Gémissez, cheikhs à turbans. Pleurez, ronds de cuir chinois, sanglotez, gros bras de la
finance asiatique. Il est là, il est musclé, et il est pas content : le fonds souverain à la française -FSI pour Fonds stratégique d’investissement- est enfin dans la place. Après avoir investi
quelques millions deci delà pendant des mois, le machin est pleinement opérationnel depuis quelques jours, avec sa vingtaine de milliards de dotation enfin dans les caisses : 14 milliards d’euros
de participations, apportées à parité par l’Etat et la Caisse des dépôts, et 6 milliards de « cash », obtenus par endettement.
L’idée de départ est simple : face à la puissance financière des fonds souverains du Golfe ou d’Asie, destinés à faire fructifier l’argent du pétrole ou les indécents excédents commerciaux chinois, la France ne pouvait pas rester les bras ballants à offrir ses bastions stratégiques au premier chéquier venu. Sarko décide donc fin 2008 de lancer un fonds français chargé d’investir dans les secteurs stratégiques et les PME prometteuses confrontées à un manque de cash du fait de la crise.
Séduisant sur le papier. Dans les faits, la création du FSI a un autre objectif, plus prosaïque : la reprise en main, par l’exécutif, de la Caisse des dépôts, institution créée sous la Restauration, placée depuis cette époque « sous la protection du Parlement », et dont le DG, Augustin de Romanet, a le défaut rédhibitoire de ne pas être un sarkozyste béat.
Problème : il faut faire dans la discrétion. Le FSI sera donc détenu à 51 % par la CDC et seulement 49% par l’Etat, ce qui en fait théoriquement une filiale de la Caisse. Mais Sarko récupère la haute main en deux temps. D’abord, en plaçant Romanet sous l’étroite surveillance d’un comité d’investissement et d’un « comité d’orientation stratégique » dont les présidents (la Pinault girl Patricia Barbizet et le président de Sanofi Aventis Jean-François Dehecq) sont nommés par volonté sarkozienne avant même la création officielle du fonds. Ensuite, en transférant au FSI, dans le cadre de sa dotation initiale, les plus grosses participations de la CDC : le groupe de BTP Eiffage, l’opérateur satellites Eutelsat, le promoteur immobilier Nexity, le groupe hôtelier Accor, ou encore Danone.

Romanet a beau clamer sur tous les tons qu’il est seul maître à bord, personne n’est dupe. L’Etat a limité sa part de dotation au FSI au strict minimum : un bout de sa participation dans France Télécom (13%), 8% de ses 60% d’Aéroports de Paris, et ses 33% des ex-chantiers de l’Atlantique, aujourd’hui STX France Cruise. Point final. Curieusement, le fonds « stratégique » n’a hérité d’aucune des participations véritablement stratégiques de l’Etat : pas d’EADS, pas d’EDF ni de GDF Suez, pas de Thales, pas de Safran et encore moins d’Areva et de Renault. Pas question de se priver de ces instruments de politique industrielle, ni de leurs précieux dividendes.
Faut-il pour autant condamner l’outil FSI ? Certainement pas. Le fonds a fait le job sur plusieurs dossiers, et assez rapidement : le sous-traitant aéronautique Daher, le groupe d’aéronautique et d’automobile Mécachrome (1600 salariés en France), le spécialiste de la carte à puce Gemalto, le fondeur Farinia, le spécialiste des câbles sans soudure Nexans, le carrossier Heuliez. Le FSI est dirigé par un acnien patron de Citroën, Gilles Michel, aussi charismatique que Francis Mer aux sports d'hiver, mais bon connaisseurs de l'industrie française.
En revanche, certains investissements posent question. Prendre 2,5% de l’équipementier automobile Valeo, qui licencie à tour de bras et dont l’ancien boss Thierry Morin truffait la salle de réunion du conseil d’administration de micros pour écouter ce qui s’y disait en son absence, voilà qui fait un peu désordre. D’autres dossiers évidents semblent enterrés, alors que le temps presse : le fleuron grenoblois du semi-conducteur Soitec, ou l’équipementier aéronautique toulousain Latécoère, qui fait l’objet d’un intérêt certain de fonds du Golfe, comme Mubadala. FSI contre le reste du monde, la guerre ne fait que commencer.
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Ainsi donc, RLD est mort. Il a cassé sa pipe, dévissé son billard, avalé sa chique, passé l’arme
par la racine en suçant les pissenlits par la gauche. C’est moche, ça, très moche. Mais c’était prévisible : la rumeur d’un décès prochain enflait depuis quelques jours dans les rédactions
parisiennes, qui avaient mis la nécrologie au micro-ondes, histoire de la servir chaude dès la nouvelle annoncée. Robert Louis-Dreyfus a eu la riche idée d’attendre le week-end, offrant à
l’inénarrable JDD l’occasion d’un bide en une : « Le patron de l’OM est mort ». On reviendra un jour sur la différence entre « patron » et
« actionnaire majoritaire », si ça peut rendre service au groupe Lagardère. Mais là n’est pas la question.
C’est ce qu’on appelle se prendre un vent. Une veste. Un de ces rebonds de cour d’école qui endolorissent les chicots et
plombent le moral du prépubère acnéique. Le prétendant en question avait pourtant un certain style : Xstrata, cador anglo-suisse du secteur minier, présent à la fois dans la production de
cuivre, de nickel, de charbon, de zinc et de vanadium. Un groupe en pleine croissance, qui avait réussi à gober son concurrent canadien Falconbridge en 2006, et à prendre pied en
Nouvelle-Calédonie, sur les terres du français Eramet, avec un énorme projet d’extraction de nickel baptisé Koniambo.






