avis négatif du comité de sélection de Thales (émanation du conseil d’administration) sur la candidature de Vigneron, l’Etat a décidé de passer en force. Un communiqué de Matignon, publié cette nuit, assure que Dassault et l’Etat soutiendront Vigneron malgré tout.

 

 

 

 

Du côté des spécialistes du secteur, on se gondole : l’intéressé a certes redressé l’ex-Giat, désormais rentable, mais au prix de milliers de suppressions d’emplois financées par l’Etat, et d’un chiffre d’affaires divisé par quatre qui l’a ramené au statut de PME (560 millions d’euros, contre 12,4 milliards à Thales…). Le tout sans contrat export, ou presque, et avec des bides retentissants, comme le char Leclerc. Pas de doute : avec une pointure à sa tête, le Grec sera bien gardé.

 


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Lundi 4 mai 2009




         Il y a des phrases, comme ça, qui se finissent trop vite. Qui laissent un petit coup d’inachevé sur la langue. Prenez le titre du Monde d’aujourd’hui, page 16 : « Claude Bébéar présidera un comité des sages chargé d’éviter les excès ». Là, on attend la suite. On guette la chute, la saillie, le climax. Je sais pas, moi, un bruit de cimbales, un gimmick sonore façon Guy Golo, un « sic », un pouêt-pouêt, un ouarf, un « heyyy ». Un bandeau « insolite », un LOL, un PTDR, un truc, quoi.

 

          Claude Bébéar. Comité des sages. Sérieusement. L’homme dont on baise la bague pour se faire adouber patron du CAC devra donc « veiller à ce que les rémunérations des dirigeants d'entreprises ayant recours au chômage partiel ou à des plans sociaux respectent des principes de mesures et d'équilibre ». Diantre. Autant mettre Benoît XVI en VRP de Durex, Jérôme Rothen au ministère de la Culture, et éditer les textes de Bernard Ménez chez la Pléiade.

 

          Le milliardaire Richard Branson, dentu fondateur de Virgin, avait eu une idée assez comparable. Une association baptisée « the Elders », une sorte de comité des sages, un peu comme dans les villages africains, qui se réunissent régulièrement pour faire le point sur l’avancée du monde, et user de leur poids moral en cas de besoin. La différence, c’est que bizarrement, Claude Bébéar n’est pas de l’auguste aréopage. On lui a, de manière incompréhensible, préféré Nelson Mandela, ainsi que l’autre prix Nobel de la Paix, l’archevêque Desmond Tutu, ou le fondateur du microcrédit, Muhammad Yunus.

 

 


 

          Ce fâcheux oubli est donc réparé. Bébéar le Sage aura son propre comité. Lui, le patron historique de l’assureur Axa. Lui, le Don Corleone du business français, l’homme qui fait et défait les princes du business comme il chasse le grand fauve en Afrique. Le départ de Messier de Vivendi ? Bébéar. La victoire de la BNP sur la Société Générale lors du raid boursier sur Paribas ? Bébéar aussi. L’échec de l’OPA de Bolloré sur Bouygues ? Bébéar encore. Administrateur d'une demi-douzaine de sociétés du CAC, grand mufti de plusieurs think tank dont le célèbre Institut Montaigne, "CB" a été le parrain incontournable du business français pendant trente ans.

 

          Combien gagnait le sage Bébar chez Axa, déjà ? De l’ordre de trois millions d’euros de salaires par an, sans compter les stock-options et jetons de présence, avant de laisser les manettes au télébreux Henri de Castries. Le prix de la sagesse, certainement. « Bébéar et ses amis font partie de ceux qui ont encouragé une incroyable course à l’échalote des rémunérations, parfois déconnectée des performances des sociétés », estimait, en 2005, Pierre-Henri Leroy, président de Proxinvest et auteur d’études annuelles sur les revenus des patrons et les plans de stock-options.

 

 


 

Reste maintenant à désigner les membres du fameux comité. SoBiz y a réfléchi : on partirait sur du Igor Landau (ex patron d’Aventis, parachute doré de 10,5 millions d’euros) et du Antoine Zacharias (ex-boss de Vinci, 12 millions de parachute doré et 170 millions d’euros de stock-options). Un peu de Forgeard (8,5 millions), un zeste de Daniel Bouton (il a bien été grand gourou de la « corporate governance » Afep-Medef). Et pour l’international, un bon gros Madoff en casquette, un obscur directeur financier de Freddie Mac, et l’ex patron d’Enron, Kenneth Lay.

 

Ah zut, il est mort celui-là. Kerviel, alors. Ou Daniel Bernard. L’avantage des comités des sages, c’est que chez les gros bonnets du bizness, on a l’embarras du choix.

