Aigreur, amertume, tristesse ineffable. Ne nous voilons pas la face, pondéreux lecteur : on n’aura pas appris grand-chose à ce
fameux procès Clearsteam. Imad Lahoud mythomane ? On le sait depuis les années 40. Gergorin dérangé du bulbe ? Info faisandée tel le ravioli chinois. Denis Robert et Florian Bourges à
la ramasse ? On l’aurait deviné. Pas même de quoi taper à bras raccourcis sur Villepin, sinon les notes en sanscrit de papy Rondot, qui nécessitent une nouvelle pierre de Rosette pour être
traduites en français. Bref, malgré trois semaines de procès, pas de révélation, d’aveu, encore moins de collapsus en pleine séance. Le vide.
Faut-il tout jeter pour autant ? Négatif. Les excellents suivis de la Tribune, Challenges ou le Monde mettent en évidence l’émergence d’un personnage. D’un cador, d’une gueule, que dis-je, d’un héros des temps modernes. Je veux parler de JLG, dit le Corbeau, aka Jean-Louis Gergorin. Celui-là même dont le procureur est en train de charger la barque, quitte à faire d'Imad Lahoud un simple assistant zélé.
Pourtant, je l’affirme haut et fort : Gergorin est un type en or. De ses obsessions cosaques à sa guégerre face à Thomson-CSF en passant par ses « avions renifleurs », voici trois raisons de sauver le soldat Gergo.
1) Cet homme voit des mafieux russes partout
Le 14 mars 2003, Jean-Luc Lagardère, patron historique de Matra et cofondateur d’EADS, décède à l’hôpital Lariboisière de Paris, à 75 ans. Diagnostic des médecins :
encéphalomyélite aiguë disséminée. La maladie est rare, surtout à cet âge avancé, encore plus rarement mortelle, de l’ordre de 5% des cas. Mais personne, ni l’héritier Arnaud Lagardère, ni sa
veuve, ni ses lieutenants, ne mettront en doute la version officielle de ce décès.
Personne, sauf un homme : Jean-Louis Gergorin. Proche de Jean-Luc Lagardère, stratège reconnu et paranoïaque consommé, Gergo se plonge dans la littérature sur cette fameuse maladie. Et découvre la trace d’un programme militaire soviétique d’armes biologiques, baptisé Biopreparat, qui avait travaillé sur un type de pathologie similaire : la destruction de la gaine de myéline qui entoure les neurones. Le résultat fait froid dans le dos : une sorte de sclérose en plaques accélérée, qui aboutit à une mort rapide. Du moins chez le rat.

