Plop. Le glaive vengeur du Suédois à coupe de GI Joe peroxydé a encore frappé. Cette fois, c’est l’occiput de James McCann, le directeur exécutif France de Carrefour, qui a heurté le sol du siège social de Boulogne-Billancourt sous les coups du musculeux Lars Oloffson, le directeur général de Carrefour. Raison invoquée : manque de résultats. Le mot est faible : le numéro deux mondial de la distribution n’en finit plus de perdre des parts de marché face à Leclerc. Au premier trimestre 2011, les hypermarchés français du groupe ont vu le nombre de tickets de caisse reculer de 2,5 %, selon l'institut Nielsen, et Carrefour a perdu 0,5 point de part de marché sur la période. Même le « revampage » des magasins, avec plus de marques propres et des prix –théoriquement- plus bas, est un bide, très contesté d’ailleurs en interne : McCann s’était pris en pleine poire une grève historique le 7 avril dans 150 des 230 hypers français.
Echec du management ? Ce serait trop simple. Depuis quatre ans, les dirigeants passent, les plans se succèdent, Oloffson martèle ses certitudes derrière un sourire Colgate impeccable, mais rien n’y fait : Carrefour continue de s’enfoncer. Et cela sans que personne, ou presque, ne pose la véritable question : le rôle des deux actionnaires de référence, le fonds américain Colony Capital, dirigé en Europe par Sébastien Bazin, et le groupe Arnault, holding du patron du groupe de luxe LVMH Bernard Arnault, qui cumulent 14% du capital de Carrefour et plus de 20% des droits de vote. Deux gros bras dont l’obsession de rentabilité à court terme n’en finit plus de démembrer un des fleurons français de la distribution.
Retour en mars 2007. Bazin et Nanard sont bien contents de leur coup : un raid boursier éclair leur a permis, avec moult recours à l’endettement, de prendre le contrôle de fait du premier distributeur européen avec seulement 14% du capital. Le plan est clair comme de l’eau de roche : se payer sur la bête, en revendant le gigantesque parc immobilier du deuxième distributeur mondial. D’où un double avantage : on se rémunère en dividende grâce au produit des cessions. Et on profite de l’augmentation du cours de l’action, les investisseurs bavant devant le dividende tel un chien de Pavlov, pour revendre sa participation avec une coquette plus-value.

Bazin est un redoutable récidiviste du désossement : il avait démembré de la sorte la chaîne de restaurants Buffalo Grill. Puis racheté le PSG pour avoir le Parc des Princes en dot, pari qui s’est révélé un gouffre financier insoluble (100 millions d’euros investis depuis six ans), et un actif difficilement revendable, excepté peut-être à une poignée de cheikhs à keffiehs inconscients. Il était enfin entré au capital du groupe hôtelier Accor, qu’il a également délesté de tout son actif immobilier, avant de le démembrer en deux entités cotées (Accor et Edenred, spécialiste des chèques service type CESU ou Tickets Restaurant). La justification ? Aucune, sinon, une logique purement financière d’optimisation des valorisations boursières. Dans la Lettre A du 25 février, un gros bras du CAC résumait l’agacement de l’establishment vis-à vis du bonhomme : « Qui est-il pour détruire ainsi des entreprises ? La gestion financière à court terme a fait suffisamment de dégâts. Il faut vraiment l'empêcher de nuire. »
Chez Carrefour, Bazin réussit pourtant un coup de maître : embarquer Dieu le père, aka Bernard Arnault soi-même, dans son raid boursier. Oui, le légendaire Nanard, l’idole de la presse économique, l’« empereur du luxe », tout-puissant patron de LVMH, assaillant de Hermès, conquérant de Bulgari, indéfectible mélomane doublé d’un redoutable philanthrope. Le problème, c’est que ce bon Nanard, premier actionnaire avec près de 12% du capital, est manifestement plus à l’aise pour vendre du sac Vuitton aux rombières pékinoises que des Special K à la grosse Brigitte de Gif-sur-Yvette. Dans l’affaire Carrefour, il paie cash sa confiance à Bazin, avec une moins-value potentielle dont il est peu coutumier : l’action est à 30,7 euros, quand les deux compères avaient acheté leur participation quand le cours était à 53 euros. Les savants calculs de Sobiz, inspirés des dernières avancées des prix Nobel de mathématiques, aboutissent à une moins-value de 2,1 milliards d’euros environ pour les deux actionnaires.

Intolérable pour Nanard et Seb. Qui fomentent un plan de secours redoutable : vendre les derniers bijoux de famille pour se refaire une santé financière. Un, en mettant sur le marché 25% de la foncière du groupe, Carrefour Property, propriétaire des murs des hypers que le groupe n’a pu vendre. Deux, en vendant sa filiale de hard-discount Dia –lumineux, c’est grosso modo le seul marché en croissance. Ces deux cessions auraient permis un méga-dividende aux actionnaires, qui seraient du coup rentrés dans leurs frais. CQFD.
Manque de bol, la ficelle est un peu grosse. Surtout aux yeux du fonds activiste Knight Vinke, propriétaire d’1% du capital, maître ès coups pourris en Bourse, à qui on ne la fait pas. Le fonds, peu convaincu par la pesudo-stratégie du duo, entame un road-show pour dégommer l’idée des deux compères auprès du gratin des marchés financiers. Un actionnaire familial suit, les associations de défense des actionnaires type Deminor aussi, les salariés actionnaires également, la menace gronde. Carrefour renonce finalement à la vente de Carrefour Property. Au moins pour l’instant.