 

 


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Jeudi 30 avril 2009



        C’est entendu, mes frères, le goret est un loup pour l’homme. La civilisation va disparaître, vaincu par le burrito sauce tex-mex et le verrat frelaté de Guadalajara. Déjà, les signes de la décadence sont là : le péquin semi-débile fait le siège de sa pharmacie comme il remplirait ses bidons d’essence en cas de nouvelle guerre du Golfe. Son collègue atrophié de l’encéphale débourse 150 euros sur internet pour une boîte de faux Tamiflu qui va le faire chier liquide pendant un mois. Le monde crève de ses pourceaux, ami lecteur. « Fais du bien à un cochon, il viendra chier sur ton perron », prévenait déjà un proverbe québécois.

       Soyons sérieux deux minutes. Avant de suer à grosses gouttes devant la Google Map de la progression du virus, regardons les chiffres. Au Mexique, le bilan de la grippe porcine est passé de 7 à 8 morts, le nombre de décès suspects a été ramené de 159 à 84, selon le ministère de la santé. Petit rappel : 5000 à 6000 personnes meurent de la grippe traditionnelle chaque année en France. Soit 250 000 à 500 000 morts par an dans le monde. Conclusion : à son stade actuel, H1N1 est aussi inoffensif que R2D2. Je répète : à son stade actuel.





       Bref rappel historique. La grippe aviaire, dite H5N1, avait fait 250 morts. Elle présentait l’avantage de ne pas se transmettre d’homme à homme, ce qui semble être le cas de la grippe mexicaine. Le SRAS avait fait 800 victimes en 2002-2003, sans aucun vaccin ou traitement. Bref, pour médiatiques qu’aient été ces épidémies, leur bilan final s’est révélé très limité. Les craintes sur l’épidémie actuelle sont donc avant tout dues au souvenir de la grippe de 1918, dite grippe espagnole, qui avait fait entre 20 et 50 millions de morts. Avec, manque de bol, une souche de type H1N1.

       Quels sont les risques aujourd’hui ? Il serait mal venu, pour les grands labos pharmaceutiques, de se frotter les mains face à une situation qui les met pourtant au centre du jeu. Alors ils se contentent de dégainer leurs biscotos, et de souligner que deux traitements semblent fonctionner contre le virus : le Tamiflu du labo suisse Roche, et le Relenza du britannique GSK. La France dispose de 23 millions de doses du premier, et de 10 millions du second. Roche assure pouvoir produire 400 millions de doses par an. De quoi retarder, voire stopper une éventuelle pandémie, si l’anti-viral est bien distribué dans toutes les zones touchées.





        L’autre piste, complémentaire, c’est le vaccin. La France a la chance d’avoir le leader mondial de la spécialité, Sanofi Pasteur, que l’OMS a contacté pour engager les travaux. L’Europe ne manque pas non plus de gros bonnets, entre le britannique GSK et le suisse Novartis. Grosso modo, après avoir isolé la souche du virus, il faut quatre mois pour développer un vaccin. Tous les cadors s’y sont mis : Roche, GlaxoSmithKline, Safoni-Aventis, Novartis, Baxter, CSL, AstraZeneca. Une trentaine de labos en tout, attirés par les marges juteuses sur les vaccins, qui présentent aussi l’avantage d’être difficilement «génériquables».

       Une course contre la montre, donc. Mais aussi un duel sans merci entre la poule et le goret. Les virus anti-grippaux sont cultivés dans des oeufs de poule fécondés, puis tués et purifiés pour que le vaccin soit produit. Globalement, un œuf fournit assez de virus pour une dose de vaccin. Il faut donc produire beaucoup d’œufs, pour beaucoup de vaccins. Un plan de relance, version basse-cour.



Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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Jeudi 23 avril 2009






On connaissait les crash tests, où des mannequins se font éviscérer, transpercer, broyer, éclater contre un mur, défoncer par un volant, le tout passé au ralenti dans les spots sécurité routière. Fini, ça, terminé. Il ne se vend plus une bagnole, ou alors des low-costs avec un pare-choc en mousse, les freins en option et la direction assistée à l’huile de coude. Des Logan en carton, des Tata Nano en polystyrène, voire des Chery QQ. Chinoises, les QQ.

 

Le grand truc, chantourné ami lecteur, c’est désormais les crash tests pour les banques. Les « stress tests », qu’on appelle ça. En clair, des enquêtes de la nouvelle administration américaine pour dégoter les actifs toxiques dans l’océan de jeux d’écriture, produits dérivés et autres paradis fiscaux mis en place, avec amour, application et un poil de perversité par les banques américaines depuis des années.