Gergorin active ses réseaux dans le renseignement français. Multiplie les rencontres avec des spécialistes plus ou moins obscurs. Et arrive à la conclusion que la technologie existe toujours, et qu’elle est même vendue par des scientifiques à des groupes mafieux dans le cadre de la collusion entre services secrets ex-soviétiques et mafias locales, une des grandes théories géopolitiques du bonhomme.
Gergo n’en démordra jamais. Son hypothèse est simple : le syndrome de Hurst contracté par Lagardère n’a statistiquement presque aucune chance d’être de cause naturelle. Or qui aurait pu en vouloir à Jean-Luc Lagardère ? Des Russes, à l’affût d’une prise de contrôle ou d’une déstabilisation des groupes Lagardère et EADS, plus ou moins ouvertement alliés à des ennemis historiques de Lagardère, comme le patron de Thomson-CSF Alain Gomez. La suite, on la connaît. Gergo se lie d’amitié avec Imad Lahoud, remonte les infos à Rondot, qui prévient Villepin : l’affaire Clearsteam 2.
2) Cet homme a sauvé l’oiseau à qui on voulait couper les ailes
Alain Gomez avait trouvé le nom de code en
regardant un idéogramme chinois. « Couper les ailes de l’oiseau ». Nom imagé pour un objectif plus prosaïque : flinguer Lagardère. En gros, Gomez veut éviter une prise de
contrôle de son groupe, Thomson-CSF, par son concurrent Matra, dirigé par Jean-Luc Lagardère. En ce début des années 90, chaque camp fourbit ses armes. D’un côté, un Lagardère aux abois après le
plantage de la Cinq, tentant de se refaire une santé en récupérant un Thomson qu’il espère voir privatisé. De l’autre, un Gomez prêt à tout pour éviter ce scénario.
Les règles de la guerre entre les marchands d’armes français ont toujours été claires : pas de
règles. Les deux camps s’y plient sans effort excessif. Gomez –surnom : « l’éboueur »- ouvre le bal : cet ancien para, qui avait flirté avec l’OAS avant sa conversion
chevènementiste, est accusé de rémunérer grassement un avocat sino-américain, William Lee, et un petit actionnaire de Lagardère, pour attaquer la fusion Matra-Hachette qui a permis à Jean-Luc
Lagardère de sauver son groupe.
La guérilla juridique laisse vite place à une guerre de marchands d’armes. Tout y est ; les agents de la DGSE, les menaces de mort, les mots de passe –«Je suis là pour encadrer le cercle », mot de passe des secrétaires à veste pieds de poules noirs et blancs et Financial Times sous le bras qui vont chercher les valises de biftons. On verra même le patron de Thomson, en 1998, jeter une valise contenant 1,5 million de francs dans un escalator de la station de RER musée d’Orsay à la secrétaire du fameux avocat. « Un secours à un ami persécuté », affirmera-t-il sans rire à la barre du tribunal.
Dans le camp d’en face, c’est l’ami Gergo qui est à la manœuvre. Lui aussi joue les porteurs de valises, sauf que celles-ci sont destinées à faire taire les plaignants. 6 millions d’euros pour acheter un silence, selon ses propres dires. Gergorin fait aussi jouer ses contacts à la DST, dont un des agents testera la bête à deux dos avec l’autre secrétaire de Lee pour lui soutirer des informations. D’ennemi juré, Gomez vire à l’obsession pour Gergorin. Le Lagardère Boy voit la patte du rival honni partout : dans la mort de Jean-Luc, ou dans les agissements de ses concurrents en interne, comme Philippe Delmas. Celui-là même qui dira de Gergo : "Sa conviction, c'est que les seules personnes dignes de confiance sont celles dont on tient les couilles dans un étau."
L’épilogue de la guerre Thomson-Matra en paraîtra presque décevant : un match nul, façon catenaccio. Thomson est privatisé, Gomez jeté avec l’eau du bain, mais Lagardère ne mettra jamais la main sur le groupe, délesté de son activité électronique grand public et rebaptisé Thales. Gomez, vieilli mais toujours alerte, n’a pas raté l’occasion d’allumer son ennemi au procès Clearstream, en assurant que le pipotage des listings portait la patte Gergorin. Comme un bref relent du bon vieux temps des barbouzeries.
3) Cet homme pratique un français délectable et fleuri
L’ordonnance de renvoi de Jean-Louis Gergorin devant le tribunal correctionnel dans
l’affaire Clearstream est un régal. De ces jouissances linguistiques qui illuminent la journée, nourrissent le corps, élèvent l’esprit. Le juge d’instruction y détaille la terminologie de ses
lettres envoyées au juge van Ruymbecke pour l’appâter.
Et là, c’est un festival. « Panique chez les crapules à Luxembourg », « système de blanchissement et de noircissement », « dévoiement d’un extraordinaire système financier et informatique au profit d’intérêts crapuleux et même maffieux ». Le tout parachevé par l’emploi choisi des lettres capitales -« l’Exode des Crapules » - et de la parenthèse -« noient le poisson (pourri) ». Ses préconisations ? « Nettoyer ces eaux qui ne sont plus très claires. »
A la barre du procès Clearstream, Gergo a fait son mea culpa : « J'étais coupé du réel, vulnérable » ; « Je trouve mes expressions grotesques, elles me répugnent. » Avant de replonger avec délectation quand le procureur le titille : « Méfiez-vous des gens brillants, diplômés ! Souvenez-vous de l'affaire des avions renifleurs ! Deux hurluberlus ont convaincu un aréopage de polytechniciens et de ministres que l'on pouvait détecter des nappes de pétrole avec des avions ! »
D’avions renifleurs, on risque de ne pas beaucoup parler cette semaine au procès Clearstream. On évoquera plus certainement des peines, et lourdes, pour un corbeau qui s’est révélé tour à tour professeur Nimbus jouissif, pantin dégingandé à la voix de crécelle, et machine de guerre impitoyable d’une lutte entre marchands d’armes presque trop belle pour être vraie.
Qu’on soit bien clair : une condamnation de Gergorin ne serait pas illogique dans le principe. Mais à bien y regarder, à quoi se résume cette affaire ? A un pipotage de fichiers Excel par un gang de pieds nickelés paranoïaques, avec le soutien plus ou moins actif de politiques en lutte d’egos, Villepin bien sûr, mais aussi Alliot-Marie et Sarkozy, lequel était au courant très tôt de la machination. Les puristes peuvent trouver ça scandaleux, attentatoire à des réputations, ordurier et immoral, avec raison. Les juristes y voient un délit, avec raison aussi. Mais dans cette affaire, pas de mort, pas d’argent détourné, pas d’enrichissement personnel.
Le vrai procès des Gomez, Delmas, Gergorin, Martinez et compagnie serait celui de la guerre des marchands d’armes des années 90. Celui-là a déjà eu lieu, en partie, et s’est embourbé entre relaxes et non-lieux. Alors, en attendant le souffle froid du verdict Clearstream, en attendant qu'on nous amène la tête de l'intéressé sur un plateau, permettez que je dépose un cierge à la santé de l’ami Gergo.
Pour plus d’infos, deux bouquins : Le Bal des ambitions, de Véronique Guillermard et Yann Le Galès (Robert Laffont), et Rapacités, de Jean-Louis Gergorin (Fayard).
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Il fut un temps où Didier Lombard n’était pas PDG de France Télécom. On parlait alors plus de dette que de suicides, de cessions
d’actifs que de mal-être au travail, de recherche de cash que de « 