Il y a des phrases, comme ça, qui se finissent trop vite. Qui laissent un petit coup d’inachevé sur la langue. Prenez le titre
du Monde d’aujourd’hui, page 16 : « Claude Bébéar présidera un comité des sages chargé d’éviter les excès ». Là, on attend la suite. On guette la chute, la saillie, le
climax. Je sais pas, moi, un bruit de cimbales, un gimmick sonore façon Guy Golo, un « sic », un pouêt-pouêt, un ouarf, un « heyyy ». Un bandeau « insolite »,
un LOL, un PTDR, un truc, quoi.
C’est entendu, mes frères, le goret est un loup pour l’homme. La civilisation va disparaître, vaincu par le burrito sauce tex-mex et
le verrat frelaté de Guadalajara. Déjà, les signes de la décadence sont là : le péquin semi-débile fait le siège de sa pharmacie comme il remplirait ses bidons d’essence en cas de nouvelle guerre
du Golfe. Son collègue atrophié de l’encéphale débourse 150 euros sur internet pour une boîte de faux Tamiflu qui va le faire chier liquide pendant un mois. Le monde crève de ses pourceaux, ami
lecteur. « Fais du bien à un cochon, il viendra chier sur ton perron », prévenait déjà un proverbe québécois.


Pour un peu, on en verserait la larmichette, tiens. On succomberait à la belle émotion, on réprimerait un sanglot, on saluerait
le sacrifice salvateur. « Keops réduit les salaires pour éviter un plan social », titraient les Echos d’hier. Joli cas d’école, lit-on entre les lignes : face à la baisse
de 10% du chiffre d’affaires de cette société de conseil en immobilier d’entreprise, filiale de Nexity, les dirigeants ont décidé de proposer à tout le monde une baisse de salaire de 3,5 à 7,5%
(et pas 10% comme l’indiquent les Echos). Pour éviter un plan social, jure le patron Laurent Castellani.
Ainsi donc, le haut fourneau ArcelorMittal de Florange va fermer provisoirement. Ainsi donc, plus de 1000 ouvriers vont se retrouver
au chômage partiel, après l’annonce de 9000 suppressions d’emplois dans le groupe, dont 1400 en France. Y’a pas à dire : ce Lakshmi Mittal est un poète. Et un sacré gestionnaire.
Arcelor-Mittal, quelle belle fusion, nom de nom. Quel exemple de synergies, quel modèle de gouvernance et de responsabilité sociale, quelle référence de respect des promesses. Trois ans après
l’OPA de Mittal sur le groupe européen, les mots manquent pour définir l’incroyable relance de la sidérurgie européenne par cet avisé patron autodidacte.



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