 

Frissonnez, gérontes financiers, tremblez, pognasse addicts : la chasse à l’actif toxique est ouverte. Un peu comme une chasse aux œufs de Pâques avec Obama jouant à chaud-froid pendant que les patrons de Merril Lynch ou de Bank of America le guident en fumant des barreaux de chaises. « Là, tu chauffes Barack… Non, là, ça refroidit. Pourri, la Suisse, que des collabos. Ah, ben non, pas là, non plus… Pfff, les Iles Vierges, tu me prends vraiment pour un jambon…»

 

 


 

Obama s’est donné jusqu’à début mai pour trouver les lapins fourrés au Credit Default Swap et les ours chargés au subprime. On lui souhaite bien du courage. Car comme l’a souligné l’éditorialiste de la Tribune Philippe Mabille et l’impeccable BA, habitué de ce bloug et commentateur aussi assidu que régulièrement hors sujet, même le FMI commence à avoir les fesses qui font bravo. En janvier 2009, les services de Strauss-Kahn prévoyaient 2 200 milliards de dollars de pertes mondiales pour les bilans bancaires. Ce chiffre a été réévalué à 4 000 milliards de dollars, dont un tiers seulement a été comptabilisé.

 

Si j’en appelle à mes lointains souvenirs de mathématiques, il doit donc rester 2600 milliards de dollars de pertes qui ne sont nulle part, dans aucun livre de compte. « L'admission des pertes est incomplète et le capital est insuffisant dans un scénario de récession », indique le FMI. Le problème, c’est que plus ces pertes latentes sont élevées, plus le réveil va être dur, et pas seulement pour les banques. Qui dit pertes, dit impossibilité de générer du crédit pour les banques. Donc pas d’investissement, des boîtes qui clamsent et pas de reprise. Fermez le rideau.

 

 

 

« Diantre, rétorquera le finaud lecteur. Les résultats des banques US me semblaient pourtant plus que corrects au premier trimestre. » Bien vu. 4,2 milliards de résultat net pour Bank of America, 3 pour Wells Fargo, 1,8 pour Goldman Sachs… Les banques ont mis beaucoup d’application à maquiller des chiffres pas terribles, seulement sauvés par le massif plan américain d’aide aux banques, à l’aide de quelques trucs de puristes, détaillés sur l’Expansion.fr.

 

 

Provisions sous-estimées pour des pertes pourtant inéluctables. Usage de nouvelles règles comptables plus accommodantes. Alignement sur l’année calendaire et non fiscale (chez Goldman Sachs, 780 millions de dollars de bénéfice supplémentaire à la clé, en giclant le mois de décembre des comptes). Mise hors bilan d’actifs non valorisables. Et même placement de 42 milliards de dollars dans des colonnes intitulées « other », sans qu’on sache de quoi il s’agit (Wells Fargo). Chapeau claque, les artistes.

 

 

 

La conclusion ? Ce n’est pas de la poussière qu’il y a sous les tapis, c’est un troupeau de moutons. Obama serait bien inspiré d’utiliser ses « stress tests » pour décrocher l’épée de Damoclès. Comment ? D'aucuns préconisent la création de "bad banks", sous contrôle étatique, chargées de récupérer les actifs toxiques pour éviter l'effondrement du système financier. Un peu comme l'Etat français qui récupère et restructure les activités les plus sinistrées de la sidérurgie française dans les années 80, et laisse au privé (et aux Wendel) ce qui marche le mieux. Il resterait alors alors à rebaptiser les banques débarrassées de leurs actifs toxiques. Car "good" n'est pas vraiment le mot qui vient à l'esprit.

 

 

 


Par GameTheory - Publié dans : Attentats
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Vendredi 17 avril 2009



          Pour un peu, on en verserait la larmichette, tiens. On succomberait à la belle émotion, on réprimerait un sanglot, on saluerait le sacrifice salvateur.  « Keops réduit les salaires pour éviter un plan social », titraient les Echos d’hier. Joli cas d’école, lit-on entre les lignes : face à la baisse de 10% du chiffre d’affaires de cette société de conseil en immobilier d’entreprise, filiale de Nexity, les dirigeants ont décidé de proposer à tout le monde une baisse de salaire de 3,5 à 7,5% (et pas 10% comme l’indiquent les Echos). Pour éviter un plan social, jure le patron Laurent Castellani.