Alain Minc est un type en or. De ces stakhanovistes de la pensée qui balancent leurs jugements définitifs sur le monde,
l’andouillette AAAAA ou la reproduction des coléoptères en milieu humide avec la régularité d’une exhalaison méthanière de vache Prim'Holstein. C’est bien vu, parfois, grotesque, de temps en
temps, mais le lecteur finit toujours par trouver dans la logorrhée de Thelonious Minc la saillie qui lui parle, qui chatouille son intellect, qui résume en cinq mots ce qu’il ne peut énoncer en
trois pages.
Trêve de mauvais esprit. Fi de blagounettes perfides. Pause dans l’acerbe, dans le rigolard, dans la saillie drôlatique. Aujourd’hui, SoBiz a décidé de faire dans le béat. De parler des
trains qui arrivent à l’heure. D’évoquer ces boîtes dont on ne parle pas, ou peu, et qui le méritent pourtant : celles qui ouvrent des usines en France malgré la crise. Qui prouvent,
bétonnière à l’appui, que la vulgate libérale de l’impossibilité-de-produire-en-France est une aimable plaisanterie.
Il faut l’imaginer tendu, crispé même. Mains sur le pupitre,
l’œil noir et concentré, main tranchant l’air d’un geste saccadé, avec ce célèbre tic latéral du cou qui suggère la fureur intérieure que les mots peinent à masquer. Bruxelles, 20 mars dernier,
Nicolas Sarkozy dans ses œuvres :



Pour un peu, on en aurait les fesses qui font bravo, tiens. L’internationale des traders à futal Paul Smith qui menace, la main sur
le cœur, de quitter la France pour des cieux financièrement plus cléments si on leur rabote leurs jolis bonus à six zéros ; des patrons de banques qui les défendent, trémolos dans la voix et
larmichette au coin de l’oeil ; le tout soutenu par la plume revancharde de dispensables ronds de cuir de Valeurs Actuelles et d’éditorialistes à bretelles. Fichtre : l’attelage
de quoi faire frissonner. Voire donner des sueurs froides aux gérontes de la Commission bancaire, censée contrôler l’application du « code de bonne pratique » des banques, adopté en
février dernier, qui prévoyait notamment un encadrement des bonus.


Gémissez, cheikhs à turbans. Pleurez, ronds de cuir chinois, sanglotez, gros bras de la
finance asiatique. Il est là, il est musclé, et il est pas content : le fonds souverain à la française -FSI pour Fonds stratégique d’investissement- est enfin dans la place. Après avoir investi
quelques millions deci delà pendant des mois, le machin est pleinement opérationnel depuis quelques jours, avec sa vingtaine de milliards de dotation enfin dans les caisses : 14 milliards d’euros
de participations, apportées à parité par l’Etat et la Caisse des dépôts, et 6 milliards de « cash », obtenus par endettement.

Ainsi donc, RLD est mort. Il a cassé sa pipe, dévissé son billard, avalé sa chique, passé l’arme
par la racine en suçant les pissenlits par la gauche. C’est moche, ça, très moche. Mais c’était prévisible : la rumeur d’un décès prochain enflait depuis quelques jours dans les rédactions
parisiennes, qui avaient mis la nécrologie au micro-ondes, histoire de la servir chaude dès la nouvelle annoncée. Robert Louis-Dreyfus a eu la riche idée d’attendre le week-end, offrant à
l’inénarrable JDD l’occasion d’un bide en une : « Le patron de l’OM est mort ». On reviendra un jour sur la différence entre « patron » et
« actionnaire majoritaire », si ça peut rendre service au groupe Lagardère. Mais là n’est pas la question.
C’est ce qu’on appelle se prendre un vent. Une veste. Un de ces rebonds de cour d’école qui endolorissent les chicots et
plombent le moral du prépubère acnéique. Le prétendant en question avait pourtant un certain style : Xstrata, cador anglo-suisse du secteur minier, présent à la fois dans la production de
cuivre, de nickel, de charbon, de zinc et de vanadium. Un groupe en pleine croissance, qui avait réussi à gober son concurrent canadien Falconbridge en 2006, et à prendre pied en
Nouvelle-Calédonie, sur les terres du français Eramet, avec un énorme projet d’extraction de nickel baptisé Koniambo.






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