Quel bilan des formidables actionnaires de Carrefour, après quatre ans de présence au capital ? Edifiant. Quatre avertissements sur résultats. Une démission retentissante au conseil d’administration, l’ex-boss de PSA Jean-Martin Folz, en désaccord avec la stratégie du groupe. Un directeur exécutif Europe, Vicente Trius, parti après moins d’un an de mandat. Une grève historique qui a bloqué les deux tiers des magasins du groupe en avril. Un franchisé, Coop Atlantique (7 hypermarchés, 31 supermarchés) qui quitte Carrefour pour rejoindre le concurrent Système U dès 2012. Et une cotation probable à Madrid, avant désengagement total, de la filiale hard-discount Dia, seul secteur qui pourrait apporter de la croissance à terme au groupe.
Le cabinet d’analyse financière OFG résume les dégâts à sa manière : «Entre [les] rachats d'actions et la scission du groupe, ce sont près de 3,6 milliards d'euros qui ont été ou qui vont être subtilisés à l'entreprise, au bénéfice des actionnaires. Or Carrefour ne souffre pas d'un excès de capital, mais d'une rentabilité insuffisante de celui-ci. » Carrefour est surtout un cas d’école : celui des dégâts que peuvent faire un fonds prédateur sans foi ni loi (Colony), et un nabab du luxe en recherche de liquidités fraîches pour faire face à ses engagements de dette (Arnault). Plutôt que de décapiter tout le management, la vraie urgence chez Carrefour, est de virer ces deux-là.
Ainsi donc, l’affaire serait entendue. La Chine n’aurait de destin possible qu’une domination économique planétaire aussi totale qu’implacable. Le péril jaune,
version business : 1,3 milliards d’habitants avides de dépecer l’emploi de gentils Occidentaux. Plus de 2648 milliards de dollars de réserves de change à fin septembre. Un titre de champion
mondial de l’export acquis de haute lutte face à l’Allemagne fin 2009. La France ? Hors-jeu, plombée par les vilaines 35 heures, siphonnée par le méchant Etat-providence, et emportée dans un
déclin aussi inexorable qu’une bonne courante après un ravioli chinois de la porte d’Ivry. Quant aux Etats-Unis, il ne leur resterait que quelques années avant d’être terrassés à leur tour par
l’ogre jaune, premier créditeur du pays (850 milliards de dollars de bons du Trésor).
« Un curieux aristocrate qui se serait arrêté en Orient au lieu de revenir des croisades», disait Alain Minc après quelques verres d’ouzo et un havane
frelaté. Correction : Marco, c’est avant tout le champion toutes catégories du conflit d’intérêt. Un artiste, même. Résumons : à travers sa holding Fimalac, Ladreit est l’actionnaire
principal d’une des trois agences de notation mondiales, Fitch Ratings, qui note les capacités des entreprises et des états à rembourser leurs crédits. A l’image des patrons des agences
concurrentes, Moody’s et Standard & Poor’s, on pourrait raisonnablement imaginer que le gazier s’abstienne d’entrer aux conseils d’administration d’entreprises notées par Fitch. Que nenni,
ami lecteur : l’ami Marco engrange les jetons de présence chez Renault (noté BB par Fitch), l’Oréal (note court terme F1+) et Casino (BBB-). Autrement dit, il participe aux décisions
stratégiques de boîtes notées par sa filiale Fitch, et figure même à la tête du comité des nominations chez Renault, celui qui choisit le big boss.
Même ses plus ardents thuriféraires en conviennent : Michel Pébereau, président de BNP Paribas, cultive la suffisance comme d’autres la ciboulette
en pot. Il est comme ça, Michou : génie autoproclamé de la banque française, chroniqueur émérite –et soporifique- de la littérature de science-fiction dans le JDD, pilote du plan d’aide aux
banques aux côtés des fonctionnaires de Bercy, il a l’habitude qu’on lui bouffe dans la main et n’a aucune intention de la perdre (l’habitude, pas la main).
Prenez une usine de semi-conducteurs de 1300 salariés à Corbeil-Essonnes, Altis, lâchée par ses actionnaires
IBM et Infineon. Faites entrer en scène quelques acquéreurs potentiels à l’odeur de soufre, comme l’agence russe d’exportation d’armement Rosoboronexport, la holding publique russe Sistema, ou
encore Germain Djouhri, le fils d’Alexandre Djouhri, investisseur mystérieux et âme damnée du patron d’EDF Henri Proglio. Multipliez les tentatives de rachat, les échecs, les nouvelles
tentatives. Nommez un membre du gouvernement, le commissaire à l’égalité des chances Yazid Sabeg, pour trouver un nouveau tour de table d’investisseurs. Laissez bouillir les syndicats à
l’approche du dépôt de bilan.