 

          Un aller-retour pour consulter le gros Robert, et on revient avec les idées plus claires. « Chantage : (nom masculin) Action d’extorquer à quelqu’un de l’argent ou un avantage sous la menace d’une imputation diffamatoire, ou d’une révélation compromettante. Par extension : moyen de pression utilisé pour obtenir quelque chose de quelqu’un. » Ici, point de révélation compromettante, aucune imputation diffamatoire. Juste une menace : vous signez l’avenant au contrat de travail, ou on sort la charrette de la grange. « Charrette : nom féminin. Groupe de personnes licenciées en même temps.» Fermez le dictionnaire.

 

 

 

          Crise et peur du chômage aidant, la première salve d’avenants tourne au plébiscite. 75% de oui. Pas assez au goût de la DRH, qui organise une session de rattrapage. Nouvel envoi d’avenants. Manque de bol, le gogo se fait plus rare : 65%. Résultat des courses : les deux tiers de salariés voient leur salaire baisser de 3,5% (smicards) à 7,5% (salaires de plus de 70 000 euros annuels en fixe). Les autres, que rien dans le droit du travail n’obligeait à accepter, gardent leur salaire inchangé. La pyramide des salaires, version Keops.

 

 

Ambiance. D’un côté, les collabos, dénoncés par les nonistes. De l’autre, les égoïstes, vilipendés par les ouiouistes. Une vingtaine de salariés sur les 150 de la boîte, dégoûtés, démissionnent. Castellani, lui, se félicite du sens des responsabilités des la piétaille. Tout en jouant du bâton, raconte un salarié : il explique se réserver le droit le compléter le plan par des « licenciements pour faute et pour mauvais comportement ». Les « fautes » ? On va bien les trouver en creusant un peu. Quant aux « mauvais comportements », le terme est suffisamment vague pour englober tout et n’importe quoi. Ceux qui ont refusé de signer, par exemple ? Non, vraiment, c’est du mauvais esprit.

 

 

 

Côté direction, on souligne, dans le papier des Echos, que la proposition «a été validée par le comité d'entreprise et approuvée par 70 % des salariés qui se sont vu garantir un retour à meilleure fortune pendant la durée du plan si les comptes le permettent et une prime exceptionnelle en sortie de plan, une fois leur rémunération initiale retrouvée ». Tout ceci est d’une clarté biblique. La seule chose certaine, c’est que ce vote crée un précédent de nivellement par le bas. Un peu à l’image des augmentations de temps de travail sans augmentation de salaires, type Continental en 2007, dont on voit où elles ont abouti deux ans plus tard : à la fermeture de l’usine de Clairoix, 1120 salariés.

 

Sur le site du groupe, section témoignages, Céline D., « téléprospectrice », assure que « l’ambiance de travail conviviale qui règne chez Keops contribue au plaisir d'y travailler ». Raymond G.G., directeur grands comptes, opine, « très agréablement impressionné (…) par la dimension humaine de cette entreprise (…), son esprit de conquête, marqué mais de bon ton, motivant des énergies positives à la recherche de solutions innovantes, différentes, essayant d'avoir toujours un autre regard. » Pas sûr que les «solutions innovantes» de ce laïus soporifique désignaient celles de la DRH.



Par GameTheory - Publié dans : Sur le terrain
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Jeudi 9 avril 2009




         Ainsi donc, le haut fourneau ArcelorMittal de Florange va fermer provisoirement. Ainsi donc, plus de 1000 ouvriers vont se retrouver au chômage partiel, après l’annonce de 9000 suppressions d’emplois dans le groupe, dont 1400 en France. Y’a pas à dire : ce Lakshmi Mittal est un poète. Et un sacré gestionnaire. Arcelor-Mittal, quelle belle fusion, nom de nom. Quel exemple de synergies, quel modèle de gouvernance et de responsabilité sociale, quelle référence de respect des promesses. Trois ans après l’OPA de Mittal sur le groupe européen, les mots manquent pour définir l’incroyable relance de la sidérurgie européenne par cet avisé patron autodidacte.

 

Franchement, on a envie de pleurer. Qu’avait récupéré Mittal en rachetant Arcelor ? Un champion européen né sur les cendres de la vieille sidérurgie du continent. Un groupe né du regroupement d’acteurs nationaux (l’espagnol Aceralia, le belgo-luxembourgeois Arbed, le français Usinor-Sacilor) douloureusement redressés à coups de deniers publics, après d’effroyables plans de suppressions d’emplois tout au long des années 80. En France, la remise à niveau d’Usinor et Sacilor, ennemis héréditaires fusionnés sous le patronage de l’Etat, a coûté 100 milliards de francs, et les effectifs de la sidérurgie sont passés de 160 000 salariés en France en 1974, à 35 000 en 2007.

 

 

 

 

 

De tous ces efforts, de tous ces sacrifices, de ce carnage social, il restait une poignée de sites. Les Gandrange, Florange, Fos-sur-Mer, Dunkerque, qui transforment en fonte le minerai de fer et le coke. Des outils modernes, produisant des aciers haut de gamme, pas forcément gérés de la meilleure des manières, mais assez compétitifs pour qu’Arcelor affiche des résultats plus que corrects après des années de vaches maigres.

 

Quel est le bilan, trois ans après la fusion ? Mittal a déjà fermé le four électrique et le train à billettes de Gandrange, site qu’il avait érigé en exemple de sa gestion avant l’OPA. Il flingue désormais allègrement le site de Florange, avec 1000 salariés au chômage technique, du fait de l’arrêt provisoire du haut fourneau. On di aussi le site de Liège (Belgique) menacé. La faute à la crise ? Admettons. Il faudra alors expliquer aux salariés pourquoi des brames d’acier arrivent encore par camions entiers de Dunkerque (Nord) pour être exploités à Florange (Moselle).

 

De provisoire, l’arrêt du haut fourneau de Florange pourrait n’avoir que le nom. Tous les ouvriers vous diront que, théoriquement, un haut fourneau, ça ne s’arrête pas. Jamais. Ni le jour, ni la nuit, pendant ses 10 à 15 ans d’activité. Ils vous diront aussi que ça coûte un bras de les entretenir à l’arrêt, qu’il est souvent difficile et dangereux de les faire repartir, parce que ce n’est pas fait pour.

 

 

 


 

 

Peut-être est-il temps de dire que cette OPA est un des échecs les plus retentissants des opérations récentes, pour les salariés comme pour les actionnaires, avec un cours massacré. Les résultats 2008 étaient bons ? Effet d’inertie. Ceux d’Arcelor seul l’auraient été tout autant. Et on cherche vainement les synergies et apports concrets de cette fusion, dont même le médiateur du crédit René Ricol s’est interrogé ce matin sur la pertinence.

 

Peut-être est-il temps de dire que la gestion personnelle de Lakshmi Mittal, qui détient 45% des droits de vote avec sa femme, et contrôle les finances avec son fils, n’a rien à voir avec la gouvernance ouverte promise par ledit Mittal à l’époque de l’OPA. Peut-être est-il aussi temps de rappeler le rôle de François Pinault, ardent avocat de Mittal au moment de la grande bataille, et de l’agence de communication Image Sept d’Anne Méaux, pour qui tout opposant à Mittal était forcément un xénophobe.

 

 

 


 

 

Inénarrable Pinault. Qui dénonçait, des trémolos dans la voix, l’odieux accueil réservé à Mittal lors de son OPA. « Je n'ai pas aimé l'accueil qu'il a reçu en France, ni le caractère xénophobe, pour ne pas dire raciste, de certains propos tenus sur « l'Indien » », geignait-il, sous la dictée d’Anne Méaux, en 2006 dans les colonnes du Figaro. Quelques mois plus tard, il dégainait le Stradivarius lustré dans Challenges : « Lakshmi Mittal sait évoluer sans dévier de son cap, sans se laisser ni distraire ni décourager par les attaques de ceux qui ne manquent jamais de bonnes raisons pour rejeter l'autre ou le nouveau. »

 

Mal accueilli, Mittal ? Seul le patron d’Arcelor Guy Dollé avait dérapé, parlant de « groupe d’indiens » proposant une OPA en  « monnaie de singe ». Mais à côté de cela, il fallait voir le reportage pompeux de Paris Match sur le mariage de la fille Mittal à Vaux-le-Vicomte et au château de Versailles. Facture : 55 millions d’euros. Il faut voir que Mittal est aussi présent au conseil d’administration d’EADS, en indépendant, alors qu’il est un gros fournisseur d’acier de la filiale Airbus, ce qui semble ne choquer personne. Quant au fils du patron, le directeur financier Aditya Mittal, il vient d’être nommé au conseil de PPR. Oui, le groupe de François Pinault.

 

 

 


 

 

Foin de bien-pensance libéralo-mondialiste : Lakhmi Mittal, self made man qui a admirablement réussi dans la construction de Mittal Steel à partir de sites que tout le monde donnait perdus, est peut-être en train de porter un coup fatal à des sites que l’Etat et l’Union européenne auraient été bien inspirés de mieux protéger. Il n’est pas interdit de s’adresser à M. François Pinault, administrateur d’ArcelorMittal et thuriféraire attitré de son ami Lakshmi, pour avoir quelques explications.


 

 

Par GameTheory - Publié dans : Grands fauves
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