Bien sûr, on aurait tort de faire la fine bouche. Le spectacle de la brochette de crânes d’œufs de Goldman Sachs, assise en rang d’oignons devant
la commission d’enquête du sénat américain hier après-midi, est de ces grands moments de télévision qui entrent sans peine au panthéon du zapping, quelque part entre le rot de Jean-Claude
Vandamme sur le plateau de Nulle Part Ailleurs et le « Monsieur Foote, vous êtes un salaud » du très classieux Thierry Rolland en 1978.
Nom : Estrosi. Prénom : Christian. Profession : « ministre de
l’Industrie », clame son CV sur le site web de Bercy. « Imposteur », corrigent les familiers de son bureau de Bercy, patrons et syndicalistes confondus. Avec son
sourire de bellâtre azuréen et sa coiffure de Playmobil, Estrosi a vite appliqué les préceptes de l’Evangile selon Sarko : un melon sur-développé, beaucoup de bruit, peu de résultat. En y
ajoutant, soyons honnête, une innovation majeure : avec lui, les poissons d’avril, c’est tous les jours.

Ben
on l’avait presque oublié, celui-là. Ses 56 tonnes, ses 7 mètres de long, ses 70 km/h en vitesse de pointe. Ah, ce bon vieux char Leclerc... La gloire militaire française, la fierté
technologique de notre armée, le « meilleur char du monde », selon ses thuriféraires à gilets multipoches. L’engin, conçu par le vénérable constructeur Giat Industries (aujourd’hui
Nexter), aurait dû être le prototype du char d’assaut du 21ème siècle. Il n’aura été qu’un gouffre financier doublé d’un bide improbable, que SoBiz s’en va vous conter de sa plume
fourbe et malveillante.
C’est venu comme un
pressentiment, une certitude, presque : 2010 sera l’année du bide. Sobiz avait à peine terminé de digérer son Osso Bucco surgelé arrosé de mauvaise Villageoise en cubi que déjà, les
indices pleuvaient comme la giboulée de mi-saison sur le parking du Bricomarché d’Hazebrouck : le retour à la chanson de Nilda Fernandez après avoir participé à un opéra rock de Tri Yann ;
la nouvelle tournée de Faudel ; Pavel Nedved pressenti à l’AS Cannes ; le design nihiliste de la nouvelle Nissan Cube ; ou encore la chanson «




Aigreur, amertume, tristesse ineffable. Ne nous voilons pas la face, pondéreux lecteur : on n’aura pas appris grand-chose à ce
fameux procès Clearsteam. Imad Lahoud mythomane ? On le sait depuis les années 40. Gergorin dérangé du bulbe ? Info faisandée tel le ravioli chinois. Denis Robert et Florian Bourges à
la ramasse ? On l’aurait deviné. Pas même de quoi taper à bras raccourcis sur Villepin, sinon les notes en sanscrit de papy Rondot, qui nécessitent une nouvelle pierre de Rosette pour être
traduites en français. Bref, malgré trois semaines de procès, pas de révélation, d’aveu, encore moins de collapsus en pleine séance. Le vide.
Le 14 mars 2003, Jean-Luc Lagardère, patron historique de Matra et cofondateur d’EADS, décède à l’hôpital Lariboisière de Paris, à 75 ans. Diagnostic des médecins :
encéphalomyélite aiguë disséminée. La maladie est rare, surtout à cet âge avancé, encore plus rarement mortelle, de l’ordre de 5% des cas. Mais personne, ni l’héritier Arnaud Lagardère, ni sa
veuve, ni ses lieutenants, ne mettront en doute la version officielle de ce décès.
Alain Gomez avait trouvé le nom de code en
regardant un idéogramme chinois. « Couper les ailes de l’oiseau ». Nom imagé pour un objectif plus prosaïque : flinguer Lagardère. En gros, Gomez veut éviter une prise de
contrôle de son groupe, Thomson-CSF, par son concurrent Matra, dirigé par Jean-Luc Lagardère. En ce début des années 90, chaque camp fourbit ses armes. D’un côté, un Lagardère aux abois après le
plantage de la Cinq, tentant de se refaire une santé en récupérant un Thomson qu’il espère voir privatisé. De l’autre, un Gomez prêt à tout pour éviter ce scénario.
L’ordonnance de renvoi de Jean-Louis Gergorin devant le tribunal correctionnel dans
l’affaire Clearstream est un régal. De ces jouissances linguistiques qui illuminent la journée, nourrissent le corps, élèvent l’esprit. Le juge d’instruction y détaille la terminologie de ses
lettres envoyées au juge van Ruymbecke pour l’appâter.

Derniers Commentaires